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Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Un univers de l’extrême droite fédérale? (Partie A) – 3 sur 6 (#251)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Continuons la série de billets qui cherche à démystifier l’essence même de l’Alberta aux yeux des Québécois.

Il y a deux billets, lors de l’introduction de cette série, j’ai mentionné que j’allais parler des “affirmations” et “tendances” politiques albertaines.   Je ressens trop souvent que l’Alberta se fait pointé le doigt injustement (si pourrais-je dire ainsi) comme étant cocon insulaire de l’extrême droite.

Comme j’ai indiqué dans le billet précédent, la population et les valeurs des Albertains ne sont pas si différentes que celles des gens de la région de Québec ou de Saguenay Lac St-Jean (en effet, elles ne sont pas si différentes de tout ce qui se trouve à l’est de Trois-Rivières).

La nature cosmopolite de l’Alberta

D’abord, l’Alberta n’est plus une province dite “rurale”, et ce depuis déjà bien longtemps.  C’est une province qui compte deux métropoles de la même grandeur (Calgary dans le sud, et la capitale d’Edmonton dans le nord, les deux avec 1,3 millions d’habitants chaque).

La répartition ethnique dans ces deux métropoles est composée de 30% de minorités visibles à Edmonton et 35% à Calgary (la plupart étant des immigrants de première et de deuxième génération).   Montréal (l’Ile propre), par contre, est composée de 33.7% de minorités visibles – un chiffre qui chute à grand pas lorsqu’on regarde les chiffres de toute la région métropolitaine (incluant la grande couronne).  (Stats-Can 2011)

Hors de l’Ile, la couronne de Montréal n’est composée que de 25% de minorités visibles, bien inférieur des taux des régions métropolitaines d’Edmonton et de Calgary.  (Stats-Can 2011).

Les chiffres pour la ville de Québec sont encore moins.

Souvent, la notion de ce qui constitue le cosmopolitisme et l’ouverture d’une région quelconque est directement associée à la nature de ses habitants, ainsi qu’à la diversité de leurs origines et de leurs cultures.  Les immigrants ont tendance d’aller là où ils se ressentent en sécurité, où ils ressentent qu’il existe une ouverture d’esprit à leur égard, et là où ils voient un élément d’ouverture envers le monde en état d’évolution constante.

Dans ce sens, on pourrait dire que les métropoles en Alberta sont aussi cosmopolites que celles du Québec.

Mais cela n’en est qu’un outil de mesure parmi d’autres.

La diversité d’une population et sa nature cosmopolite pourrait influencer directement les affirmations politiques des habitants d’une région.   Les “grandes” vagues d’immigration en Alberta (hormis celles des arrivants Européens) sont assez récentes – dirais-je qu’ils n’ont réellement commencés que depuis 20 ans (environ 1995).  Mais les vagues étaient énormes, et ses impacts sur la psychologie de la province étaient aussi profonds.

Il faut comprendre que la population de l’Alberta en 1996 (il y a 20 ans, tout juste après le dernier référendum) était de 2,696,000 habitants.   D’ici deux ans, la population de l’Alberta va dépasser celle de la Colombie-Britannique à 4,400,000 habitants, pour devenir la province la plus populeuse dans l’ouest du Canada.  Il s’agit d’une croissance de population de 63% en 20 ans.  C’est énorme !  Une croissance absolument astronomique !!  C’est du jamais vu depuis 50 ans dans n’importe quelle autre juridiction en Amérique du nord.

Et d’où sont venus ces gens?  Pour la plupart, ils sont venus des autres provinces; surtout des provinces Atlantiques, mais aussi du Québec et de l’Ontario.  En deuxième place, ils sont issus d’immigration.    Alors, de ceux qui font la plus grande partie de la croissance des 63%, ces personnes sont d’origine des provinces rouges-rouges Libéraux que forment les provinces Atlantiques.   Et les autres, ceux issus du Québec, de l’Ontario et de l’immigration internationale eux aussi ont tendance à voter d’une teinte assez rouge-orange, du centre, de centre-gauche, ou de centre-droit.

Cela ne peut qu’avoir un impact majeur sur les couleurs, tendances, tolérances et idées politiques de la province.  Et lorsque ces nouveaux arrivants prennent place de première loge dans la société albertaine (travail, implication communautaire, études, politiques, industrie, affaires, médias, etc.), l’impact sur la société est aussi important, sinon plus, que toutes les variables décrites ici.  Le visage, l’esprit, et la mentalité de l’Alberta en sont à jamais changés, pour le mieux, et il est impossible de faire marche arrière.

C’est toute une révolution, mais une qui est très mal comprise par le Québec.

Depuis l’époque du dernier referendum en 1995, du côté fédérale on a vue l’effondrement du parti Réformiste (le parti fédéral le plus à droite, qui trouvait son berceau en Alberta), l’effondrement du parti Alliance (moins à droite que le parti Réformiste, mais encore avec son berceau en Alberta), et un adoucissement continu des politiques droitistes du parti fédéral Conservateur – au point où ses politiques sont maintenant bien plus à gauche que les prise de position du parti Républicain aux É-U.  En effet, les Conservateurs fédéraux se voient reflétés de plus en plus dans l’image et les prises de position du parti Démocrate Américain (parfois même plus à gauche que les Démocrates).

Les affirmations de l’Alberta plutôt au centre-droit (mais pas à l’extrême droite)

Avant d’aller plus loin : Je vais vous parler de mes propres couleurs politiques – car il est important afin de vous offrir un point de repère, afin de bien pouvoir vous décrire (et de vous faire comprendre) les sentiments politiques des Albertains.

Pour vous bien démontrer que je ne prends pas position à l’égard d’un parti politique aux dépens des autres, politiquement, au plan fédéral, je ne suis pas Conservateur au sens pur.  Politiquement parlant, je n’adhère à aucun parti politique.   Si j’avais à choisir un parti au niveau fédéral, il n’en existe pas qui me convient à 100% (mais j’ai quand-même l’intention de voter).  Le problème c’est que j’ai des valeurs plutôt progressistes, mais je vois la valeur dans un certain rigeur financier — un peu comme la plupart des Albertains.

Alors, côté politique, je me vois un peu perdu et sans parti – un orphelin politique si vous voulez.  Mais je vois le bon dans tous les partis:  Les valeurs progressistes du NPD et des Libéraux, et un certain rigeur financier que projettent les Conservateurs.

Un petit mot à part : Au Canada, et particulièrement au Québec, j’entends trop souvent des gens qui emploient le mot “parti ennemi” lorsque les gens se réfèrent à nos partis politiques.  D’entendre ce mot me fait toujours sentir un peu mal à l’aise.  De mon côté, je suis quelqu’un qui se permet de voir le bon dans tous les partis fédéraux, que ce soit le NPD, les Libéraux, les Verts, et les Conservateurs.  Et il y a du bon dans chacun de ces partis, tout comme il y a du mauvais.  Peut-être certaines lignes de parti ne font pas nécessairement mon affaire de temps en temps (ça va de soi pour tous les partis), mais cela ne veut dire guère que je devrais considérer la gamme de nos partis ou de nos politiciens parmi mes “ennemis”.

Tant qu’ils se battent tous pour le bien-être du pays, je ne peux rien leur rapprocher.   Mais s’il y a des prises de position qui ne font pas mon affaire lors d’une élection, je choisirais tout simplement un(e) candidat(e) et un parti qui s’alignerait le plus à mes propres points de vue (qui, comme pour une grande partie de la population Canadienne dans toutes les provinces, sont aptes à changer selon les réalités et les plateformes du jour).

Le mot “ennemi” en est un que je réserve pour les méchants dans les pays lointains qui cherchent à nous faire du mal ou qui font du mal à leurs propres citoyens.  C’est n’est pas un mot que j’emploierais pour décrire nos propres politiciens.

Mais pour revenir au sujet de l’Alberta… je crois qu’une bonne partie de la population de l’Alberta (peut-être la majorité même) voie leurs propres prises de position fédérales s’aligner avec beaucoup d’idéologies des anciens Progressistes Conservateurs fédéraux (P–C), tout comme moi (mi-chemin entre les Conservateurs et les Libéreaux / voire le NPD — car la différence entre les Libéraux et le NPD et de moins en moins grande, au point où les Albertains se voient de plus en plus dans ce que projettent le NPD et les Libéraux).

C’est juste une question de voir s’ils vont faire le saut… Il leur faut un peu de courage pour faire un virage aussi grand, mais les gens en parlent… plutôt du point de vu qu’ils me disent qu’ils seraient à l’aise avec l’idée que leurs voisins votent à gauche pour envoyer un signal fort, même si les personnes qui me racontent de tels propos prétendent continuer voter au centre où au centre-droit.  

Du moins, quand je parle de la politique avec la grande majorité des personnes que je rencontre en Alberta (au-delà de celles que je connais déjà), leurs opinions politiques vont plus souvent dans le même sens.

Je connais bien ce pays, et je constate que ces prises de positions sont également des affirmations politiques que nous voyons sur de vastes étendus du Québec – notamment une grande partie de tout ce qui est à l’est de Trois-Rivières, et surtout à Québec, au Saguenay Lac St-Jean, et dans la Beauce.

Les anciens Progressistes-Conservateurs était un parti qui portait la teinte de l’aile bleu des Libéraux, ou l’aile rouge des Conservateurs actuels (dont ce dernier je vais vous parler un peu plus tard).   Ces régions-là étaient pour les anciens P-C fédéraux.  Dans la population en générale en Alberta, je resens que les valeurs des anciens P-C sont vues d’un bon oeil.  C’est-à-dire ces gens sont favorables à la plupart de valeurs sociales et progressistes pancanadiennes que partagent également les Québécois, et qu’ils adhèrent en même temps à la saine gestion des finances pour s’assurer qu’on vie dans nos moyens.

