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Le Multiculturalisme & l’interculturalisme: Des aspects controversés – billet 2 sur 2 (#187)

This is the French version of an earlier post, for Francophone followers of this blog.

Le dernier billet touchait sur ce qui constitue le multiculturalisme et l’interculturlisme.

Ce billet portera sur des aspects les plus controversés, notamment sur “les accommodements raisonnables” – une question qui a tendance à soulever les passions, non seulement au Québec, mais ailleurs au Canada aussi.  .

Certaines des questions les plus controversées survenant du multiculturalisme, de l’interculturalisme, et des accommodements raisonnables

Dans le dernier billet, je vous ai offert un exemple où la société a pu trouver moyen d’accommoder une demande culturelle d’un policier sikh, celle d’avoir son turban incorporé dans l’uniforme de la GRC (Gendarmerie royale du Canada).  Il s’agissait d’un exemple, suite à un certain niveau de débat, où la société serait prête à offrir des accommodements aux différences culturelles, et de façon très publique.  Faute d’un meilleur terme, les accommodements sont une espèce de “partage de l’espace publique” afin de permettre aux autres cultures de mettre en pratique leurs croyances et traditions.  Dans le contexte du multiculturalisme et de l’interculturalisme, la société canadienne et québécoise accordent des accommodements dans la mesure que les demandes sont présumées “raisonnables”.   Le terme exact s’appelle des “accommodements raisonnables”.

En effet, l’expression “accommodement raisonnable” est un terme juridique, reconnu par la Cour suprême du Canada.  Il a également fait l’objet d’études majeures (telle la Commission Bouchard-Taylor) sur ce qui constitue des accommodements raisonnables et ce qui repoussent les limites de ce que la population tolérerait (autrement dit, ce qui n’est pas raisonnable).

Certains pourraient prétendre que la question de porter un turban sikh, lorsqu’on exerce les fonctions de policier, s’agit d’un débat banal avec peu de controverse.

Oui, il est vrai qu’il existe des zones floues où les débats entourant les accommodements raisonnables peuvent devenir bien plus controversées.  La société sera toujours en train de débattre ces question, au niveau fédéral quand il s’agit du multiculturalisme, ou au niveau provincial au Québec quand il s’agit de l’interculturalisme – et ce, peu importe le gouvernement en place; que ce soit un gouvernement fédéral, un gouvernement au Québec, ou des gouvernements dans d’autres provinces.

Parmi les questions les plus controversées, quelques-unes qui ont surgi au cours des quelques dernières années sont les suivantes :

  • Dans des lieux de travail et dans des écoles aux cultures diversifiées, devrait-on remplacer le mot “Noël” par le mot “les fêtes”?
  • Devrait-on remplacer le mot “arbre de Noël” par le mot “arbre des festivités”?
  • Est-ce que les foulards qui couvrent le visage devraient être interdits lors des cérémonies de citoyenneté lorsqu’on prête serment de citoyenneté? (Il s’agit des niqabs ou burquas dans le cas d’une minorité de femmes musulmanes, ou les duppatas dans le cas d’une minorité des femmes hindous).  C’est une discussion qui est en train de se dérouler dans les coulisses de pouvoir à Ottawa – car il y a une femme qui en fait appel à la décision du gouvernement d’exiger le visage découvert lors du serment.
  • Est-ce qu’on devrait permettre certains éléments de la charia dans l’application du droit civil comme option au niveau de la législation provinciale (touchant le mariage, la divorce, l’inscription des noms, etc.)?
  • Est-ce qu’on devrait reporter ou rééchelonner des matchs de hockey pour prendre en compte le jour du sabbat des joueurs juifs?

La nature des éléments très controversés revient à la question suivante : Dans quelle mesure la grande majorité doit-elle être tenue d’accommoder des demandes rares ou anormales d’une petite minorité, surtout lorsqu’on constate que ces accommodements mèneraient à des changements aux modes de vie et aux traditions profondément enracinés, visibles, et symboliques de la majorité?  Après tous, de tels changements pourraient avoir d’importantes incidences et pourraient être ressentis par tous.  C’est dans ce contexte que la question des accommodements devient controversée, et pourrait impliquer tout le monde.

Je trouve ces débats très intéressants, et je comprends la controverse.  Je vous dirai d’ailleurs une chose — Je n’ai pas les réponses à toutes ces questions.  Mais voici la tendance, au cours des deux dernières décennies jusqu’à présent, telle que je la vois : les sociétés canadiennes anglophones et francophones semblent toutes les deux d’accord qu’un accommodement quelconque n’est plus raisonnable s’il transformerait les traditions de tout le monde, et si ce changement serait estimé être une transformation majeure.

Dans l’exemple du policier sikh, l’accommodement consenti au policier de porter un turban n’était pas un changement majeur qui impliquerait tout autre policier, ou la société dans son ensemble – précisément parce que d’autres policiers ne sont pas contraints de porter cette tenue religieuse.   En outre, le port du turban n’incommode pas, et il ne doit pas nécessairement alourdir ou perturber la vie quotidienne de la société.

