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L’Ontario francophone — Grand, fort, fier, mais souvent peu visible dans l’esprit des autres (#224)

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Ce billet vous présente un résumé des quelques billets précédents qui faisaient partie d’une courte série portant sur l’Ontario francophone et les Franco-Ontariens.

Le fond de l’affaire portait sur quatre thématiques ;

  1. Le fait que la population Franco-Ontarienne est deux fois plus grande de celle des Acadiens, mais que l’Ontario Francophone n’attire qu’une fraction de l’attention qu’attire les Acadiens dans l’esprit des autres,
  2. Que les Francophones étaient le peuple fondateur de l’Ontario, et qu’ils y demeurent toujours depuis 400 ans – de l’époque de Samuel de Champlain, qui y a vécu juste au nord de ce qui est maintenant la grande région de Toronto.
  3. Qu’il existe un vaste réseau d’organismes et d’infrastructure francophone en place pour soutenir la population francophone de l’Ontario – au point où le nombre de gens qui parle français à la maison a subi une croissance de 9,5 % entre 2006 et 2011 – chiffre officiel de Stat-Can (Je crois bien qu’il s’agit du taux de croissance du français parlé à la maison le plus élevé dans toutes les Amériques… Assez dois-je dire pour dynamiter à néant ce que le PQ aimerait nous faire croire).
  4. Que malgré le fait qu’il n’a jamais été aussi facile de vivre et bâtir sa vie en français en Ontario, il reste encore certains défis, notamment comment rehausser l’image de l’Ontario francophone auprès des autres (du Québec, auprès des Anglophones, et auprès des pays à l’étranger) afin que les aspects positifs qui pourraient en découler d’une reconnaissance et d’une visibilité accrue puissent trouver leur chemin.

Official flag of Ontario Francophones and Francophiles - often seen flying province-wide in front of government institutions and by private individuals.

Parcourons bièvement chacune de ces thématiques :

Premier Point

Le fait que la population Franco-Ontarienne est deux fois plus grande que celle des Acadiens, mais que l’Ontario Francophone n’attire qu’une fraction de l’attention face aux Acadiens :

Quelques faits au sujet des Franco-Ontariens:  Ils / elles…

  • comptent plusieurs accents régionaux différents en français (j’ai déjà écrit un billet à ce sujet il y a quelques mois)
  • ont l’histoire aussi longue que celle des Québécois et des Acadiens. On peut même dire que Samuel de Champlain était, avec Étienne Brulé, le fondateur de l’Ontario.  Le coin où il a vécu et où il avait fondé sa communauté en 1615 parle toujours le français jusqu’à nos jours (Midland-Tiny-Penetanguishene, 90 minutes de route au nord de Toronto).
  • comptent une multitude de vedettes parmi leurs rangs, qui se sont tournées vers Montréwood pour favoriser leur entrée sur le plateau central (un peu comme le font les vedettes du Royaume-Uni, de l’Australie, du Canada anglais, et de la Nouvelle-Zélande lorsqu’ils se tournent vers Hollywood aux É-U afin de trouver la gloire et la fortune). Parmi les plus connues des temps récents sont Marie-Mai, Véronic DiCaire et Katherine Levac.
  • nous ont donné beaucoup de nos politiciens qui ont eu un impact sur nous tous au Canada, tel l’ancien premier ministre du Canada, Paul Martin (Franco-Ontarien de Windsor).
  • ont un gouvernement provincial, des hôpitaux, et des écoles de tout niveau qui desservent la population en français à travers la province.
  • forment 85% à 90% de la population dans certains coins de la province – des régions plus “francophones” que beaucoup d’endroits au Québec même.
  • ont leur propre industrie médiatique. Côté télévision, Rad-Can a des studios éparpillés un peu partout en province, UNIS diffuse partout au Canada à partir de Toronto, et TFO de Toronto est peut-être le plus grand diffuseur éducatif en Amérique du Nord.  Côté presse écrite, Le Droit d’Ottawa demeure un des plus grands journaux quotidiens au Canada.
  • partage leur province avec une des populations anglophones les plus bilingues au Canada et en Amérique du Nord (en 2011, on comptait 1,500,000 personnes bilingues en Ontario, qui peuvent tenir une conversation en français, selon Stat-Can). Ce fait facilite beaucoup l’accès aux services et à l’infrastructure en français à travers la province – car les rouages gouvernementaux tirent de cette population bilingue afin d’offrir ses services en français.