Du côté des politiques sociales, les anciens Progressistes Conservateurs était un parti parapluie qui incarnait beaucoup de politiques qui sont présentement endossées par les Libéraux fédéraux et même le NPD.  Du côté économique, ils incarnaient beaucoup de politiques qui sont actuellement endossés par les Conservateurs actuels et les Libéraux).

Sur le plan environnemental, les anciens P-C militaient pour une économie assez verte, avec des protections environnementales (ainsi que de la recherche environnementale) pour supporter l’exploitation durable de nos ressources (dans l’industrie forestière, minière, des contrebalances face à la destruction massive de grandes étendues de forêts pour faire place à d’énormes réservoirs hydrologiques pour la production hydro-électrique, l’exploitation à pollution réduite dans l’industrie pétrolière, et une durabilité dans l’industrie de la pêche, etc.).

Les P-C épousaient l’idée d’un plan d’immigration qui allait de pair avec la réalité sur le terrain, tant du côté linguistique (français/anglais) qu’économique.  Et ils voulaient mettre en place des institutions pour faciliter une meilleure intégration des immigrants (à la famille anglo-canadienne / franco-québécoise), tout en respectant l’importance de ne pas les faire perdre leur propre identité, et de se battre pour qu’ils puissent vivre comme ils voudraient.

Et les anciens P-C cherchaient des ponts et des mécanismes pour combler les Deux solitudes.

Ils étaient de bonne foi dans leur désir de redresser certains aspects constitutionnels (et peu importe si on était d’accord ou pas avec Meech ou Charlottetown, très peu de gens pourrait dire que les anciens P-C étaient de mauvaise foi).  Pour une bonne partie de leur temps au pouvoir, les Canadiens d’un océan à l’autre, Francophone et Anglophone, leur ont donné carte verte pour chercher des solutions (tout le monde au pays étaient de bonne foi – et je crois toujours que le pays n’a jamais perdu cet esprit de bonne foi.  C’est toujours tout juste sous la surface, malgré qu’on n’en parle pas souvent).

C’est de valeur que les P-C n’ont pas pu trouver la recette magique durant leur temps en pouvoir, mais je suis quand-même très content que le pays, depuis ce temps-là, a pu tracer son chemin.  Des centaines de milliers d’Anglophones (voire des millions) ont pu faire du progrès dans la bonne direction, et ce de leur propre accord — malgré les échecs des rondes constitutionnelles au début des années 1990 (j’en ai parlé un peu dans mon billet : L’Importance du programme d’immersion française au Canada anglophone – pour le Québec (#166)).

Parlons des affirmations politiques de l’Alberta – La comparaison Montréal – Edmonton

Je connais très bien le Québec.  Je connais très bien l’Alberta.  Je me considère très chanceux de les connaitre aussi bien, tous les deux.

Et je peux vous dire avec certitude qu’une grande partie de la population de l’Alberta, et une grande partie de la population du Québec partagent les mêmes opinions politiques que moi.  Oui, côté fédéral, Montréal (l’ile) est d’habitude plus à gauche que le reste du Québec (ce sont le NPD et les Libéraux rouge-rouge qui recueillent les votes sur l’ile).  Et du côté de l’Alberta, tout comme à Montréal, c’est Edmonton qui est la ville la plus à gauche (À Edmonton, à l’exception de ses propres banlieues et villes dortoirs, c’est le NPD, les Libéraux, et les candidats Conservateurs rouges-rouges qui recueillent une bonne partie des votes).

Je peux vous assurer que la prochaine élection provinciale sera orange à Edmonton (mais peut-être un orange Albertain; c’est à dire que les voteurs vont voter pour une position du NDP qui tomberait entre celles les NPD fédéraux et des P-C provinciaux (il ne faut jamais oublier que les P-C provinciaux de l’Alberta sont mi-chemin entre les Libéraux et les Conservateurs fédéraux, voire une tier de la distance entre les deux, mais plus vers le centre).

Alors, on commence déjà à voir des similitudes politiques entre le Québec et le l’Alberta, et les constantes politiques que partagent la capitale albertaine (Edmonton) avec l’ile de Montréal.

Les régions rurales et les petits centres du Québec et de l’Alberta – pas aussi divergentes que l’on pourrait penser

Ailleurs en Alberta, et ailleurs au Québec, les régions rurales et les petits centres partagent plus au moins les mêmes sentiments politiques (hormis des tendances “nationalistes” – qui sont toujours susceptibles à changer au Québec).   Pour constater ses similitudes, vous avez juste à passer du temps dans les villages de la Côte-nord (QC), du Lac St-Jean (QC), de l’Haute Mauricie (QC), de la Beauce (QC), de la région Crows-Nest (AB), de la Région Lakeland (AB), à l’étendu de Rivière-la-Paix (AB) ou la ceinture du Corn-Belt (AB).

Toutes ces régions, à base de l’agriculture et de l’extraction des ressources, sont plutôt centre-droit.  Leurs habitants s’affichent soient comme Conservateurs rouges ou des NPD/Libéraux fédéraux bleus.  Ce qui les distingue (mais ce qui les unissent dans leur similitudes en Alberta tout comme au Québec) c’est le fait que les habitants de ces régions doivent prendre toujours une décision assez déchirante au moment du scrutin fédéral.  Et en raison de leurs convictions “mi-chemin”, ils votent soit NPD/Libéral, soit Conservateur.  (Et l’influence des changements démographiques énormes sur le plan d’immigration éthnique que subissent les petites villes en Alberta doivent surement jouer un rôle la-dedans… Je vous ai parlé un peu dans un billet sur ma propre ville en Alberta: Végreville — et les petites villes du Canada (#125)).

Je vous explique…

En Alberta, il arrive que la population rurale penche du côté Conservateur en raison de l’histoire et de ce qu’ils perçoivent comme l’absence d’alternatives.  Et au Québec la population rurale penche plutôt du côté NPD-Libéral (et parfois Conservateur) en raison de l’histoire et ce qu’ils perçoivent comme l’absence d’alternatives.

Mais le point de départ pour ces populations rurales et de petits centres, au Québec tout comme en Alberta, demeure plus au moins le même (ce qui incarne beaucoup d’idéologies des anciens Progressistes-Conservateurs dont je vous ai parlé plus tôt dans ce billet).

Bref, les croyances idéologiques des Albertains et Québécois ruraux sont très semblables à la base.  Mais le sort de leur vote vire dans deux sens différents.   Les circonscriptions hors des grands centres en Alberta comptent pour presque la moitié des circonscriptions albertaines (je crois qu’aux Québec elles se situent autour de 40% si je ne me trompe pas).   Malheureusement, cela donne des munitions (fautives, d’ailleurs) au camp souverainiste pour dire à la population du Québec que les Albertains (qui ont voté Conservateur jusqu’à maintenant) ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde.

Pourtant, c’est tout le contraire sur tellement de fronts.

J’ose même dire qu’au moment du scrutin fédéral, les régions rurales des deux provinces acceptent de mettre de l’eau dans leur vin lorsqu’ils partent du même point de départ pour décider à quel côté enverraient-ils leur vote.  Ils se pincent le nez des deux côtés, et voilà!  Les Conservateurs trouvent leur base dans l’Alberta rural, et le NPD (avec une bonne proportion du vote minoritaire allant aux Libéraux et aux Conservateurs) trouve une grande empreinte dans le Québec rural.   Mais cela ne veut pas dire que les populations rurales de l’Alberta et du Québec sont plus conservatrices petit “c”, ou plus à gauche que l’autre.

C’est carrément une question que l’individu emboîte le pas de son vosin et envoie son vote dans la même direction de ses voisins, compte tenu que les habitants ruraux en Alberta et au Québec quittent de la même ligne de départ.

Mais ce qui compte, c’est que les valeurs et les mentalités à la base sont les mêmes pour les Québécois et les Albertains qui vivent en région rurale.

Je pourrais même vous offrir des tendances concrètes qui ajoutent une certaine crédibilité à ces observations.

Mais ça, je vais laisser pour le prochain billet.

Alors, à la prochaine!


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Les préjugés à l’égard de l’Alberta : La question de la “laïcité provinciale” – 2 sur 6 (#250)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Lors du dernier billet, j’ai fait mention que j’allais aborder trois “sphères” de préjugés que conservent beaucoup de Québécois à l’égard de l’Alberta et les Albertains.   Un de ses préjugés que fouette la société sans relâche (et sans fondement) est celui de la question de la “religiosité” de l’Alberta, et sur l’hypothèse d’un agenda politique caché de la province, fondé sur la religion.

Il n’y a pas de doute que la société Québécoise valorise l’aspect laïque de sa cohésion sociétale.  Mais les tendances laïques au Canada ne se confinent pas seulement à l’intérieur des frontières québécoises ou parmi seulement le peuple québécois.

Je vous offre les statistiques suivantes, et beaucoup d’entre vous vont sans doute les trouver étonnantes.

Selon Statistiques Canada (2010), parmi les Albertains qui se déclarent être religieux:

  1. 71,3% des gens se déclarent être des chrétiens dans le sens traditionnel (avec le reste étant “spirituel” de nature floue ou personnelle, ou issus d’autres religions)
  2. Au Québec, 90,2% des gens se déclarent être chrétiens dans le sens traditionnel (avec le reste étant “spirituel” de nature floue ou personnelle, ou issus d’autres religions).