En ce qui concerne la question de renommer “Noël”, j’ai l’impression que la société est hautement défavorable à cette idée, du moins dans le sens “collectif” ou au “nom de la société” (et c’est pour cette raison, en passant, pourquoi les publicités à la télévision, les évènements publiques, les marchés de Noël, etc. prononcent toujours, et prononcerons toujours le mot “Noël”).  Cependant, concernant la reconnaissance des fêtes au niveau de l’individu, nôtre société (francophone et anglophone) semble être confortable à l’idée de souhaiter une “joyeuse Hanouccah”, ou “Fête des lumières”, etc.  Nos écoles au Canada semblent elles aussi à l’aise d’enseigner que Noël et la saison des fêtes peuvent être interprétée différemment par différentes personnes.  Tout le monde reconnaît que la saison de Noël peut avoir de nombreuses significations différentes, et généralement on n’est pas vexé par la question lorsqu’on souhaite aux autres un joyeux Noël, une joyeuse Hanouccah, ou une joyeuse saison des fêtes (ce qui comprend le nouvel an et toute autre festivité).  Au niveau personnel, j’ai plusieurs amis musulmans qui célèbrent Noël eux aussi.  Ils me souhaitent un joyeux Noël, tout comme je le fait envers eux – et ces mêmes amis musulmans dressent même un sapin de Noël chez eux à la maison.

Le changement de nom des “arbres de Noël” s’est avéré bien plus controversé.  Ailleurs au Canada, à un moment donné il y avait quelques villes et écoles qui ont tenté officiellement les renommer des “arbres des fêtes”.  Pourtant, la réaction négative et le « contrecoup » de la population volaient aussi vite.  La réponse fut rapide et même furieuse.  Ces écoles et villes ont rapidement fait marche arrière, et depuis ce temps-là, cette question n’a pas réapparu à l’ordre du jour des débats publiques.  Contrairement au cas de “joyeuse saison des fêtes”, le débat entourant “l’arbre des fêtes” suscite bien plus d’émotions.   Sur ce sujet, je pense que nous avons atteint le point où la société voudrait absolument tracer une ligne dans le sable.  Ici, la population est moins inclinée d’accorder des accommodements aux revendications d’une très petite minorité qui préconise le changement de nom des arbres de Noël.  Je dirais qu’il s’agit d’un « contrecoup populaire » car un tel changement au nom des accommodements apporterait des modifications majeures aux traditions de la majorité – des traditions qui touchent tout le monde, et qui sont profondément enracinées dans la société.

Dans le cas des femmes qui doivent avoir le visage découverts lorsqu’elles prêtent serment de la citoyenneté, le gouvernement Conservateur (ainsi que le ministère de la citoyenneté) se dit inflexible quant à sa position et ses politiques d’interdire le visage voilé.  D’après ce que je suis en train de voir dans les médias, il me semble que les Conservateurs ont le sentiment publique de leur côté (au Canada anglophone et francophone, tous les deux).  Au cours des deux dernières journées, le NPD semble appuyer les Conservateurs, et la position des Libéraux fédéraux semblent être plus floue.   L’appui public s’explique probablement par le fait que la société estime que le serment de citoyenneté est une valeur partagée par nous tous (par la majorité tout comme par les minorités).  Il est donc “raisonnable” de conclure que tout le monde devrait être assujettit aux mêmes critères.

Il y a plusieurs années, il y avait une proposition en Ontario d’intégrer la charia dans certains aspects très minces du droit civil, tels les mariages, divorces, etc.  Elle ne visait que les cas où les parties concernées solliciteraient expressément l’application de la charia.  Toutefois, les préoccupations publiques contre une telle proposition se sont fait entendre très rapidement et elles étaient quasiment unanimes : Une telle mesure ne serait pas tolérée, et le gouvernement de l’Ontario a fait marche arrière.

Dans l’exemple des matchs de Hockey qui devaient être reportés ou rééchelonnés afin d’accommoder des joueurs juifs qui refusaient de jouer lors du sabbat (le vendredi et samedi), c’était en effet un cas qui est arrivé au Québec il y quelques années.  Un joueur avant-centre de l’équipe des Olympiques de Gatineau refusait jouer deux jours par semaine.   Pourtant, l’équipe et la ligue n’étaient pas prêtes à reporter les matchs, car un tel geste modifierait la saison dans son ensemble pour tout le monde à cause d’une seule personne.  Dans ce cas en particulier, l’accommodement de la majorité emportait sur l’accommodement d’une minorité infiniment petite.  J’avoue que je ne suis pas certain si le joueur en question aurait demandé que l’horaire des matchs soit modifié dans son ensemble.  Mais, de toute façon, la réaction publique contre la décision du joueur de “se retirer” des matchs deux fois par semaine était assez unanime pour inciter la direction de l’équipe de se prononcer et de lancer un ultimatum au joueur : c’est-à-dire décider de jouer le vendredi et samedi, ou quitter l’équipe.  À la fin de la saga, une solution d’accommodement grandement édulcoré a été trouvée.  L’équipe allait tolérer (accommoder) le retrait du joueur deux jours par semaine pendant les quelques semaines qui restaient de la saison en cours, uniquement afin de lui accorder le temps nécessaire de décider s’il voudrait ou non quitter l’équipe de manière permanente lors de la prochaine saison qui s’approchait.   Un tel accommodement était considéré raisonnable malgré tout.  À la fin du jour, le joueur en question s’est convenu de jouer tous les jours de la semaine s’il pouvait prendre congé trois jours par année durant les commémorations de Yom Kippur.  C’était une offre jugée acceptable pour toutes les deux parties et le tout était rapidement aplani.