Les gestes et les avancements sur tous ces fronts progressent à un rythme du jamais vu depuis plus que 100 ans – au point où que les premiers mots du discours de la victoire de 2014 du nouveau maire de Toronto, John Tory, furent prononcés en directe à la télévision en français, et non pas en anglais.

Mais malgré tout ce progrès, malgré une population aussi enracinée que celle de l’Acadie et du Québec – et malgré une population deux fois plus grande que celle de l’Acadie, l’Ontario Francophone demeure toujours relégué loin derrière l’Acadie dans l’esprit des Québécois, de beaucoup d’Anglophones ailleurs au Canada, et d’autres pays.

C’est un mystère qui me bafoue – et beaucoup de Franco-Ontariens le trouve choquant.

Deuxième point :

Cette année en Ontario, les Francophones et anglophones célèbrent ensemble le 400e anniversaire du français en Ontario, et la fondation des racines de la province par Samuel de Champlain – un héritage qui parle fort jusqu’à nos jours.

La célébration s’appelle “ONTARIO 400” – qui durera l’année longue, partout en province.   Le site web se trouve ici : http://ontario400.ca/.  Croyez-moi quand je vous dis qu’il vaut vraiment la peine d’y jeter un coup d’œil.

Troisième point

Le réseau d’organismes et d’infrastructure francophone mis en place pour soutenir la population francophone en Ontario en est parmi les plus grands au monde, en dehors de l’Europe.  Ce que je trouve fascinant, c’est que la grande partie du réseau demeure indépendante de tout gouvernement.   S’il vous intéresse, j’ai offert quelques liens qui ne sont que la pointe de l’iceberg :   Links related to everything “Franco-Ontarian” or “Ontarois (#221)”  

Quatrième point

Il reste toujours un défi de savoir comment rehausser l’image de l’Ontario francophone auprès des autres (au Québec, auprès des Anglophones, et auprès de ceux à l’étranger) afin que les aspects positifs qui pourrait découler d’une telle reconnaissant et d’une telle visibilité accrue puissent trouver leur chemin en Ontario.

J’ai abordé onze points que je soupçonne d’être à l’origine des raisons pour lesquelles les Franco-Ontariens ne bénéficient pas d’une plus grande reconnaissance à l’extérieur de ses frontières.   Certaines des raisons invoquées sont assez controversées – au point où queleques uns des points suivants ne sont que rarement discutés publiquement, hormis un chuchotement très discret parmi les francophones en Ontario eux-mêmes.  J’ai l’impression personnelle qu’il n’y a pas grand monde qui ose en parler publiquement.  Mais moi, j’y ai osé dans le billet précédent en anglais (et ce, en détail).

À tort ou à raision, la voici la liste des raisons telle que je les voie:

A.  Une dilution institutionnelle – Par ceci j’entends dire que beaucoup d’institutions fréquentées par les Francophones sont des institutions partagées avec les Anglophones de la province (des institutions bilingues). À titre d’exemple, les hôpitaux à Toronto et ailleurs offrent leurs services en français.  Et ça va de même pour beaucoup d’universités.  Mais au fond, elles sont des institutions “anglophones” qui offrent des services en français.    Puisque ces institutions ne sont pas “Francophones unilingues”, elles ne bénéficient pas du même niveau de reconnaissance que les institutions Francophones de l’Acadie.

B.  Le parcellement de la population francophone – La population francophone de l’Ontario se trouve aux quatre coins de la province. Il faut se rappeler que l’Ontario est 10% la grandeur de l’Europe (40% plus grand que la France), mais ne compte que 613,000 Francophones qui ont le français comme langue principale à la maison.  Même avec deux fois la population de l’Acadie, les Francophones de l’Ontario sont dilués par la distance qui les sépare les uns les autres.

C.  L’Éloignement géographique Les régions les plus francophones de la province (où tout se déroule en français) sont quand même très loin des grandes villes (à titre d’exemple, l’haute-région francophone de l’autoroute 11 se trouve à 12 heures de route directement au nord de Toronto – c’est loin 12 heures!).