Ces derniers chiffres dénotent que même parmi ceux qui se déclarent être religieux, la proportion des Albertains religieux qui “pratiquent” leur religion dans le sens traditionnel (organisé) n’est que dans 71,3%  des gens.  Les autres gardent leurs croyances spirituelles à eux, ou sont issus d’une autre religion entière.  Tandis qu’au Québec, les Québécois religieux sont plus aptes à montrer et pratiquer leur religion plus ouvertement.

Alors, peut-être vous vous demanderiez quel serait le pourcentage des Albertains qui sont religieux.   Je vous offre d’autres statistiques encore plus révélatrices :

Des chiffres qui en parlent fort! (Cliquer pour l’agrandir).

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  • Sources de ces statistiques : 
  • * 26 mars 2015, selon le sondage national Angus reid, mené auprès des canadiens à travers le Canada.
  • ** 2010 un grand sondage national Gallup mené dans tous les états des É-U.  Ce qui est de plus, 10 autres sondages nationaux américains menés entre 2006 et 2012 arrivent tous aux mêmes conclusions consistantes.

Cette fois je ne vais pas mâcher mes mots.  Le Canada n’a pas de “Bible-Belt”, et l’Alberta ne présente même pas les ingrédients pour ce qui pourrait constituer un “Bible-Belt”.

Les “tendances religieuses modernes” de l’Alberta ne sont pas si différentes que celles du Québec ou toute autre province.  Pourtant, l’emploi du terme “Bible-Belt” pour décrire l’Alberta en soi en est un que j’entends à maintes reprises sur plusieurs émissions de télévision québécoise telle Tout le monde en parle, 24/60, Bazzo.tv, certaines émissions à la radio de Radio-Canada, les Francs-tireurs, Zone doc de Radio-Canada, les émissions de LCN, ainsi de suite (la liste est longue).

Je peux également vous offrir des noms spécifiques de plusieurs politiciens du PQ et du BQ qui ont employé ce terme à volonté dans leur obsession d’empêcher les Québécois de tisser le moindre lien émotif avec le reste du Canada (pour eux, c’est dans leur intérêt de propager ces mythes, et ce dans le but de faire en sorte que les Québécois se considéreraient incompatibles avec les Albertains — et par conséquence, le Canada.  C’est un manœuvre triste, trompeur, et franchement pathétique.  

En grandissant en Alberta, j’avais moi-même plusieurs professeurs québécois qui ont déménagé en Alberta du Québec, et qui avaient eux aussi ces préjugés au sujet de ce qu’ils s’attendaient à être la “religiosité” de l’Alberta — du moins jusqu’à ce qu’ils ont pu voir la réalité de la province eux-mêmes (ce qui a pu les faire constater que leurs propres idées préconçues n’étaient pas fondées).

Ce qui est troublant, c’est qu’un couple de ces professeurs d’école secondaire et d’autres profs québécois à l’université m’ont confié que leurs pairs au Québec soulevaient souvent cette question en classe auprès de leurs étudiants.   Et j’en crois bien, car même certains de mes amis au Québec m’ont dit que l’enseignement de la notion d’une Alberta “religieuse” est monnaie courante lors des cours d’histoire et des sciences sociales au Québec.

J’ai connu bien de Québécois qui ont déménagé en Alberta.  Mainte et maintes fois ils étaient étonnés par le fait qu’il ne se trouvait pas plus d’églises en Alberta qu’au Québec.  En effet, en conduisant d’un bout du Québec à l’autre (mettons de Gatineau jusqu’à Fermont ou en Gaspésie – des routes que j’ai parcouru moi-même en voiture à maintes reprises) on constaterait avec ses propres yeux que l’Alberta ne compte pas plus d’églises qu’au Québec.  De plus, il n’y a pas plus d’églises en Alberta qu’ailleurs au Canada – car la population du Canada d’un océan à l’autre, est généralement laïque (le nombre d’églises à travers le Canada (ou leur “absence”) demeure pas mal stable d’une province à une autre – que ce soit en C-B, en Alberta, en Ontario, au Québec ou en Nouvelle-Écosse – tout conforme avec le graphique à barre que je vous ai présenté ci-dessous.

Par contre, si vous alliez faire de la route dans plusieurs régions des É-U, là vous remarqueriez une grande différence entre les É-U et l’Alberta/le Québec; c’est même jour et nuit.  Les É-U sont bien plus religieux que “nous”.

Alors, d’où provient ce mythe qui est tant propagé et par les médias québécois et par certains gens ordinaires?

Pour répondre à cette question, il faut comprendre l’histoire de l’ouest du Canada (un sujet très mal compris au Québec, et presque jamais enseigné dans le système scolaire québécois).

Bref, on pourrait dire que le Canada ait eu trois provinces qui ont été assujettis à ce qui est l’équivalent de certains aspects de leurs propres Révolutions tranquilles;  le Québec (bien sûr), l’Alberta et la Saskatchewan.  Cette partie de notre histoire collective est enseignée en Alberta et en Saskatchewan, mais c’est l’omerta totale au Québec quant au sujet des révolutions tranquilles semblables en Alberta et en Saskatchewan.

Sans aller trop dans les détails, toutes ces trois provinces étaient très religieuses au début et au milieu du vingtième siècle – tant au niveau gouvernemental qu’au niveau de la population.   Le Québec était la première des trois provinces de se détacher de l’influence de l’église dans les années 1950 et 1960.   L’Alberta et la Saskatchewan l’on suivi de près vers la fin des années 1960 / début des années 1970.

Tout comme au Québec, il y avait un virage politique énorme en Alberta qui accompagnait ces changements – y compris le rejet et la dissolution totale de certains vieux partis politiques, la formation de nouveaux partis politiques à bases laïques, la déconfessionnalisation du système scolaire, de l’état, et la nationalisation de beaucoup d’industries en Alberta.

En effet, toutes les même catégories d’industries qui étaient nationalisées au Québec étaient elles aussi nationalisées en Alberta.  AGT était nationalisée par le gouvernement de l’Alberta (aujourd’hui, sous la banière privée Télus).  Une partie du réseau bancaire était nationalisé (aujourd’hui ATB — qui demeure toujours une banque albertaine nationalisée… une institution aussi importante en Alberta que l’est Desjardins au Québec).  L’Alberta avait créé l’équivalent d’un fonds de solidarité albertain.   Trans-Alta était l’équivalent albertain nationalisé d’Hydro-Québec.  Un réseau d’universités publiques était créé.  On a créé Access Network, semblable à Télé-Québec (ou Radio-Québec dans le temps).  Et la liste continue.   En effet, les chemins des deux provinces à cette époque-là étaient très semblables.

Dans une tournure intéressante, sur beaucoup de fronts historiques et politiques, l’Alberta et le Québec (et la Saskatchewan) sont quasiment des cousins de premier degré – peut-être même la parenté la plus proche qui existe pour le Québec (car même le gouffre qui existe entre le Québec et la France sur le plan de l’histoire récente, de la culture, et de ses systèmes est encore plus grande que celui qui existe entre le Québec et l’Alberta… Et moi, je connais assez bien la France – je suis propriétaire de ma propre société et une grande partie de mes chiffres d’affaires proviennent de la France).

Le fait que nous (le Québec et l’Alberta) sommes culturellement tous les deux les nord-américains, le fait que nous avons poursuivi des chemins de développement et de gouvernance semblables au cours des 50 derniers années (plus de partage qu’avec toute autre juridiction au monde), sans même mentionner le fait que nous partageons les autres institutions et systèmes qui relèvent du même pays – le tout, cela galvanise ce fait de parenté incontournable entre le Québec et l’Alberta.

Mais le système d’éducation au Québec, et la société au sens large continuent de regarder l’Alberta à travers l’optique de 1960 plutôt que 2015.  Ces points de vue de la part de la société québécoise sont 55 ans en retard face à cette question.

Peut-être serait-il dû au fait que la révolution tranquille aurait eu l’effet de faire en sorte que le Québec est devenu trop introspectif et autocentré?  Peut-être aux dépens d’une connaissance de ce qui se passe ailleurs au Canada?   Peut-être serait-il dû au fait que le mouvement nationaliste (qui parfois joue le rôle d’une force aveuglante – Qu’elle soit volontaire ou involontaire puis-je ajouter) aurait fait que ceux qui tirent les ficelles n’aurait pas voulu mettre l’accent sur les parallèles qui existent entre l’Alberta et le Québec?   Peu importe, il va sans dire que la perception de l’Alberta de la part de beaucoup de Québécois sur la question de la religion ne reflète pas la réalité sur le terrain.

En tout dernier lieu sur cette question, j’ajouterai ceci : En raison de la déconfessionnalisation massive et structurelle de la province de l’Alberta, il est plutôt rare de rencontrer des gens qui vont toujours à l’église en Alberta.  Certes, dans une foule il y en aurait toujours quelques unes, mais ces personnes-là sont loin d’être la majorité, comme dans toute province – y compris au Québec.

Beaucoup d’églises albertaines d’autrefois sont en déclin et ferment leurs portes, par manque d’argent.  Cela nous laisse avec une population plus au moins de centre-droite et laïque (plus souvent juste à droit du centre, mais pas loin du centre sur l’échelle “sociale – car la grande partie de la population vie dans les deux grandes régions métropolitaines de la province, et elles ne sont pas plus à droit que la région de Québec ou Saguenay).   À titre de comparaison, côté culturel, dans leur manière de penser, et dans leur manière de vivre de et leurs intérêts personnels, la population de l’Alberta se ressemble beaucoup à celle de la région de Québec.  (Il faut toujours se rappeler que le Québec est la somme de ses parties.  Montréal n’est qu’un ingrédient dans ce qui fait le Québec, mais comme ville, elle certes n’est pas le Québec en soi).