Les accommodements raisonnables, sont-ils un “jeu à somme nulle”?

Les accommodements raisonnables, sont-ils un “jeu à somme nulle”?  C’est-à-dire, lorsqu’on accorde des accommodements, devrait-on les accommoder à 100%, ou rien du tout?  La réponse : Elle dépend les circonstances.   Le multiculturalisme et l’interculturalisme sont assez flexibles pour s’adapter aux meilleurs intérêts de la société, tout en étant en mesure de prendre en considération les revendications de la minorité (sur le fond, cette pratique est également la définition de la démocratie : la majorité emporte, mais tout en respectant les droits et les demandes raisonnables de la minorité).

Quant aux accommodements, dans certain des cas ci-dessus, il y avait des exemples de “jeu à somme nulle”, mais il comptait également des solutions de compromis (des deux côtés).  On voyait un “jeu à somme nulle” dans le cas de la sharia en Ontario et dans le cas de “l’arbre des fêtes” (franchement parlant, le Canada n’avait pas l’appétit d’engager sur cette voie).

Mais dans d’autres exemples, on a pu constater qu’il y avait des marges de maneouvre pour trouver des compromis.   Le cas du joueur de Hockey en est un exemple.  Au début, on pouvait croire qu’il serait un jeu à somme nulle (accepter de jouer sept jours sur sept, ou quitter l’équipe).  Mais à terme, c’était les trois jours annuels du Yom Kippur que le joueur tenait plus à cœur, et l’équipe s’est accordé à dire qu’elle pouvait lui accorder ces trois jours.  De lui accorder ces trois jours ne représenterait pas un accommodement déraisonnable.

Un autre exemple de ce type de question qui pourrait générer des questions nuancées est celui de prêter serment de citoyenneté à visage découvert.   Pour beaucoup de femmes qui portent un voile qui couvre le visage, il est acceptable de découvrir le visage en présence d’une autre femme, des membres mâles de la famille, ou les figures d’autorité (police, juges, médecins, etc.).  Cependant, il est vrai qu’un problème surgit quand les membres du publique, qui n’ont rien à faire avec la femme en question, peuvent voir son visage (et plus en particulier, des hommes).    En ce qui concerne comment cette question va se résoudre au cours des mois et semaines à venir, d’après moi, on va probablement trouver un compromis – un accommodement “mitoyen” si vous voulez.    Je ne serais pas étonné de voir si la femme en questions pourrait se tenir debout au fond de la salle, derrière tout le monde, mais avec le visage découvert orienté vers le juge (homme ou femme) en avant de la salle lorsqu’elle prête le serment de citoyenneté.  Une telle configuration en fera que personne d’autre dans la salle ne serait en mesure de voir son visage découvert, et elle aurait l’occasion de se “revoiler” le visage dès qu’elle aurait prononcé le dernier mot du serment.    Nous avons déjà un système semblable en place pour la prise de photo du permis de conduire et du passeport (on se cache derrière une cloison avec le photographe lors de la prise de photo – mais hors de vue des étrangers).  Bref, des concessions mutuelles peuvent égaler des accommodements raisonnables.

Comme vous pouvez le constater, certains accommodements raisonnables du multiculturalisme et de l’interculturalisme peuvent être noir ou blanc, ou ils peuvent être toutes les nuances de gris entre ces deux extrêmes.  Tout dépend les questions à trancher et le niveau de confort de la société envers ces enjeux.   Mais c’est ça la beauté de l’affaire : le multiculturalisme et l’interculturalisme vont rarement aussi loin d’accommoder des questions réputées “déraisonnables” par la société canadienne anglophone ou francophone du Québec (du moins j’espère que non).   Et de plus, le Canada anglophone et le Québec francophone sont d’accord à 99% du temps sur ce qui constitue des accommodements “raisonnables” et “déraisonnables”.

Je me casse la tête pour trouver des différences entre les deux sociétés, en termes de points de vue (des désaccords entre ce qui constitue un accommodement “raisonnable” ou “déraisonnable”), mais j’ai de la difficulté à y trouver.    Je peux penser à des cas exceptionnels au niveau des individus, tel l’affaire des vitres givrées d’une gym à Outremont il y quelques années (pour tenir des femmes qui s’y entrainaient hors de vue des juifs hassidim du quartier), mais ces exemples on rapport aux décisions prises au niveau d’un individu, et non pas de la société.  De telles décisions n’ont rien à faire avec le multiculturalisme ou l’interculturalisme (mais je me rappelle que dans le temps, les médias ont complètement confondu cette affaire avec le multiculturalisme et l’interculturalisme).   Je suppose que le fait que je n’arrive pas à trouver des conflits sur le front du multiculturalisme entre ce que pensent les sociétés anglophones et francophones (et je connais les deux assez bien) dénote que les deux sociétés pensent et agissent de la même manière quant à ces questions.

Pendant que le Canada et le Québec ne cesse de se diversifier, quel sera l’avenir dans le contexte du multiculturalisme et l’interculturalisme?

