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Terrace et la côte nord de la C-B (#53)

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I’m going to pivot this particular post in a different direction.  There have been a number of Francophones from elsewhere in the country whose interest has been peaked by this blog.  In this post, instead of highlighting to Anglophones some of the unique aspects of Québec & Francophone culture, I’d like to share with Francophones some experiences from my own childhood in a region of Canada which is very different than regions found in Québec or elsewhere in Eastern Canada.

Souvent, quand on pense au Canada, on concentre plutôt sur ce qu’on croit savoir déjà, tel les clichés des gratte-ciels et le tour CN à Toronto, les rocheuses, les plaines, la colline parlementaire ou la Carrousel de la GRC.   Mais au fond, ces symboles ne font néanmoins pas plus partie de la vie quotidienne du citoyen lambda qu’en sont le belvédère de Mont-Royal ou la roche Percé en termes de la vie quotidienne des québécois.

Je me considère chanceux que mes parents viennent des racines rurales, et comme jeunes adultes, ils ont pris la décision consciente de démenager à plusieurs reprises et d’élever leurs enfants dans quelques petites communautés différentes, à distance des grands centres métropolitains du pays, afin de permettre à leurs enfants de connaître mieux le pays et ses régions différentes.

Mes souvenirs d’enfance et d’ado sont répartis entre les forêts pluviales du nord de la Colombie-Britannique, les« forêt-parcs à trembles » qui forment la région d’agriculture du nord et du centre de l’Alberta, et les grandes prairies ouvertes du sud de la Saskatchewan — un endroit où j’ai toujours l’impression que le ciel est plus grande que la terre d’orée.

Malgré la grande différence physique de toutes ces trois régions, pour moi elles se fusent ensemble pour faire l’expérience collective de ma jeunesse.   Au-delà du fait que l’aspect physique de ces terres pourrait être étranger pour des gens de l’est du Canada, le fait qu’une grande partie de ma vie s’oscillait entre l’anglais et le français dans tous ces endroits pourrait du même coup laisser avoir de quoi surprendre.

Pour moi, ces différences physiques font une des caractéristiques uniques de notre pays; ce qui fait qu’on a tous des expériences de jeunesse dans des environnements physiques aussi différents que celles entre deux continents à deux extrémités du monde.  Mais après avoir vécu dans six provinces différentes, ce que je constate de mes expériences, c’est que notre style de vie, nos expériences en famille, à l’école, au travail, ou entre amis demeurent uniquement les nôtres, issues d’une culture qui nous est commune d’un océan à l’autre.

Combien de fois puis-je compter le nombre de fois que j’avait rencontré d’autres canadiens outremer lors de ma décennie passée à l’étranger — des anglophones, des francophones, ceux et celles des maritimes, du centre du pays, et de l’ouest.  Instantanément on s’est trouvé des liens, expériences et points de vue communs à nous tous, malgré nos différences régionales ou linguistiques – le genre d’expériences qui seraient difficiles à forger avec des gens d’autres pays.  Parfois, il faut vivre l’expérience à l’étranger afin de mieux constater ce qui nous relie comme peuple, malgré les distances, et même en dépit nos différences au sein de ce même pays, si grand qu’il soit.

Mais de comprendre, voire apprécier ces différences n’est pas d’autant moins un atout national partagé entre concitoyens qu’il l’est inhérent à notre identité propre.   Néanmoins, il faut être en mesure de comprendre ces différences avant même d’arriver au point de les apprécier – d’où ma raison d’écrire ce blogue, principalement à destination des anglophones du Canada.

À virer la table dans l’autre sens, une de mes expériences en grandissant qui ne serait pas familier à la plupart des québécois serait celle de l’environnement physique dans lequel j’ai passé le début ma jeunesse, près de la côte nord de la Colombie-Britannique, dans la ville de Terrace où je suis né (du moins que si vous vous y seriez allées visiter ce coin magnifique du pays).

Terrace (pop. 11,300) se situe 90 minutes de route à l’intérieur de la côte pacifique, 90 minutes de la ville de Prince-Rupert (pop. 12,500), et quatre heures de route du poste frontalier le plus proche (et le plus au sud) de l’Alaska.  À 17 heures de route de Vancouver (la métropole principale de la C-B), Terrace pourrait être pour la C-B de ce qui est l’équivalent symbolique de Natashquan pour le Québec (qui se trouve à 16 heures de route de Montréal – également “au bout du monde”), mais avec une population bien plus grande que Natashquan.

À part la population, l’autre différence majeure avec Natashquan serait le climat.   Terrace se trouve en plein milieu des montagnes de la « Chaîne côtière », une chaîne de montagnes énorme, de pics enneigés, pas du tout reliée aux Rocheuses (les Rocheuses les plus proche de Terrace serait d’au moins 10 heures de route).