Alors à ceux qui me disent parfois qu’ils n’aiment pas l’Alberta (un sentiment qui, d’après mon expérience, se voit plus souvent dans la région de Montréal), je leur réponds qu’ils doivent sans doute détester la ville de Québec, non?   Souvent, pour ne pas dire toujours, cette réponse n’a qu’à les laisser sans voix (rarement il m’arrive que je ne puisse me retenir, mais parfois je me permets une réponse).

Je me sens parfaitement à l’aise dans ma défense l’Alberta auprès de ceux qui l’attaquent d’un angle préjugé.  Bien sûr, comme toute société et juridiction, l’Alberta a elle aussi ses propres problèmes (j’en parlerai un peu lors de mes prochains billets).  Ce n’est pas ses problèmes que je défends.  C’est plutôt une réponse que je donne aux préjugés ignorants des autres.

Et ce qui est bon, c’est le fait que je me sens confortable dans ma défense de l’Alberta.  Il ne faut pas oublier que lorsque je réplique aux préjugés sur sol québécois même, je le fais du point de vue de quelqu’un qui se considère être culturellement à l’intérieur (sur pied d’égalité avec mes compatriotes québécois), et non pas d’une personne de l’extérieur.  J’ai le sentiment que cela en soi me donne le droit de parole.  C’est une discussion en famille, malgré tout.

En dernière remarque, ça vaut vraiment la peine de voyager un peu partout au pays afin de mieux se connaître.  C’est une perte regrettable de ne pas faire autrement.  J’encourage autant de monde que possible de faire le voyage d’un océan à l’autre au moins une fois dans leur vie.  Voir c’est savoir.

J’aborderai d’autres préjugés à l’égard de l’Alberta au cours des deux prochains billets.  Personnellement, je trouve ces questions très intéressantes (et pas offensives du tout — au contraire, c’est une bonne discussion).  J’espère qu’elles le sont également pour vous.


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Introduction – 1 sur 6 (#249)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Au cours des billets de mon blogue, de temps en temps je vous ai offert des exemples de certaines circonstances et de certains préjugés qui propagent la notion des Deux solitudes — tant du côté Anglophone que du côté Francophone.

Parfois, ces exemples sont très évidents.  Parfois ils sont plus subtils.

La plupart des exemples que je vous ai déjà offerts au cours des billets antérieurs étaient rédigés en anglais, car je les présentais à une audience anglophone (je le crois important que le monde prend conscience des  exemples de leurs propres préjugés ou méconnaissances qui contribuent à garder vivante la notion des Deux solitudes).

Mais cette fois, je vais vous écrire en français, et je vise les francophones du Québec dans cette série de six billets.  Je vais vous présenter des exemples de certaines méconnaissances que je vois de la part des francophones du Québec, et ce en employant un ton bien plus personnel.

Je vais vous parler des préjugés assez “structurels” que je vois à l’égard de l’Alberta, et à l’égard des gens qui viennent de cette province, tout comme moi.   À mon avis, je me trouve dans une position privilégiée pour vous adresser ce sujet d’un ton franc et honnête.  Je connais le Québec aussi bien que l’Alberta – et les québécois entendent trop peu les points de vue des gens comme moi.

Alors, avant de continuer, je dirai dès le départ que je reconnais très bien le fait que ce n’est pas tout le monde au Québec qui nourrit les préjugés dont je vais vous parler.  Et à cet effet , je ne suis même pas sûr qu’il s’agisse d’une majorité de gens.  À mon avis, c’est souvent les médias au Québec (Radio-Canada, TVA  , la presse écrite, les chroniquers) qui renforcent les préjugés contre l’Alberta.  Et malheureusement cela a pour effet d’influencer les perceptions des masses.

Qu’il s’agisse d’une majorité ou d’une minorité, ces préjugés sont pourtant bien réels.  Face aux préjugés, j’admet que je ne peux m’empêcher de se sentir lésé, tant soit peu, par certaines méconnaissances flagrantes de la part de certaines personnes (parfois même de la part de certaines personnalités bien connues qui supposément prétendent parler publiquement d’une haute autorité morale).

Je trouve ça toujours un peu “déséquilibrant” quand il y a des gens au Québec qui (en croyant à tort que je suis moi-même Québécois) dénigre l’Alberta lorsqu’ils partage leur “pensées” avec moi.  Un exemple parfait : Au mois de janvier j’étais dans la région de Montréal.  Je taillais une bavette avec un serveur, et pour une raison ou une autre on abordait le sujet de ce que nous venions tout juste de faire durant nos vacances de Noël.  À mon tour, j’ai mentionné que je les ai passé en Alberta à Edmonton, à Calgary et dans les montagnes rocheuses.  Sa réaction : “Comme Québécois, une chance qu’ils ne t’ont pas lynché!”.

Comment devrais-je répondre à un tel commentaire?  Sans qu’il le sache, il parlait de “moi”, de mes amis, et de ma famille et de tous mes pairs, non?   Mais, bon, je suis un grand garçon, et je crois être assez mature pour savoir qu’une seule remarque n’est pas nécessairement représentative d’une société entière.  J’avoue que lorsque j’entends de telles remarques à répétition au cours de plusieurs années, on pourrait commencer à se poser des questions.  Cependant, j’essaie garder le tout en perspective.

(D’ailleurs, devrais-je mentionner, étant quelqu’un qui parlait français en publiqueen Alberta — avec des amis pendant une bonne partie de ma vie, je n’ai jamais rencontré un seul cas de French-bashing en Alberta… pas une seule fois – jamais.

Au contraire, plus souvent qu’autrement, les Anglos en Alberta y voyaient l’occasion en or pour pratiquer leur français, et souvent ils tentaient d’engager une conversation en français — avec un grand sourir, et à bras et à cœur ouverts.

Alors, on doute finalement qu’il y ait une raison de croire qu’il existe une tendance de société de faire de l’Alberta-bashing … un sujet que j’avais déjà abordé dans un autre billet qui s’appelle No way, Le Figaro!).

Les prochains trois billets vont porter sur trois préjugés dont moi-même je ressens d’une base assez régulière au Québec – tant du côté des médias québécois que sur le terrain même.

Je suis bien conscient du fait que cela ne veut pas dire que ceux qui propagent ces préjugés sont du mauvais monde (si vous êtes fidèle à ce blogue, vous sauriez sans doute que je suis de l’avis que le Québec est une des sociétés les plus ouvertes et les plus empathiques au monde – point.  Les Francophones du Québec et du Canada sont foule cool, et ça va de même pour les Anglophones du pays aussi).

Mais quant aux sujets des préjugés que portent des gens, les êtres humains ne savent seulement ce qu’ils savent.  Et à l’égard de ceux qui portent des préjugés, ces personnes ne sont que la somme de leurs propres connaissances et expériences personnelles (j’en suis tout à fait conscient de ce fait – la raison pour laquelle je me réserve un certain modération envers ces discussions).  Souvent les ignorances ne sont qu’une question de naïveté innocente.   Les sources d’information desquelles le monde tire ses conclusions ne sont aussi bonnes que l’info que leur offre leurs professeurs, leurs pairs, ou leurs médias.

Les cinq prochains billets vont aborder les préjugés et les méconnaissances qui portent sur :

  1. La croyance que l’Alberta est une province plus “religieuse” que les autres provinces (au point où beaucoup de monde la croit même être “hyer-religieuse”. Mais comme vous allez voir, les statistiques vont vous réserver des surprises),
  2. Les attitudes et les comportements des Albertains et le gouvernement provincial face à l’industrie du pétrole, et
  3. Les “tendances” et les “affirmations” politiques des Albertains, ainsi que la manière dont beaucoup de Québécois préjugent les Albertains en raison de ce qu’ils croient être ces “tendances” et “affirmations”.

Alors, avec cette petite introduction aux cinq prochains billets, j’ai hâte de vous revoir lors de cette exercice de décorticage des préjugés.

Et sachez que j’en suis reconnaissant du fait que vous soyez là, et que vous portez intérêt à ce sujet.  C’est important.   Après avoir écrit près de 250 billets, je crois bien que je pourrais mener ce genre de dialogue franc avec vous.  Malgré tout, cette discussion s’édifiait lentement, jusqu’à ce point bloc par bloc, au cours de chaque billet.

Que l’on continue.


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Le Multiculturalisme & l’interculturalisme: Des aspects controversés – billet 2 sur 2 (#187)

This is the French version of an earlier post, for Francophone followers of this blog.

Le dernier billet touchait sur ce qui constitue le multiculturalisme et l’interculturlisme.

Ce billet portera sur des aspects les plus controversés, notamment sur “les accommodements raisonnables” – une question qui a tendance à soulever les passions, non seulement au Québec, mais ailleurs au Canada aussi.  .

Certaines des questions les plus controversées survenant du multiculturalisme, de l’interculturalisme, et des accommodements raisonnables

Dans le dernier billet, je vous ai offert un exemple où la société a pu trouver moyen d’accommoder une demande culturelle d’un policier sikh, celle d’avoir son turban incorporé dans l’uniforme de la GRC (Gendarmerie royale du Canada).  Il s’agissait d’un exemple, suite à un certain niveau de débat, où la société serait prête à offrir des accommodements aux différences culturelles, et de façon très publique.  Faute d’un meilleur terme, les accommodements sont une espèce de “partage de l’espace publique” afin de permettre aux autres cultures de mettre en pratique leurs croyances et traditions.  Dans le contexte du multiculturalisme et de l’interculturalisme, la société canadienne et québécoise accordent des accommodements dans la mesure que les demandes sont présumées “raisonnables”.   Le terme exact s’appelle des “accommodements raisonnables”.