Bon, les scenarios ci-dessus ne sont que quelques exemples parmi d’autres qui font sujet de débats publiques.  À mesure que le Canada diversifie, je ne sais pas à quel point ces questions continueront ou cesseront d’être pertinentes.  Je suppose qu’il y a deux façons de les voir :

  1. D’un côté, plus le Canada devient diversifié, plus la population est en position de constater l’intérêt de préserver notre héritage, nos traditions, et notre patrimoine séculaire comme une fin en soi. On pourrait dire que le Canada serait moins riche, culturellement parlant, si nos traditions à longue durée disparaissent ou serait réduites.   Il pourrait arriver que l’ensemble des communautés diverses au Canada se réunissent de concert avec la majorité afin de préserver les traditions de longue durée ainsi que les traditions et le patrimoine du pays – et ce, même si ce patrimoine ne fait pas partie des traditions des communautés spécifiques.  En effet, il a y certaines indices qui démontrent le début d’une telle tendance.
  2. Du revers de la main, une diversification accrue des cultures pourrait continuer en même temps que l’on constate une réduction du nombre de traditions canadiennes/québécoises d’autrefois. Mais attention – réfléchissez à deux fois avant de tirer des conclusions hâtives.   On pourrait quand-même dire qu’un tel phénomène est une évolution naturelle, car toute société change au cours du temps.  C’est justement pour cette raison que les traditions célébrées au Canada en 1600 auraient cessé d’être célébrées de la même manière (ou même célébrées du tout) en 1800, une époque bien avant les vagues de diversification de notre société.  De même, il est fort probable que les traditions célébrées en 1950 ne seront plus célébrées de la même manière en 2050.  Ces deux dates ne sont pas si loin d’aujourd’hui.  Mais c’est quand-même un écart de 100 ans, une période dans laquelle on pourrait s’attendre voir tout un tas de changements de traditions – surtout avec la globalisation, et le fait que nous vivons plus longtemps pour constater ces changements nous-même (car notre espérance de vie est bien au-delà des 35ans d’il y a 150 ou 200 ans).   Oui, la diversification ethnoculturelle du Canada pourrait jouer un rôle dans ces changements, mais il faut être conscient du fait que la diversification ethnoculturelle, et les accommodements raisonnables, ne sont pas nécessairement les causes profondes de ces changements (en raison du fait que les traditions évoluent et changent, peu importe le niveau de la diversification de la société).

En résumé :

Le multiculturalisme et l’interculturalisme sont des sujets intéressants, et j’espère que ces perspectives pourraient inciter à la réflexion.

Lorsqu’on parle du rôle que jouent le multiculturalisme et l’interculturalisme au Québec et au Canada, il est très important de comprendre ce qu’ils sont, et de bien comprendre les définitions de ces deux idéologies.  Beaucoup de nos chroniqueurs, nos journalistes, nos médias, nos politiciens, et même nos intellectuels adorent dramatiser ce sujet.  Mais plus souvent, j’ai l’impression qu’ils ne comprennent même pas les notions et les concepts de bases avant qu’ils ne prennent leurs micros et qu’ils appuient sur la détente.

On voit même certains camps qui font de leur mieux pour déformer les faits, et pour diaboliser le multiculturalisme afin de marquer des buts politiques — surtout

  1. dans certains camps politiques lorsqu’ils disent que le multiculturalisme est incompatible avec la société québécoise (mais curieusement, ils omettent de dire que le multiculturalisme s’est évolué pour refléter et incarner la société québécoise même), et
  2. parmi tous les partis politiques lorsqu’ils pratiquent de l’opportunisme pur, sur le dos de certains évènements, afin de faire grimper leur parti dans les sondages de un ou deux points.

Lorsque vous entendez des chroniqueurs célèbres, des hôtes d’émissions très populaires de télévision, des politiciens, ou des acteurs/actrices/chanteurs s’attaquer au multiculturalisme, je vous encourage à bien examiner les preuves, d’examiner les enjeux, de revisiter les définitions de l’idéologie, et de mettre le tout dans son contexte.  Nous vivons dans une société sûre et civilisée, malgré tout.   Gardons-la ainsi!

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COMPLETE SERIES:  MULTICULTURALISM AND INTERCULTURALISM (8 POSTS)

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Le Multiculturalisme & l’interculturalisme: Le concept expliqué – billet 1 sur 2 (#186)

This is the French of an earlier post, for Francophone readers of this blog

J’ai récemment écrit un couple de billets en anglais au sujet du multiculturalisme et de l’interculturalisme.

  • Le premier touchait sur ce qui constitue le multiculturalisme et l’interculturlisme.
  • Le deuxième portait sur des aspects les plus controversés de ces idéologies.

Je vais vous offrir une version de ces deux billets en français, car je crois qu’ils traitent à des sujets que beaucoup gens au Québec (tout comme ailleurs au Canada) comprennent très mal (du moins ce sujet semble être mal compris dans les médias et par la plupart des gens que je connais).

L’objectif de ces billets sera de rapprocher les deux solitudes, car le multiculturalisme canadien est souvent associé, dans la tête des gens, à un concept déconnecté et dissocié de la réalité de la politique de l’interculturalisme québécois — surtout avec la réalité sociale sur le terrain.  Cependant, rien ne saurait être plus éloigné de la vérité.

Multiculturalisme

Le multiculturalisme s’agit d’une politique gouvernementale dont de nombreux pays de par le monde se dotent.  Il s’agit d’un concept légal, mais qui peut être interprété différemment par différents pays.