D.  La province, dans son ensemble, n’est pas “officiellement bilingue” Tout le monde reconnait les Acadiens en grande partie en raison du milieu dans lequel ils vivent. Malgré tout, c’est le Nouveau-Brunswick qui est officiellement bilingue dans son ensemble.   En Ontario, il existe plusieurs grandes régions qui sont officiellement bilingues (au même niveau du bilinguisme que l’on trouverait au Nouveau-Brunswick).  Cependant, la province elle-même n’est que “fonctionnellement bilingue” et non pas “officiellement bilingue” (il existe une différence, et une juridiction dite “fonctionnellement bilingue” n’attirerait pas autant d’attention dans l’esprit des autres).

E.  Une sphère médiatique franco-Ontarien “peu visible”Si la société dans laquelle vous vivez compte un grand nombre d’organes médiatiques hautement visibles, tels des réseaux de télévision qui penchent fortement sur les nouvelles, ou même des télé-divertissements populaires (un peu comme on voit à TVA, LCN, etc.), votre société serait plus visible aux autres. En Ontario, on a des organes médiatiques, mais elles sont spécialisées ou elles font partie d’un réseau pancanadien et ne sont pas “franco-ontariens” en soient.  C’est en partie la raison pour laquelle les vedettes québécoises sont toujours les invités d’honneur en France, et mêmes les vedettes acadiennes (comme Roch Vosine, Natasha St-Pier, etc.).   Mais jamais les Franco-Ontariens (pleinement bizarre!, et décevant — c’est vraiment décevant d’ailleurs)

F.  Des accents franco-ontariens qui s’assimilent facilement à ceux du Québec lorsque les artistes Franco-Ontariens font le grand saut à Montréwood Beaucoup de vedettes Francophones qui quitte l’Ontario pour trouver la gloire à Montréwood (la scène artistique et des médias à Montréal) est souvent confondue avec les vedettes du Québec.  Oui, les accents en Ontario sont différents, mais ils font partie de la même branche d’accents de ceux du Québec (une branche qui les relient tous auprès de la même famille d’accents qu’on voit aussi loin que la Colombie-Britannique, les Prairies, l’Ontario, et jusqu’au Québec).

Côté personnel, c’est justemment pour cette raison, que lorsque je voyage au Québec, si souvent on me prend moi-même pour quelqu’un de la Côte-nord du Québec, malgré le fait que mon accent porte plutôt des traits franco-albertains.  C’est justemment parce que le français des prairies fait quand-même partie de la même branche que le français de l’Ontario et celle du Québec).

Cela fait que les Franco-Ontariens ne soient pas aussi “perceptibles” à Montréwood que le sont les Acadiens, qui parlent avec un accent et un style de langage très différent (le français des Acadiens vient d’une branche à part vue ses origines)

G.  Un manque d’entreprises et de sociétés à “grande-échelle” en Ontario qui ont le français comme langue de travail Des sociétés à grand-échelle qui génèrent de l’argent captent l’attention du monde entier (et certainement à l’intérieur du même pays). Il existe une multitude d’entreprises francophones en Ontario, mais lorsqu’ils atteignent une certaine grandeur, leurs opérations internes se font généralement en anglais.  Cela veut dire que l’Ontario Francophone aurait perdu cette visibilité côté affaires.

H.  Il existe toujours les “deux solitudes” entre Québec et les autres Francophones du CanadaAu Québec, en école et dans les médias, on n’apprend carrément rien sur l’Ontario Francophone, mais on en apprend sur l’Acadie. Probablement les raisons trouvent leurs origines dans les vieilles chicanes politiques qui datent de l’année du siège.  Dans le temps, le PQ et ces prédécesseurs ultra-nationalistes faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour se distancer de l’Ontario.  On voyait l’Ontario comme une méchante province “Anglophone”, et on se foutait de tout ce qui avait rapport à l’Ontario, y compris ses Francophones.  Heureusement la donne change petit à petit – mais il prendra encore un bon bout de temps avant que l’Ontario francophone s’enracine dans la conscience collective du Québec.