En effet, l’expression “accommodement raisonnable” est un terme juridique, reconnu par la Cour suprême du Canada.  Il a également fait l’objet d’études majeures (telle la Commission Bouchard-Taylor) sur ce qui constitue des accommodements raisonnables et ce qui repoussent les limites de ce que la population tolérerait (autrement dit, ce qui n’est pas raisonnable).

Certains pourraient prétendre que la question de porter un turban sikh, lorsqu’on exerce les fonctions de policier, s’agit d’un débat banal avec peu de controverse.

Oui, il est vrai qu’il existe des zones floues où les débats entourant les accommodements raisonnables peuvent devenir bien plus controversées.  La société sera toujours en train de débattre ces question, au niveau fédéral quand il s’agit du multiculturalisme, ou au niveau provincial au Québec quand il s’agit de l’interculturalisme – et ce, peu importe le gouvernement en place; que ce soit un gouvernement fédéral, un gouvernement au Québec, ou des gouvernements dans d’autres provinces.

Parmi les questions les plus controversées, quelques-unes qui ont surgi au cours des quelques dernières années sont les suivantes :

  • Dans des lieux de travail et dans des écoles aux cultures diversifiées, devrait-on remplacer le mot “Noël” par le mot “les fêtes”?
  • Devrait-on remplacer le mot “arbre de Noël” par le mot “arbre des festivités”?
  • Est-ce que les foulards qui couvrent le visage devraient être interdits lors des cérémonies de citoyenneté lorsqu’on prête serment de citoyenneté? (Il s’agit des niqabs ou burquas dans le cas d’une minorité de femmes musulmanes, ou les duppatas dans le cas d’une minorité des femmes hindous).  C’est une discussion qui est en train de se dérouler dans les coulisses de pouvoir à Ottawa – car il y a une femme qui en fait appel à la décision du gouvernement d’exiger le visage découvert lors du serment.
  • Est-ce qu’on devrait permettre certains éléments de la charia dans l’application du droit civil comme option au niveau de la législation provinciale (touchant le mariage, la divorce, l’inscription des noms, etc.)?
  • Est-ce qu’on devrait reporter ou rééchelonner des matchs de hockey pour prendre en compte le jour du sabbat des joueurs juifs?

La nature des éléments très controversés revient à la question suivante : Dans quelle mesure la grande majorité doit-elle être tenue d’accommoder des demandes rares ou anormales d’une petite minorité, surtout lorsqu’on constate que ces accommodements mèneraient à des changements aux modes de vie et aux traditions profondément enracinés, visibles, et symboliques de la majorité?  Après tous, de tels changements pourraient avoir d’importantes incidences et pourraient être ressentis par tous.  C’est dans ce contexte que la question des accommodements devient controversée, et pourrait impliquer tout le monde.

Je trouve ces débats très intéressants, et je comprends la controverse.  Je vous dirai d’ailleurs une chose — Je n’ai pas les réponses à toutes ces questions.  Mais voici la tendance, au cours des deux dernières décennies jusqu’à présent, telle que je la vois : les sociétés canadiennes anglophones et francophones semblent toutes les deux d’accord qu’un accommodement quelconque n’est plus raisonnable s’il transformerait les traditions de tout le monde, et si ce changement serait estimé être une transformation majeure.

Dans l’exemple du policier sikh, l’accommodement consenti au policier de porter un turban n’était pas un changement majeur qui impliquerait tout autre policier, ou la société dans son ensemble – précisément parce que d’autres policiers ne sont pas contraints de porter cette tenue religieuse.   En outre, le port du turban n’incommode pas, et il ne doit pas nécessairement alourdir ou perturber la vie quotidienne de la société.

En ce qui concerne la question de renommer “Noël”, j’ai l’impression que la société est hautement défavorable à cette idée, du moins dans le sens “collectif” ou au “nom de la société” (et c’est pour cette raison, en passant, pourquoi les publicités à la télévision, les évènements publiques, les marchés de Noël, etc. prononcent toujours, et prononcerons toujours le mot “Noël”).  Cependant, concernant la reconnaissance des fêtes au niveau de l’individu, nôtre société (francophone et anglophone) semble être confortable à l’idée de souhaiter une “joyeuse Hanouccah”, ou “Fête des lumières”, etc.  Nos écoles au Canada semblent elles aussi à l’aise d’enseigner que Noël et la saison des fêtes peuvent être interprétée différemment par différentes personnes.  Tout le monde reconnaît que la saison de Noël peut avoir de nombreuses significations différentes, et généralement on n’est pas vexé par la question lorsqu’on souhaite aux autres un joyeux Noël, une joyeuse Hanouccah, ou une joyeuse saison des fêtes (ce qui comprend le nouvel an et toute autre festivité).  Au niveau personnel, j’ai plusieurs amis musulmans qui célèbrent Noël eux aussi.  Ils me souhaitent un joyeux Noël, tout comme je le fait envers eux – et ces mêmes amis musulmans dressent même un sapin de Noël chez eux à la maison.

Le changement de nom des “arbres de Noël” s’est avéré bien plus controversé.  Ailleurs au Canada, à un moment donné il y avait quelques villes et écoles qui ont tenté officiellement les renommer des “arbres des fêtes”.  Pourtant, la réaction négative et le « contrecoup » de la population volaient aussi vite.  La réponse fut rapide et même furieuse.  Ces écoles et villes ont rapidement fait marche arrière, et depuis ce temps-là, cette question n’a pas réapparu à l’ordre du jour des débats publiques.  Contrairement au cas de “joyeuse saison des fêtes”, le débat entourant “l’arbre des fêtes” suscite bien plus d’émotions.   Sur ce sujet, je pense que nous avons atteint le point où la société voudrait absolument tracer une ligne dans le sable.  Ici, la population est moins inclinée d’accorder des accommodements aux revendications d’une très petite minorité qui préconise le changement de nom des arbres de Noël.  Je dirais qu’il s’agit d’un « contrecoup populaire » car un tel changement au nom des accommodements apporterait des modifications majeures aux traditions de la majorité – des traditions qui touchent tout le monde, et qui sont profondément enracinées dans la société.

Dans le cas des femmes qui doivent avoir le visage découverts lorsqu’elles prêtent serment de la citoyenneté, le gouvernement Conservateur (ainsi que le ministère de la citoyenneté) se dit inflexible quant à sa position et ses politiques d’interdire le visage voilé.  D’après ce que je suis en train de voir dans les médias, il me semble que les Conservateurs ont le sentiment publique de leur côté (au Canada anglophone et francophone, tous les deux).  Au cours des deux dernières journées, le NPD semble appuyer les Conservateurs, et la position des Libéraux fédéraux semblent être plus floue.   L’appui public s’explique probablement par le fait que la société estime que le serment de citoyenneté est une valeur partagée par nous tous (par la majorité tout comme par les minorités).  Il est donc “raisonnable” de conclure que tout le monde devrait être assujettit aux mêmes critères.

Il y a plusieurs années, il y avait une proposition en Ontario d’intégrer la charia dans certains aspects très minces du droit civil, tels les mariages, divorces, etc.  Elle ne visait que les cas où les parties concernées solliciteraient expressément l’application de la charia.  Toutefois, les préoccupations publiques contre une telle proposition se sont fait entendre très rapidement et elles étaient quasiment unanimes : Une telle mesure ne serait pas tolérée, et le gouvernement de l’Ontario a fait marche arrière.

Dans l’exemple des matchs de Hockey qui devaient être reportés ou rééchelonnés afin d’accommoder des joueurs juifs qui refusaient de jouer lors du sabbat (le vendredi et samedi), c’était en effet un cas qui est arrivé au Québec il y quelques années.  Un joueur avant-centre de l’équipe des Olympiques de Gatineau refusait jouer deux jours par semaine.   Pourtant, l’équipe et la ligue n’étaient pas prêtes à reporter les matchs, car un tel geste modifierait la saison dans son ensemble pour tout le monde à cause d’une seule personne.  Dans ce cas en particulier, l’accommodement de la majorité emportait sur l’accommodement d’une minorité infiniment petite.  J’avoue que je ne suis pas certain si le joueur en question aurait demandé que l’horaire des matchs soit modifié dans son ensemble.  Mais, de toute façon, la réaction publique contre la décision du joueur de “se retirer” des matchs deux fois par semaine était assez unanime pour inciter la direction de l’équipe de se prononcer et de lancer un ultimatum au joueur : c’est-à-dire décider de jouer le vendredi et samedi, ou quitter l’équipe.  À la fin de la saga, une solution d’accommodement grandement édulcoré a été trouvée.  L’équipe allait tolérer (accommoder) le retrait du joueur deux jours par semaine pendant les quelques semaines qui restaient de la saison en cours, uniquement afin de lui accorder le temps nécessaire de décider s’il voudrait ou non quitter l’équipe de manière permanente lors de la prochaine saison qui s’approchait.   Un tel accommodement était considéré raisonnable malgré tout.  À la fin du jour, le joueur en question s’est convenu de jouer tous les jours de la semaine s’il pouvait prendre congé trois jours par année durant les commémorations de Yom Kippur.  C’était une offre jugée acceptable pour toutes les deux parties et le tout était rapidement aplani.

Les accommodements raisonnables, sont-ils un “jeu à somme nulle”?