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Ce sont dans ces montagnes où on retrouve les forêts pluviales tempérées de la Pacifique (ce genre de forêt ne se trouve que dans quelques régions du monde;  le Chili, la Californie, certaines parties de l’Espagne et du nord-ouest d’Europe, une partie de l’Australie, une partie des côtes de la Turquie, en Géorgie, dans une portion du sud et sud-est de la Chine, et dans certaines parties de la Corée et le Japon).

Il faut se rappeler que le climat de la côte Pacifique du Canada, même les parties le plus au nord de la côte pacifique canadienne, a un climat très doux, plus proche à celui du centre de la France que celui du Québec (il y a même des palmiers qui poussent l’année longue dans le sud-ouest de la Colombie-britannique).

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Alors, avec une si grande richesse naturelle, mes mémoires d’enfance sont des images d’avoir toujours été à l’extérieur de la maison, dans les forêts – en attrapant des crapauds géants, en jouant avec des insectes qui n’existent nulle part ailleurs au Canada, en jouant dans l’eau des ruisseaux des montagnes, et en grimpant dans des arbres si larges que même trois adultes ensemble ne seraient pas capables de mettre les bras autour des troncs (ça grimpe haut un enfant dans un arbre comme cela, à la grande consternation de sa mère!).

Lorsque je pense aux forêts pluviales de cette région, je pense plus souvent à ce qui se trouvait au sol plutôt qu’aux arbres eux mêmes.  Ces forêts sont si différentes de toute autre que l’on trouverait ailleurs au Canada.   Malgré qu’il puisse y avoir des chutes de neiges lourdes par occasion rare, le climat doux fait qu’il pleut l’année longue, surtout l’hiver.  C’est l’humidité de tout ce qu’on touche au sol qui me reste ancrée dans le mémoire; la composition noire comme charbon du sol même, la mousse ultra-verdoyante, des champignons énormes et omniprésents, des moisissures accrochées aux arbres, et des fougères qui se laisse croire qu’on serait plutôt dans une scène de Jurassic Park que dans une forêt canadienne.

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Peu importe où l’on tournait le regard, il y avait toujours de l’eau, soit en forme de cours d’eau de toute tailles, de chutes d’eau, des sources d’eau écoulant des roches — et l’océan même.   Et là où il a de l’eau, il y a des pêcheurs (de recréation ou de profession), et du camping.

Ma famille est passée tellement de fins semaines dans les terrains de camping que j’ai presque l’impression d’y avoir a moitié grandi.  Mon père, un pêcheur sportif enthousiaste, m’a trainé à passer des journées entières sur les berges des rivières.  On y faisait souvent un grand feu sur les rives du fleuve Skeena.  Les cannes à pèches étaient énormes comparées à celle dont on s’en sert à la pêche sur lac (là on pêchait le poisson flétan, long de un à deux mètres, et la bataille qui s’en suivait faisait que les cannes à pêche devaient être ancrées dans le sable pour ne pas les perdre).

Mais même sur les rives des rivières, à un centaine de kilomètres de l’océan, on était quand-même en compétition avec des phoques et des loutres de rivière pour pêcher les meilleurs poissons (combien de fois que mon père ait sacré à haute voix dès l’apparition des loutres).

Faire de la pêche en soit n’est pas un style de vie étranger aux québécois, mais la nature sauvage des cours d’eau, l’humidité des environs, l’odeur fort des forêts, la largeur des rives et bancs sableux des rivières, la nature et la densité des forêts, et l’abondance des poisons est ce qui fait de cette région comme nulle part ailleurs au pays.

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Un flétan long de 130cm

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La culture des Haidas et d’autres groupes autochtones y fait bien plus partie vivante de la culture locale qu’à d’autres latitudes semblables au pays.   C’est le pays des totems, et une culture qui imprègne où que l’on se tourne.  Que ce soit des gens en train de pendre, sécher et fumer du saumon à vendre, ou que ce soit la sensation mystique que nous donnent des mâts totems des siècles passés – maintenant tombés par terre – on a l’impression qu’on y vie parmi un peuple qui est aussi enraciné à la terre que les racines des arbres.

On avait la sensation qu’on était au pays des fantômes – il y a très peu de places au Canada où on peut toujours trouver des traces et des vistiges physiques d’une civilisation précoloniale dans les forêts, et de toucher les ruines à main nue.

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Des totems, 1878 (tels qu’ils était il y 140 ans). Archives du Canada.