I.  Une participation internationale assez “douce”La nature du statut bilingue du Nouveau-Brunswick fait que la province puisse se joindre à plusieurs organismes internationaux — telle la francophonie internationale — à titre de membre à part entier (au même niveau que la France, le Canada et le Québec). L’Ontario n’a pas ce droit;  peut-être parce que le gouvernement n’y met pas l’accent, peut-être parce que la province n’est pas officiellement bilingue.  Un manque d’adhérence aux organismes internationaux (au nom des Franco-Ontariens) nuit à la visibilité et au prestige des Franco-Ontariens à l’échelle internationale.

J.  Ottawa (la ville), au plan civique, n’est pas encore “officiellement bilingue” Ottawa est déjà une ville dite “fonctionnellement bilingue”, mais non pas “officiellement bilingue”. Qu’elle est la différence?  En réalité, sur le terrain, il n’y a pas une si grande différence.  La ville se permet déjà d’offrir tous ses services en français.

Une désignation “bilingue” serait plutôt une question de dignité et de respect pour les habitants de la ville, de la région, et du pays en général.  Mais une désignation bilingue pourrait ouvrir la porte à d’autres mesures, telles l’obligation d’un affichage extérieur bilingue au niveau des entreprises – et même plus encore.   Mais je crois que la plupart du monde qui se lutte pour une désignation bilingue se contenterait d’une désignation simple (plutôt que d’amener le débat et ses implications aux extrémités de la terre).

Cependant, c’est un débat qui court depuis les années 1960.  Le débat, irait-il un jour mener aux protestations dans la rue?  Peut-être – mais je ne suis pas sûr.  Si on veut hausser le ton, bien-sûr la possibilité est bien là.   Il va dépendre la volonté des Francophones, de leurs alliés et amis Francophiles et Anglophones, et la façon dont ils s’organise pour mettre le projet de l’avant (25% de la population côté “ouest” de la rivière est francophone.  85% de la rive “est” est également francophone.  Les sondages démontrent que 25% à 35% des anglophones de la ville sont, sans équivoque, dans le camp des francophones sur la question de faire d’Ottawa une ville bilingue.  Et une grande partie de ce qui reste de la population “n’est pas” forcément contre l’idée.  D’autant plus, les Anglophones ailleurs au Canada — et surtout les Francophones ailleurs au Canada — ne sont pas contré l’idée).

K.  Manque de pouvoir d’attraction aux yeux des immigrants francophones:

Les immigrants s’installe où il y a des emplois en français.  Ce n’est pas dû à l’existence des “programmes d’immigration” qui les incitent à s’installer en Ontario.

Si on veut des immigrants, il faut créer une économie qui fonctionne “en français”.

Alors, plutôt que d’entamer des nouveaux programmes d’immigration, il faut créer des institutions qui soutienne l’épanouissement de l’industrie — et des sociétés qui opèrent en français.

Sans ça, les immigrants viendront pas, point.  (Croyez-vous qu’une personne qui parle le finlandais irait immigrer dans un zone où le travail se déroule en suedois?  Bien sur que non!   Si vous le croyez, il faut maintenant arrêter de rêver en couleur).

Solution:  Ceux qui militent pour la survie des communautés francophones en milieux minoritaires doivent arrêter de mendier auprès du gouvernement fédéral et doivent fonder des:

  • banques de développment
  • sociétés privés de gestion des pensions pour ceux qui travaillent dans des sociétés qui opèrent en français
  • universités “privés”, indépendants des gouvernement, pour s’assurer un main-d’oeuvre qui alimente les sociétés francophones en milieu minoritaire
  • un movement de révolution tranquille en Ontario – penché sur les affaires.   Autrement ces militants seraient eux aussi en partie responsables pour la mort de la communauté “à petit feu” — et non seulement l’inaction de nos gouvernements.  Désolé, mais ne mâchons pas nos mots.

Au fur et à mesure que la société Franco-Ontarienne continue d’évoluer et de se diversifier, il serait fort intéressant de voir comment son profil, aux yeux des autres, changera avec le temps.

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SERIES:  FRANCOPHONE ONTARIO & ONTAROIS (6 POSTS)

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