(J’arrête ici pour un moment, car il faut que je clarifie quleque chose avant de continuer… la définition et l’application du multiculturalisme en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et ailleurs est différente de la définition et les pratiques au Canada – alors, il ne faut absolument pas confondrer les évènements, et les manières de leur application outremer avec l’équivalent en sol canadien).

Au Canada, nous avons une loi qui s’appelle la Loi sur le multiculturalismeLa définition canadienne s’applique partout au Canada, y compris au Québec, et elle est équitablement applicable à nous tous.  Conformément à la Loi sur le multiculturalisme, le multiculturalisme :

  • permet aux Canadiens de conserver leur héritage ethnoculturel (comme bon leur semble),
  • permet à tout un chacun, sans égard à leur héritage culturel, de participer pleinement à la société canadienne, sans discrimination,
  • reconnaît les communautés qui ont contribué à bâtir le Canada, et il contribue à renforcer le développement desdites communautés.
    • (En termes pratiques, cela pourrait signifier le financement fédéral à la construction d’un monument qui rend hommage aux Irlandais qui ont perdu leur vie dans le naufrage du paquebot Empress of Ireland dans le St-Laurent, le financement du village du patrimoine culturel ukrainien en Alberta, le financement du site historique du Fort Chambly, ou le financement à travers le pays de divers festivals gastronomiques multiethniques ou de musique multiethniques).
  • augmente l’usage du français et l’anglais par toutes et tous, mais en même temps permet aux communautés culturelles de garder leur propres langues s’ils le souhaitent.
    • (C’est pour cette raison qu’il existe des programmes à financement fédérale à l’échelle du pays, afin d’offrir des cours de français ou d’anglais aux immigrants – étant entendu que les immigrants utiliseront la langue de la majorité (le français au Québec et en Acadie, et l’anglais ailleurs) au travail et à l’école, de même que leurs enfants qui grandissent dans la société canadienne. C’est aussi pour cela que nos institutions gouvernementales, telles nos hôpitaux, nos écoles, nos palais de justice et nos bureaux ne fonctionnent qu’en français ou en anglais (selon la région ou la province).  C’est aussi pourquoi les interactions publiques dans un cadre officiel ne sont offertes que dans ces deux langues, et pas dans d’autres, sauf dans certaines exceptions superficielles aux sujets anodins.  Les programmes de bilinguisme officiel, tel l’éducation d’immersion française pour les anglophones, tombent eux aussi sous cette bannière).

En un mot, cela couvre déjà la grande partie de quoi consiste le multiculturalisme.  Au fond, ce n’est pas compliqué du tout.  Il n’y a rien de sournois, et il traite surtout aux sujets qui n’ont rien de “controversé”.  À la base, le Canada permet aux gens à vivre tout simplement, comme le ferait toute personne – et tout comme nous et nos voisins en souhaiterions vivre au quotidien.

Pour la grande majorité des immigrants et leurs descendants, cela signifie dans la pratique la notion de ne pas s’en servir des lois “injustes” contre ceux qui désirent vivre à leur façon.  Cela veut dire que des mesures extrêmes ne seront pas appliquées injustement contre les immigrants s’ils souhaitent retenir certains aspects de leur identité (j’entends par cela que le gouvernement ne peut pas s’en servir des amendes, des peines de prison, ou encore pire pour menacer les immigrant dans l’hypothèse qu’ils font des choses aussi innocentes et inoffensives telles que parler leur langue entre eux, ou de conserver des traditions culturelles dites normales et inoffensives).

Cela veut aussi dire que nous ne dirons pas aux immigrants qu’ils devront abandonner leurs coutumes, et dans la mesure du possible, nous accommoderons leurs coutumes parce que nous reconnaissons qu’ils ont eux aussi un rôle à jouer dans l’édification du pays.  Qu’il s’agisse d’accommodements simples et faciles, ou de mesures qui ne coûtent rien, ces accommodements généralement ne sont pas censés imposer un fardeau pour la société.  À titre d’exemple, les villes peuvent délivrer un permis de construction pour un nouveau temple sikh, un organisme peut louer un centre communautaire à un groupe chinois pour qu’il puisse célébrer le nouvel an chinois, des cafétérias d’écoles peuvent offrir des repas sans porc comme option aux étudiants musulmans, etc.  Toutes ces mesures sont très simples à implanter, et elles sont très raisonnables – mais aussi très naturelles.

Vous pouvez rétorquer que ces mesures vont de soi.  Mais il faut se rappeler que ces genres de libertés de base ne sont pas permis dans certains pays (en fait, elles ne sont pas permis dans beaucoup de pays).   Dans plusieurs pays, des musulmans ne peuvent pas prier selon leur religion et ils sont forcés à manger du porc dans les prisons et dans les écoles. Dans d’autres, il est interdit aux minorités ethniques de parler leur langue dans les lieux publics, dans les écoles ou dans les hôpitaux (ou même d’apprendre leur propre langue en école ou à l’université – une situation qui existe toujours dans certains régions en Europe de l’ouest même), et des gens ordinaires sont interdits de se convertir à une religion quelconque.  D’ailleurs, on interdit la délivrance des permis de construction si l’usage serait aux fins considérées culturelles ou religieuses, et dans certains pays, les regroupements des minorités ethniques sont interdits (c’est-à-dire les festivals gastronomiques multiethniques ou de musique multiethniques seraient strictement interdits).  La plupart des points que je viens de mentionner souscrit au concept d’assimilation (une idéologie complètement à part et très restrictive).