J’ai toujours des souvenir des îles Haida Gwaii, constamment enveloppées en brouillard, les arbres qui jouaient cache-cache dans les nuages.  C’est le silence des forêts qui me frappait – comme si l’humidité et odeur de forêts lourd mangait le moindre son – hormis les cris des pygargues à tête blanche, ou le craquement des branches.

Les plages des îles, pour un enfant, sont une aire de jeu vivante qui offre des possibilités infinies, avec les merveilles de la mer en abondance qui s’échouent sur la plage.  Je me rappelle très bien d’avoir passé des heures à jouer avec les mini-crabes, des étoiles de mer, des algues, ainsi de suite.

Sur les plages on trouvait régulièrement des flotteurs japonais échoués, fabriqués en verre, qui servaient de flotteurs aux filets de pêche au japon – et qui, une fois détachés des filets, faisaient le voyage transpacifique depuis le japon jusqu’aux côtes de la Colombie-britannique.

Pendant que j’explorais ce monde de secrets dévoilés à nouveau chaque matin, les plages à marée basse accueillaient des adultes avec broques et pelles en main qui faisaient de la pêche récréative de myes (il s’agissait de creuser pour trouver des palourdes là où on voyait leurs jets d’eau sortir du sable).

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On vivait dans le pays de « l’ours esprit », proprement connu comme l’ours Kermode.  C’est un ours blanc, une espèce d’ours à part qui n’est ni albinos, ni reliée aux ours polaires.  Pour les repérer il ne suffisait que de se stationner son véhicule sur le bord du dépotoir de la ville pour les voir fouiller dans les ordures.

Je ne crois pas qu’il s’agit d’une espèce en danger, mais elle n’existe nulle part ailleurs au monde.

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L’hiver était bien spécial dans cette région.  On pouvait y passer des hivers sans neige (l’hiver était la saison des pluies).  Mais il ne fallait que monter dans les montagnes, de quelques centaines de mètres d’altitude, pour trouver ce qui était parmi les meilleures conditions pour faire du ski-doo et du ski alpin au monde.

Dès l’instant même que je commençais à marcher, pas parents mon mis sur une paire de skis.  À l’âge de cinq ans je me rappelle avoir fait des compétitions de ski alpin.

Les fin semaines, mon père et son gang de chums sortaient tous de la ville, trainant leurs remorques chargées de ski-doos, à destination des chemins forestiers.   Comme enfant très jeune, mon père m’enjambait pendant des heures et des heures sur le banc de son ski-doo Élan (une machine classique aujourd’hui) lorsqu’on partait en aventure jusqu’aux cimes des montagnes.

Les gardes forestiers avaient installé des cabines en bois sur plusieurs cimes, avec lits et poêles à bois, qui servaient comme « station d’arrêt » à gratuité aux ski-dooistes durant l’hiver.  C’était un style de vie dont je m’en rappellerais pour le reste de mes jours.

Ce n’est pas seulement à Natashaquan où l’on pourrait chanter « Mon pays c’est l’hiver » 😉

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D’une façon, ça doit être bizarre pour beaucoup de Québécois, qui n’ont pas l’habitude de voyager souvent hors des grandes villes ailleurs au Canada, de penser qu’il pourrait s’y trouver une communauté francophone (et des anglophones comme moi qui métraisaient le français) dans un endroit si éloigné tel que Terrace.  Mais voilà — il y existait un style de vie qui attirait des gens de multiples horizons.

Terrace n’était pas une très grande ville, mais il comptait quatre écoles à niveaux différents où l’on pouvait poursuivre ses études entièrement en français.

Même plus que 10 ans après avoir quitté la Colombie-britannique pour l’Alberta, pendant mes études francophones à l’université à Edmonton, j’ai rencontré une francophone de mon âge d’origine de Terrace (ses études et sa vie de maison étaient toutes en français à Terrace dès sa naissance).   On s’est demandé si on se connaissait quand on était jeune, ou d’où moins si on avait des amis d’enfance en commun… mais Terrace et la communauté francophone était assez grande que nos chemins ne se semblaient pas s’être croisés.

Si jamais vous avez l’occasion de visiter cet endroit unique et sans égale du pays, je vous le recommande à tout cœur d’y aller.  Il serait une expérience dont vous vous en souviendriez à jamais.  À partir du Manitoba, l’autoroute transcanadienne se branche en deux – la route 1 du sud qui traverse Régina, Calgary, jusqu’à Vancouver, et la route 16 du nord qui traverse Saskatoon, Edmonton jusqu’à Terrace et Prince Rupert.  La ligne de rail VIA compte également des chemins jusqu’à Terrace et Prince Rupert.

Alors, je vous laisse avec quelques images de plus de cette partie de notre pays.  Il appartient tant qu’à vous qu’à moi — alors il vaut la peine de le découvrir.

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