Les accommodements raisonnables, sont-ils un “jeu à somme nulle”?  C’est-à-dire, lorsqu’on accorde des accommodements, devrait-on les accommoder à 100%, ou rien du tout?  La réponse : Elle dépend les circonstances.   Le multiculturalisme et l’interculturalisme sont assez flexibles pour s’adapter aux meilleurs intérêts de la société, tout en étant en mesure de prendre en considération les revendications de la minorité (sur le fond, cette pratique est également la définition de la démocratie : la majorité emporte, mais tout en respectant les droits et les demandes raisonnables de la minorité).

Quant aux accommodements, dans certain des cas ci-dessus, il y avait des exemples de “jeu à somme nulle”, mais il comptait également des solutions de compromis (des deux côtés).  On voyait un “jeu à somme nulle” dans le cas de la sharia en Ontario et dans le cas de “l’arbre des fêtes” (franchement parlant, le Canada n’avait pas l’appétit d’engager sur cette voie).

Mais dans d’autres exemples, on a pu constater qu’il y avait des marges de maneouvre pour trouver des compromis.   Le cas du joueur de Hockey en est un exemple.  Au début, on pouvait croire qu’il serait un jeu à somme nulle (accepter de jouer sept jours sur sept, ou quitter l’équipe).  Mais à terme, c’était les trois jours annuels du Yom Kippur que le joueur tenait plus à cœur, et l’équipe s’est accordé à dire qu’elle pouvait lui accorder ces trois jours.  De lui accorder ces trois jours ne représenterait pas un accommodement déraisonnable.

Un autre exemple de ce type de question qui pourrait générer des questions nuancées est celui de prêter serment de citoyenneté à visage découvert.   Pour beaucoup de femmes qui portent un voile qui couvre le visage, il est acceptable de découvrir le visage en présence d’une autre femme, des membres mâles de la famille, ou les figures d’autorité (police, juges, médecins, etc.).  Cependant, il est vrai qu’un problème surgit quand les membres du publique, qui n’ont rien à faire avec la femme en question, peuvent voir son visage (et plus en particulier, des hommes).    En ce qui concerne comment cette question va se résoudre au cours des mois et semaines à venir, d’après moi, on va probablement trouver un compromis – un accommodement “mitoyen” si vous voulez.    Je ne serais pas étonné de voir si la femme en questions pourrait se tenir debout au fond de la salle, derrière tout le monde, mais avec le visage découvert orienté vers le juge (homme ou femme) en avant de la salle lorsqu’elle prête le serment de citoyenneté.  Une telle configuration en fera que personne d’autre dans la salle ne serait en mesure de voir son visage découvert, et elle aurait l’occasion de se “revoiler” le visage dès qu’elle aurait prononcé le dernier mot du serment.    Nous avons déjà un système semblable en place pour la prise de photo du permis de conduire et du passeport (on se cache derrière une cloison avec le photographe lors de la prise de photo – mais hors de vue des étrangers).  Bref, des concessions mutuelles peuvent égaler des accommodements raisonnables.

Comme vous pouvez le constater, certains accommodements raisonnables du multiculturalisme et de l’interculturalisme peuvent être noir ou blanc, ou ils peuvent être toutes les nuances de gris entre ces deux extrêmes.  Tout dépend les questions à trancher et le niveau de confort de la société envers ces enjeux.   Mais c’est ça la beauté de l’affaire : le multiculturalisme et l’interculturalisme vont rarement aussi loin d’accommoder des questions réputées “déraisonnables” par la société canadienne anglophone ou francophone du Québec (du moins j’espère que non).   Et de plus, le Canada anglophone et le Québec francophone sont d’accord à 99% du temps sur ce qui constitue des accommodements “raisonnables” et “déraisonnables”.

Je me casse la tête pour trouver des différences entre les deux sociétés, en termes de points de vue (des désaccords entre ce qui constitue un accommodement “raisonnable” ou “déraisonnable”), mais j’ai de la difficulté à y trouver.    Je peux penser à des cas exceptionnels au niveau des individus, tel l’affaire des vitres givrées d’une gym à Outremont il y quelques années (pour tenir des femmes qui s’y entrainaient hors de vue des juifs hassidim du quartier), mais ces exemples on rapport aux décisions prises au niveau d’un individu, et non pas de la société.  De telles décisions n’ont rien à faire avec le multiculturalisme ou l’interculturalisme (mais je me rappelle que dans le temps, les médias ont complètement confondu cette affaire avec le multiculturalisme et l’interculturalisme).   Je suppose que le fait que je n’arrive pas à trouver des conflits sur le front du multiculturalisme entre ce que pensent les sociétés anglophones et francophones (et je connais les deux assez bien) dénote que les deux sociétés pensent et agissent de la même manière quant à ces questions.

Pendant que le Canada et le Québec ne cesse de se diversifier, quel sera l’avenir dans le contexte du multiculturalisme et l’interculturalisme?

Bon, les scenarios ci-dessus ne sont que quelques exemples parmi d’autres qui font sujet de débats publiques.  À mesure que le Canada diversifie, je ne sais pas à quel point ces questions continueront ou cesseront d’être pertinentes.  Je suppose qu’il y a deux façons de les voir :

  1. D’un côté, plus le Canada devient diversifié, plus la population est en position de constater l’intérêt de préserver notre héritage, nos traditions, et notre patrimoine séculaire comme une fin en soi. On pourrait dire que le Canada serait moins riche, culturellement parlant, si nos traditions à longue durée disparaissent ou serait réduites.   Il pourrait arriver que l’ensemble des communautés diverses au Canada se réunissent de concert avec la majorité afin de préserver les traditions de longue durée ainsi que les traditions et le patrimoine du pays – et ce, même si ce patrimoine ne fait pas partie des traditions des communautés spécifiques.  En effet, il a y certaines indices qui démontrent le début d’une telle tendance.
  2. Du revers de la main, une diversification accrue des cultures pourrait continuer en même temps que l’on constate une réduction du nombre de traditions canadiennes/québécoises d’autrefois. Mais attention – réfléchissez à deux fois avant de tirer des conclusions hâtives.   On pourrait quand-même dire qu’un tel phénomène est une évolution naturelle, car toute société change au cours du temps.  C’est justement pour cette raison que les traditions célébrées au Canada en 1600 auraient cessé d’être célébrées de la même manière (ou même célébrées du tout) en 1800, une époque bien avant les vagues de diversification de notre société.  De même, il est fort probable que les traditions célébrées en 1950 ne seront plus célébrées de la même manière en 2050.  Ces deux dates ne sont pas si loin d’aujourd’hui.  Mais c’est quand-même un écart de 100 ans, une période dans laquelle on pourrait s’attendre voir tout un tas de changements de traditions – surtout avec la globalisation, et le fait que nous vivons plus longtemps pour constater ces changements nous-même (car notre espérance de vie est bien au-delà des 35ans d’il y a 150 ou 200 ans).   Oui, la diversification ethnoculturelle du Canada pourrait jouer un rôle dans ces changements, mais il faut être conscient du fait que la diversification ethnoculturelle, et les accommodements raisonnables, ne sont pas nécessairement les causes profondes de ces changements (en raison du fait que les traditions évoluent et changent, peu importe le niveau de la diversification de la société).

En résumé :

Le multiculturalisme et l’interculturalisme sont des sujets intéressants, et j’espère que ces perspectives pourraient inciter à la réflexion.

Lorsqu’on parle du rôle que jouent le multiculturalisme et l’interculturalisme au Québec et au Canada, il est très important de comprendre ce qu’ils sont, et de bien comprendre les définitions de ces deux idéologies.  Beaucoup de nos chroniqueurs, nos journalistes, nos médias, nos politiciens, et même nos intellectuels adorent dramatiser ce sujet.  Mais plus souvent, j’ai l’impression qu’ils ne comprennent même pas les notions et les concepts de bases avant qu’ils ne prennent leurs micros et qu’ils appuient sur la détente.

On voit même certains camps qui font de leur mieux pour déformer les faits, et pour diaboliser le multiculturalisme afin de marquer des buts politiques — surtout

  1. dans certains camps politiques lorsqu’ils disent que le multiculturalisme est incompatible avec la société québécoise (mais curieusement, ils omettent de dire que le multiculturalisme s’est évolué pour refléter et incarner la société québécoise même), et
  2. parmi tous les partis politiques lorsqu’ils pratiquent de l’opportunisme pur, sur le dos de certains évènements, afin de faire grimper leur parti dans les sondages de un ou deux points.

Lorsque vous entendez des chroniqueurs célèbres, des hôtes d’émissions très populaires de télévision, des politiciens, ou des acteurs/actrices/chanteurs s’attaquer au multiculturalisme, je vous encourage à bien examiner les preuves, d’examiner les enjeux, de revisiter les définitions de l’idéologie, et de mettre le tout dans son contexte.  Nous vivons dans une société sûre et civilisée, malgré tout.   Gardons-la ainsi!

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COMPLETE SERIES:  MULTICULTURALISM AND INTERCULTURALISM (8 POSTS)

Le Multiculturalisme & l’interculturalisme: Le concept expliqué – billet 1 sur 2 (#186)

This is the French of an earlier post, for Francophone readers of this blog

J’ai récemment écrit un couple de billets en anglais au sujet du multiculturalisme et de l’interculturalisme.

  • Le premier touchait sur ce qui constitue le multiculturalisme et l’interculturlisme.
  • Le deuxième portait sur des aspects les plus controversés de ces idéologies.

Je vais vous offrir une version de ces deux billets en français, car je crois qu’ils traitent à des sujets que beaucoup gens au Québec (tout comme ailleurs au Canada) comprennent très mal (du moins ce sujet semble être mal compris dans les médias et par la plupart des gens que je connais).