Dans de tels pays (parmi lesquels le Canada en compte de proches “alliés” et de “partenaires stratégiques”), ces personnes peuvent être condamnées à de lourdes amendes, voire à des peines d’emprisonnement, ou même pire tout simplement parce qu’ils participaient dans des activités qui seraient considérées normales au Québec et au Canada.  Nous, comme Québécois et Canadiens, nous pouvons nous aussi se voir passibles de lourdes peines si nous voyageons dans ces pays et si nous engageons dans des activités aussi anodines que de manger un repas de Noël avec des amis, de boire une bière, ou de porter des vêtements qui seraient considérés normales dans les rues de Drummondville ou Fredericton.

Alors, en bref, il n’y a rien de mauvais ou rien de choquant au sujet du multiculturalisme.  En termes simples, il fait en sorte que d’autres sont traités comme vous aimeriez qu’ils vous traiteraient si vous alliez vous déplacer dans un autre pays.  Un seul mot résume cette notion : “liberté”.

Là où les affaires deviennent floues, et où le publique a l’habitude d’entendre qu’il existe des problèmes concernant le multiculturalisme, il s’agit plutôt de rares cas isolés.  Dans ce même esprit, ces questions n’ont pas trait à la grande majorité des immigrants ou groupes minoritaires au Canada.  Cependant, puisqu’elles impliquent des cas plus rares, les médias parfois leur accordent une attention disproportionnée et excessive.  C’est pourtant précisément de cette façon que des petits récits deviennent instantanément et injustement une tempête dans un verre d’eau de proportions sensationnelles – au point même que certaines gens s’en servent des exemples médiatiques pour déclarer que le multiculturalisme est un échec total et irréparable.

Un des cas qui me vient immédiatement à l’esprit, c’est celui du policer sikh qui a pu porter son turban en uniforme avec l’approbation de la GRC (la Gendarmerie royale du Canada).  La GRC a trouvé une façon d’intégrer le turban dans l’uniforme de police.  Porte-il atteinte à une personne d’une façon quelconque?  Entrave-t-il l’exercice des fonctions de l’agent?  La réponse aux deux questions est non.  Heurte-il la susceptibilité de certaines personnes?  Pour la majorité des Canadiens, la réponse serait non, mais il risque d’y en avoir certaines qui ne seraient pas confortables.   On est mieux de laisser aux psychologistes la question pourquoi il pourrait froisser les esprits de certains (malgré tout, ce sont les psychologistes qui se spécialisent dans la question pourquoi il existe des gens qui se voient facilement perturbés).  Mais au fond, la GRC a reconnu la notion : “Traitez les autres comme vous voudriez vous-même être traité.”  Par conséquent, la décision de la GRC de permettre des officiers sikhs de porter le turban avec leur uniforme s’inscrivait dans l’esprit de la définition du multiculturalisme.

Dans ce même exemple, la réalité est celle-ci : un individu, qui se trouve à être aussi un sikh, a répondu à l’appel du devoir.  En raison de ce sens du devoir, cette personne voulait participer pleinement à la société, en tant que Canadien.  Il a donc décidé de se joindre à la GRC afin de protéger ma vie, ainsi que la vôtre.  S’il s’avérait nécessaire, il s’est dit prêt à sacrifier sa propre vie dans l’exercice de ses fonctions au nom de la sécurité et de la protection des Canadiens (encore, vous et moi).  J’en suis convaincu que si un jour il sacrifice sa vie pour protéger la vôtre, vous n’allez pas dire “J’aurais souhaité qu’il aurait enlevé son turban avant de sauver ma vie!”  Il faut garder les choses en perspective.  Tout ce qu’il a demandé en contrepartie, pour s’être joint à la GRC, était de pouvoir garder son turban dans le cadre de ses fonctions.  Et nous lui avons répondu oui.  Il est émouvant de penser qu’il croyait pouvoir, en tant que sikh, participer pleinement à la société canadienne, au point de se joindre à la GRC.  On y était reconnaissant, et on l’a accommodé.  Vu sous cet angle, c’est la preuve que le multiculturalisme marche.  Ce sont ces genres d’idéologies qui nous permettent de nous rassembler – tous ensemble – comme pays qui croit à l’inclusion.

Interculturalisme

La politique officielle du gouvernement du Québec est celle qui s’appelle l’interculturalisme”.  Il s’agit d’une variation de la même idéologie partagée à la base avec le multiculturalisme.  Alors, les deux sont très semblables, mais la principale différence étant que l’interculturalisme est présenté un peu différent, avec l’accent mis plus sur l’intégration, et bien sûr, il porte un “nom” différent.  La définition de la version québécoise, toute comme celle du fédérale, est bref et facile à comprendre.

Somme toute, l’interculturalisme :

  • invite aux groupes minoritaires de conserver leur héritage au Québec,
  • invite aux groupes d’exprimer leurs propres valeurs, et de vivre ces valeurs au Québec,
  • encourage les interactions entre les minorités ethnoculturelles, et entre la culture majoritaire francophone au Québec,
  • affirme que la langue commune du Québec est le français, et qu’elle en demeurera ainsi.

Voilà ce que c’est, en gros.  Tout est simple et court, il paraît non compliqué, et c’est une politique très ouverte.

Les similitudes entre le multiculturalisme et l’interculturalisme:

  • Étant donné que le Québec est une société francophone d’immigrants issus de divers horizons et d’origines différentes, il est par conséquent nécessaire que les immigrants doivent se conformer à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (qui, soit dit en passant, a servi de modèle pour la Charte canadienne des droits et libertés – la raison pour laquelle les deux sont très semblables et complémentaires). Les deux concepts impliquent que les immigrants contribuent à édifier le Québec (du point du vue social, et en ce qui concerne la langue et les coutumes) grâce à une collaboration avec le peuple du Québec.
  • Appliqué de façon globale et intégrée, la gestion du multiculturalisme au Québec va de pair avec l’interculturalisme québécois. Les deux idéologies ne sont pas des objectives antagonistes, et il n’y a pas d’affrontement idéologique (par ailleurs, jusqu’ici, rien ne permet d’affirmer que le contraire ne soit prouvé).
  • Les deux sont des idéologies pluralistes.
  • L’interculturalisme, tout comme le multiculturalisme, ne souscrit pas à une politique d’assimilation (personne n’est menacé par des amendes ou peines d’emprisonnement, et ce n’est pas prétendu qu’on doit rejeter son identité ethno-cultural afin de devenir exactement comme les Québécois ou Canadiens de souche. Tout ce qu’on demande, c’est qu’ils s’intègrent à la société – ce qui est jour et nuit face à l’assimilation).

Différences entre le multiculturalisme et l’interculturalisme:

  • Le Canada, à l’exception du Québec, ne compte pas de programmes d’apprentissage de langue institutionnalisés afin d’expressément intégrer les immigrants à la société majoritaire (Le Canada anglais compte des programmes tels que le CLIC – Cours de langue pour les immigrants au Canada. Cependant, comme Andrew Griffith a souligné dans la section des commentaires de mon billet Le Multiculturalism redéfini?, les immigrants au Canada anglophone traditionnellement s’intègrent eux-mêmes à la langue anglaise, et l’adoptent naturellement comme la lingua franca”. Par contre, au Québec ce n’est pas forcément le cas que les immigrants adoptent le français comme la lingua franca de la société.  Désormais, le Québec exige que les immigrants suivent une formation linguistique en français dans certaines circonstances).
  • L’Inteculturalisme vise à contrecarrer l’attrait de s’établir au Québec sur la base des forces attractives que s’offre aux immigrants le multiculturalisme (c’est à dire, d’empêcher l’établissement au Québec de ceux qui pense pouvoir s’y établir sans devoir apprendre le français, puisque le multiculturalisme est moins axé sur une intégration linguistque forcée). Par conséquent, l’interculturalisme contient des dispositions supplémentaires d’intégration plus explicites, et dont le but est plus concret et plus immédiat.  Ces derniers éléments de l’interculturalisme vont au-delà des points que partagent les deux idéologies ensemble.  Pourtant, cet élément d’intégration plus prononcé de l’interculturalisme ne va pas aussi loin que l’assimilation.  Du même coup, il n’est pas aussi souple que le multiculturalisme.
  • Le multiculturalisme facilite une intégration bilingue (hors Québec), tandis que l’interculturalisme “dirige” les immigrants vers le français et une intégration dans la société francophone au Québec (sans aucune “canalisation” vers l’anglais).
  • L’Interculturalisme cherche à assurer la “sécurité linguistique” du Québec, et ce dans différents domaines de la vie (le travail, l’éducation, et le gouvernement). Ces mêmes politiques ne sont pas nécessaires (et n’existent pas) dans les mécanismes ou dans la “quincaillerie” du multiculturalisme ailleurs au Canada.  La raison en est que l’anglais ailleurs au Canada n’a pas besoin d’être protégé car il n’est pas menacé en l’absence des politiques de protection de langue.

Si nous examinons quelques-unes de ces comparaisons en termes d’aides visuelles (très abstraits), elles pourraient ressembler ainsi :

Graphique 1 : Sur un échelle parallèle, la graphique ci-dessous vous offre un aperçu comment le multiculturalisme et l’interculturalisme sont compatibles :

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Graphique 2: Sur une échelle parallèle, la graphique ci-dessous vous offre un aperçu à quel point le multiculturalisme et l’interculturalisme partagent les politiques d’intégration des immigrants:

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Graphique 3 : Sur une échelle parallèle, la graphique ci-dessous vous offre un aperçu jusqu’à quel point les gouvernements ont de la souplesse et de la latitude politique afin d’attribuer des éléments d’intégration, en tant que politique durable, à l’implantation du multiculturalisme et de l’interculturalisme

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Il y a quelques jours, certains d’entre vous auraient peut-être lu mon billet Le Multiculturalisme redéfini?”.  Dans ce billet-là Andrew Griffith nous a offert quelques commentaires (ces commentaires se trouvent à la fin dudit billet).  En effet, M. Griffith est un des plus éminents spécialistes canadiens sur le sujet du multiculturalisme.  J’ai beaucoup apprécié ces commentaires, et je vous encourage donc à lire son blogue, Multicultural Meanderings (parfois il publie des billets en français).  Les sujets couverts dans son blogue constituent une lecture très intéressante.