L’objectif de ces billets sera de rapprocher les deux solitudes, car le multiculturalisme canadien est souvent associé, dans la tête des gens, à un concept déconnecté et dissocié de la réalité de la politique de l’interculturalisme québécois — surtout avec la réalité sociale sur le terrain.  Cependant, rien ne saurait être plus éloigné de la vérité.

Multiculturalisme

Le multiculturalisme s’agit d’une politique gouvernementale dont de nombreux pays de par le monde se dotent.  Il s’agit d’un concept légal, mais qui peut être interprété différemment par différents pays.

(J’arrête ici pour un moment, car il faut que je clarifie quleque chose avant de continuer… la définition et l’application du multiculturalisme en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et ailleurs est différente de la définition et les pratiques au Canada – alors, il ne faut absolument pas confondrer les évènements, et les manières de leur application outremer avec l’équivalent en sol canadien).

Au Canada, nous avons une loi qui s’appelle la Loi sur le multiculturalismeLa définition canadienne s’applique partout au Canada, y compris au Québec, et elle est équitablement applicable à nous tous.  Conformément à la Loi sur le multiculturalisme, le multiculturalisme :

  • permet aux Canadiens de conserver leur héritage ethnoculturel (comme bon leur semble),
  • permet à tout un chacun, sans égard à leur héritage culturel, de participer pleinement à la société canadienne, sans discrimination,
  • reconnaît les communautés qui ont contribué à bâtir le Canada, et il contribue à renforcer le développement desdites communautés.
    • (En termes pratiques, cela pourrait signifier le financement fédéral à la construction d’un monument qui rend hommage aux Irlandais qui ont perdu leur vie dans le naufrage du paquebot Empress of Ireland dans le St-Laurent, le financement du village du patrimoine culturel ukrainien en Alberta, le financement du site historique du Fort Chambly, ou le financement à travers le pays de divers festivals gastronomiques multiethniques ou de musique multiethniques).
  • augmente l’usage du français et l’anglais par toutes et tous, mais en même temps permet aux communautés culturelles de garder leur propres langues s’ils le souhaitent.
    • (C’est pour cette raison qu’il existe des programmes à financement fédérale à l’échelle du pays, afin d’offrir des cours de français ou d’anglais aux immigrants – étant entendu que les immigrants utiliseront la langue de la majorité (le français au Québec et en Acadie, et l’anglais ailleurs) au travail et à l’école, de même que leurs enfants qui grandissent dans la société canadienne. C’est aussi pour cela que nos institutions gouvernementales, telles nos hôpitaux, nos écoles, nos palais de justice et nos bureaux ne fonctionnent qu’en français ou en anglais (selon la région ou la province).  C’est aussi pourquoi les interactions publiques dans un cadre officiel ne sont offertes que dans ces deux langues, et pas dans d’autres, sauf dans certaines exceptions superficielles aux sujets anodins.  Les programmes de bilinguisme officiel, tel l’éducation d’immersion française pour les anglophones, tombent eux aussi sous cette bannière).

En un mot, cela couvre déjà la grande partie de quoi consiste le multiculturalisme.  Au fond, ce n’est pas compliqué du tout.  Il n’y a rien de sournois, et il traite surtout aux sujets qui n’ont rien de “controversé”.  À la base, le Canada permet aux gens à vivre tout simplement, comme le ferait toute personne – et tout comme nous et nos voisins en souhaiterions vivre au quotidien.

Pour la grande majorité des immigrants et leurs descendants, cela signifie dans la pratique la notion de ne pas s’en servir des lois “injustes” contre ceux qui désirent vivre à leur façon.  Cela veut dire que des mesures extrêmes ne seront pas appliquées injustement contre les immigrants s’ils souhaitent retenir certains aspects de leur identité (j’entends par cela que le gouvernement ne peut pas s’en servir des amendes, des peines de prison, ou encore pire pour menacer les immigrant dans l’hypothèse qu’ils font des choses aussi innocentes et inoffensives telles que parler leur langue entre eux, ou de conserver des traditions culturelles dites normales et inoffensives).

Cela veut aussi dire que nous ne dirons pas aux immigrants qu’ils devront abandonner leurs coutumes, et dans la mesure du possible, nous accommoderons leurs coutumes parce que nous reconnaissons qu’ils ont eux aussi un rôle à jouer dans l’édification du pays.  Qu’il s’agisse d’accommodements simples et faciles, ou de mesures qui ne coûtent rien, ces accommodements généralement ne sont pas censés imposer un fardeau pour la société.  À titre d’exemple, les villes peuvent délivrer un permis de construction pour un nouveau temple sikh, un organisme peut louer un centre communautaire à un groupe chinois pour qu’il puisse célébrer le nouvel an chinois, des cafétérias d’écoles peuvent offrir des repas sans porc comme option aux étudiants musulmans, etc.  Toutes ces mesures sont très simples à implanter, et elles sont très raisonnables – mais aussi très naturelles.

Vous pouvez rétorquer que ces mesures vont de soi.  Mais il faut se rappeler que ces genres de libertés de base ne sont pas permis dans certains pays (en fait, elles ne sont pas permis dans beaucoup de pays).   Dans plusieurs pays, des musulmans ne peuvent pas prier selon leur religion et ils sont forcés à manger du porc dans les prisons et dans les écoles. Dans d’autres, il est interdit aux minorités ethniques de parler leur langue dans les lieux publics, dans les écoles ou dans les hôpitaux (ou même d’apprendre leur propre langue en école ou à l’université – une situation qui existe toujours dans certains régions en Europe de l’ouest même), et des gens ordinaires sont interdits de se convertir à une religion quelconque.  D’ailleurs, on interdit la délivrance des permis de construction si l’usage serait aux fins considérées culturelles ou religieuses, et dans certains pays, les regroupements des minorités ethniques sont interdits (c’est-à-dire les festivals gastronomiques multiethniques ou de musique multiethniques seraient strictement interdits).  La plupart des points que je viens de mentionner souscrit au concept d’assimilation (une idéologie complètement à part et très restrictive).

Dans de tels pays (parmi lesquels le Canada en compte de proches “alliés” et de “partenaires stratégiques”), ces personnes peuvent être condamnées à de lourdes amendes, voire à des peines d’emprisonnement, ou même pire tout simplement parce qu’ils participaient dans des activités qui seraient considérées normales au Québec et au Canada.  Nous, comme Québécois et Canadiens, nous pouvons nous aussi se voir passibles de lourdes peines si nous voyageons dans ces pays et si nous engageons dans des activités aussi anodines que de manger un repas de Noël avec des amis, de boire une bière, ou de porter des vêtements qui seraient considérés normales dans les rues de Drummondville ou Fredericton.

Alors, en bref, il n’y a rien de mauvais ou rien de choquant au sujet du multiculturalisme.  En termes simples, il fait en sorte que d’autres sont traités comme vous aimeriez qu’ils vous traiteraient si vous alliez vous déplacer dans un autre pays.  Un seul mot résume cette notion : “liberté”.

Là où les affaires deviennent floues, et où le publique a l’habitude d’entendre qu’il existe des problèmes concernant le multiculturalisme, il s’agit plutôt de rares cas isolés.  Dans ce même esprit, ces questions n’ont pas trait à la grande majorité des immigrants ou groupes minoritaires au Canada.  Cependant, puisqu’elles impliquent des cas plus rares, les médias parfois leur accordent une attention disproportionnée et excessive.  C’est pourtant précisément de cette façon que des petits récits deviennent instantanément et injustement une tempête dans un verre d’eau de proportions sensationnelles – au point même que certaines gens s’en servent des exemples médiatiques pour déclarer que le multiculturalisme est un échec total et irréparable.

Un des cas qui me vient immédiatement à l’esprit, c’est celui du policer sikh qui a pu porter son turban en uniforme avec l’approbation de la GRC (la Gendarmerie royale du Canada).  La GRC a trouvé une façon d’intégrer le turban dans l’uniforme de police.  Porte-il atteinte à une personne d’une façon quelconque?  Entrave-t-il l’exercice des fonctions de l’agent?  La réponse aux deux questions est non.  Heurte-il la susceptibilité de certaines personnes?  Pour la majorité des Canadiens, la réponse serait non, mais il risque d’y en avoir certaines qui ne seraient pas confortables.   On est mieux de laisser aux psychologistes la question pourquoi il pourrait froisser les esprits de certains (malgré tout, ce sont les psychologistes qui se spécialisent dans la question pourquoi il existe des gens qui se voient facilement perturbés).  Mais au fond, la GRC a reconnu la notion : “Traitez les autres comme vous voudriez vous-même être traité.”  Par conséquent, la décision de la GRC de permettre des officiers sikhs de porter le turban avec leur uniforme s’inscrivait dans l’esprit de la définition du multiculturalisme.

Dans ce même exemple, la réalité est celle-ci : un individu, qui se trouve à être aussi un sikh, a répondu à l’appel du devoir.  En raison de ce sens du devoir, cette personne voulait participer pleinement à la société, en tant que Canadien.  Il a donc décidé de se joindre à la GRC afin de protéger ma vie, ainsi que la vôtre.  S’il s’avérait nécessaire, il s’est dit prêt à sacrifier sa propre vie dans l’exercice de ses fonctions au nom de la sécurité et de la protection des Canadiens (encore, vous et moi).  J’en suis convaincu que si un jour il sacrifice sa vie pour protéger la vôtre, vous n’allez pas dire “J’aurais souhaité qu’il aurait enlevé son turban avant de sauver ma vie!”  Il faut garder les choses en perspective.  Tout ce qu’il a demandé en contrepartie, pour s’être joint à la GRC, était de pouvoir garder son turban dans le cadre de ses fonctions.  Et nous lui avons répondu oui.  Il est émouvant de penser qu’il croyait pouvoir, en tant que sikh, participer pleinement à la société canadienne, au point de se joindre à la GRC.  On y était reconnaissant, et on l’a accommodé.  Vu sous cet angle, c’est la preuve que le multiculturalisme marche.  Ce sont ces genres d’idéologies qui nous permettent de nous rassembler – tous ensemble – comme pays qui croit à l’inclusion.

Interculturalisme

La politique officielle du gouvernement du Québec est celle qui s’appelle l’interculturalisme”.  Il s’agit d’une variation de la même idéologie partagée à la base avec le multiculturalisme.  Alors, les deux sont très semblables, mais la principale différence étant que l’interculturalisme est présenté un peu différent, avec l’accent mis plus sur l’intégration, et bien sûr, il porte un “nom” différent.  La définition de la version québécoise, toute comme celle du fédérale, est bref et facile à comprendre.

Somme toute, l’interculturalisme :

  • invite aux groupes minoritaires de conserver leur héritage au Québec,
  • invite aux groupes d’exprimer leurs propres valeurs, et de vivre ces valeurs au Québec,
  • encourage les interactions entre les minorités ethnoculturelles, et entre la culture majoritaire francophone au Québec,
  • affirme que la langue commune du Québec est le français, et qu’elle en demeurera ainsi.

Voilà ce que c’est, en gros.  Tout est simple et court, il paraît non compliqué, et c’est une politique très ouverte.

Les similitudes entre le multiculturalisme et l’interculturalisme:

  • Étant donné que le Québec est une société francophone d’immigrants issus de divers horizons et d’origines différentes, il est par conséquent nécessaire que les immigrants doivent se conformer à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (qui, soit dit en passant, a servi de modèle pour la Charte canadienne des droits et libertés – la raison pour laquelle les deux sont très semblables et complémentaires). Les deux concepts impliquent que les immigrants contribuent à édifier le Québec (du point du vue social, et en ce qui concerne la langue et les coutumes) grâce à une collaboration avec le peuple du Québec.
  • Appliqué de façon globale et intégrée, la gestion du multiculturalisme au Québec va de pair avec l’interculturalisme québécois. Les deux idéologies ne sont pas des objectives antagonistes, et il n’y a pas d’affrontement idéologique (par ailleurs, jusqu’ici, rien ne permet d’affirmer que le contraire ne soit prouvé).
  • Les deux sont des idéologies pluralistes.
  • L’interculturalisme, tout comme le multiculturalisme, ne souscrit pas à une politique d’assimilation (personne n’est menacé par des amendes ou peines d’emprisonnement, et ce n’est pas prétendu qu’on doit rejeter son identité ethno-cultural afin de devenir exactement comme les Québécois ou Canadiens de souche. Tout ce qu’on demande, c’est qu’ils s’intègrent à la société – ce qui est jour et nuit face à l’assimilation).

Différences entre le multiculturalisme et l’interculturalisme:

  • Le Canada, à l’exception du Québec, ne compte pas de programmes d’apprentissage de langue institutionnalisés afin d’expressément intégrer les immigrants à la société majoritaire (Le Canada anglais compte des programmes tels que le CLIC – Cours de langue pour les immigrants au Canada. Cependant, comme Andrew Griffith a souligné dans la section des commentaires de mon billet Le Multiculturalism redéfini?, les immigrants au Canada anglophone traditionnellement s’intègrent eux-mêmes à la langue anglaise, et l’adoptent naturellement comme la lingua franca”. Par contre, au Québec ce n’est pas forcément le cas que les immigrants adoptent le français comme la lingua franca de la société.  Désormais, le Québec exige que les immigrants suivent une formation linguistique en français dans certaines circonstances).
  • L’Inteculturalisme vise à contrecarrer l’attrait de s’établir au Québec sur la base des forces attractives que s’offre aux immigrants le multiculturalisme (c’est à dire, d’empêcher l’établissement au Québec de ceux qui pense pouvoir s’y établir sans devoir apprendre le français, puisque le multiculturalisme est moins axé sur une intégration linguistque forcée). Par conséquent, l’interculturalisme contient des dispositions supplémentaires d’intégration plus explicites, et dont le but est plus concret et plus immédiat.  Ces derniers éléments de l’interculturalisme vont au-delà des points que partagent les deux idéologies ensemble.  Pourtant, cet élément d’intégration plus prononcé de l’interculturalisme ne va pas aussi loin que l’assimilation.  Du même coup, il n’est pas aussi souple que le multiculturalisme.
  • Le multiculturalisme facilite une intégration bilingue (hors Québec), tandis que l’interculturalisme “dirige” les immigrants vers le français et une intégration dans la société francophone au Québec (sans aucune “canalisation” vers l’anglais).
  • L’Interculturalisme cherche à assurer la “sécurité linguistique” du Québec, et ce dans différents domaines de la vie (le travail, l’éducation, et le gouvernement). Ces mêmes politiques ne sont pas nécessaires (et n’existent pas) dans les mécanismes ou dans la “quincaillerie” du multiculturalisme ailleurs au Canada.  La raison en est que l’anglais ailleurs au Canada n’a pas besoin d’être protégé car il n’est pas menacé en l’absence des politiques de protection de langue.

Si nous examinons quelques-unes de ces comparaisons en termes d’aides visuelles (très abstraits), elles pourraient ressembler ainsi :

Graphique 1 : Sur un échelle parallèle, la graphique ci-dessous vous offre un aperçu comment le multiculturalisme et l’interculturalisme sont compatibles :

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Graphique 2: Sur une échelle parallèle, la graphique ci-dessous vous offre un aperçu à quel point le multiculturalisme et l’interculturalisme partagent les politiques d’intégration des immigrants:

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Graphique 3 : Sur une échelle parallèle, la graphique ci-dessous vous offre un aperçu jusqu’à quel point les gouvernements ont de la souplesse et de la latitude politique afin d’attribuer des éléments d’intégration, en tant que politique durable, à l’implantation du multiculturalisme et de l’interculturalisme

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Il y a quelques jours, certains d’entre vous auraient peut-être lu mon billet Le Multiculturalisme redéfini?”.  Dans ce billet-là Andrew Griffith nous a offert quelques commentaires (ces commentaires se trouvent à la fin dudit billet).  En effet, M. Griffith est un des plus éminents spécialistes canadiens sur le sujet du multiculturalisme.  J’ai beaucoup apprécié ces commentaires, et je vous encourage donc à lire son blogue, Multicultural Meanderings (parfois il publie des billets en français).  Les sujets couverts dans son blogue constituent une lecture très intéressante.

Le blogue à M. Griffith, Multicultural Meanderings, comprend une grille (ci-dessous) très instructive.  Elle fait la comparaison de plusieurs éléments partagés par le multiculturalisme et l’interculturalisme.  D’ailleurs (qui serait sans doute d’intérêt aux Québécois), c’est une grille à laquelle il a travaillé ensemble avec Gérard Bouchard (le frère de Lucien Bouchard), un des coprésidents de la Commission Bouchard-Taylor.  Cette grille est directement liée aux sujets en question, et je tiens à remercier M. Griffith pour l’autorisation d’utiliser sa grille.

Cliquer afin d’agrandir la grille

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Dans mon dernier billet, M. Griffith a commenté que le gouvernement Conservateur est en train d’accorder un degré plus élevé au côté discrétionnaire de l’intégration du multiculturalisme (voir la graphique 3) – c’est-à-dire qu’il est en train de produire un effet de levier pour faire en sorte que le multiculturalisme puisse pencher sur ses propres mécanismes pour mieux intégrer les immigrants.

Dans mon billet “Le Multiculturalisme redéfini?”  j’ai souligné que la définition du multiculturalisme, telle que définie récemment par Justin Trudeau, semble vouloir pencher plus vers un intégration accrue des immigrants elle aussi (pas loin du point de vue des Conservateurs mêmes).

Ce degré accru d’intégration n’est certes pas incompatible avec la position propre du Québec, tel qu’appliqué sous forme d’interculturalisme québécois.  Je crois bien que les positions des Conservateurs et des Libéraux fédéraux, qui penchent de plus en plus vers l’intégration des immigrants, font en sortes que le multiculturalisme canadien est maintenant plus compatible avec l’interculturalisme québécois, plus qu’à toute autre époque de l’histoire moderne du pays.

Dans le billet “Le Multiculturalisme redéfini?” j’ai fait le point de dire que la différence entre le multiculturalisme et l’interculturalisme n’est pas aussi grande que certains nous laissent croire.  On pourrait même les voir comme deux idéologies complémentaires, voire symbiotiques – les deux qui travaillent ensemble pour répondre aux besoins du Québec.  Dans des zones où le multiculturalisme ne satisfait pas tous les besoins du Québec, l’interculturalisme est ensuite appliqué afin d’ajouter une couche supplémentaire pour faciliter un niveau d’intégration encore plus accru – tout en étant conforme aux réalités spécifiques du Québec.

Suite à ce billet, je vous offrirai un autre qui portera sur certains aspects les plus controversés du multiculturalisme et de l’interculturalisme, notamment sur “les accommodements raisonnables” – une question qui a tendance à soulever les passions, non seulement au Québec, mais ailleurs au Canada aussi (mais comme vous allez voir, ces aspects plus controversés ne sont pas insurmontables).

À très bientôt!

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COMPLETE SERIES:  MULTICULTURALISM AND INTERCULTURALISM (8 POSTS)