Le blogue à M. Griffith, Multicultural Meanderings, comprend une grille (ci-dessous) très instructive.  Elle fait la comparaison de plusieurs éléments partagés par le multiculturalisme et l’interculturalisme.  D’ailleurs (qui serait sans doute d’intérêt aux Québécois), c’est une grille à laquelle il a travaillé ensemble avec Gérard Bouchard (le frère de Lucien Bouchard), un des coprésidents de la Commission Bouchard-Taylor.  Cette grille est directement liée aux sujets en question, et je tiens à remercier M. Griffith pour l’autorisation d’utiliser sa grille.

Cliquer afin d’agrandir la grille

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Dans mon dernier billet, M. Griffith a commenté que le gouvernement Conservateur est en train d’accorder un degré plus élevé au côté discrétionnaire de l’intégration du multiculturalisme (voir la graphique 3) – c’est-à-dire qu’il est en train de produire un effet de levier pour faire en sorte que le multiculturalisme puisse pencher sur ses propres mécanismes pour mieux intégrer les immigrants.

Dans mon billet “Le Multiculturalisme redéfini?”  j’ai souligné que la définition du multiculturalisme, telle que définie récemment par Justin Trudeau, semble vouloir pencher plus vers un intégration accrue des immigrants elle aussi (pas loin du point de vue des Conservateurs mêmes).

Ce degré accru d’intégration n’est certes pas incompatible avec la position propre du Québec, tel qu’appliqué sous forme d’interculturalisme québécois.  Je crois bien que les positions des Conservateurs et des Libéraux fédéraux, qui penchent de plus en plus vers l’intégration des immigrants, font en sortes que le multiculturalisme canadien est maintenant plus compatible avec l’interculturalisme québécois, plus qu’à toute autre époque de l’histoire moderne du pays.

Dans le billet “Le Multiculturalisme redéfini?” j’ai fait le point de dire que la différence entre le multiculturalisme et l’interculturalisme n’est pas aussi grande que certains nous laissent croire.  On pourrait même les voir comme deux idéologies complémentaires, voire symbiotiques – les deux qui travaillent ensemble pour répondre aux besoins du Québec.  Dans des zones où le multiculturalisme ne satisfait pas tous les besoins du Québec, l’interculturalisme est ensuite appliqué afin d’ajouter une couche supplémentaire pour faciliter un niveau d’intégration encore plus accru – tout en étant conforme aux réalités spécifiques du Québec.

Suite à ce billet, je vous offrirai un autre qui portera sur certains aspects les plus controversés du multiculturalisme et de l’interculturalisme, notamment sur “les accommodements raisonnables” – une question qui a tendance à soulever les passions, non seulement au Québec, mais ailleurs au Canada aussi (mais comme vous allez voir, ces aspects plus controversés ne sont pas insurmontables).

À très bientôt!

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COMPLETE SERIES:  MULTICULTURALISM AND INTERCULTURALISM (8 POSTS)

Where is Multiculturalism heading in the next year or two in Québec? (#183)

The last few posts put the spotlight on multiculturalism and interculturalism, what they are, what role they play regarding controversial matters, and what place they have in public discussion in Québec.

In this post, I’d like to give you a political commentary and place the issue of multiculturalism, interculturalism and reasonable accommodations in the context of current political events in Québec.

This post deals with a number of complex issues, and unfortunately it would be difficult to break it up into smaller posts.  Also, because it is a subjective opinion piece (with many conjectures), I would rather keep it together as one piece and label it as being just that:  a subjective opinion piece with a good number of political conjectures.

Before going further, the essence of this post will only really make sense if you have read the previous posts:

I also strongly urge you to read an earlier post I wrote which covers much of what has happened in Québec politics from March 2012 until January 2015.   The post is entitled Gabriel Nadeau-Dubois (but it discusses many pertinent matters beyond GND).  Without this backgrounder, it may be difficult to understand the “political feeling and atmosphere” of matters discussed below.

The post entitled “Multiculturalism & Interculturalism: The discussion in Québec”, discussed how there are a number of public columnist and opinion-maker figures in Québec (often, but certainly not always in the sovereignist camp) who have taken a very public position against multiculturalism.  The post “Multiculturalism & Interculturalism: The discussion in Québec” explained what their arguments are.

Because their arguments against multiculturalism have been repeated for at least a couple of decades by a good number of high-profile sovereignists, these long-standing arguments have given swaths of the public a misleading view of what multiculturalism is.  At the very least, it makes segments of the public unjustly hostile to certain aspects of multiculturalism.  At the most extreme end of the scale of public sentiment, the projection of anti-multiculturalism views has the potential to influence referendum results should another referendum for sovereignty ever be called (2018, 2022 or 2026 election cycles?).

Québec’s recent history already saw how the Parti Québécois capitalized upon this perceived mismatch and estrangement between multiculturalism and interculturalism.   When the PQ introduced the Charte des valeurs in 2013 (the “Charter of Values”), it was with the intention to “beef-up” interculturalism (a matter within Québec’s provincial jurisdiction) under the claim that multiculturalism doesn’t cut the mustard.   The Charte des valeurs was supposed to legislate (essentially codify in a Napoleonic model) what may be considered “reasonable” accommodations (but more specifically “unreasonable accommodations”) by Québec’s society towards religious devotees in Québec.

Regarding this “codification”, you have to keep in mind that in civil matters, Québec operates under the Napoleonic Code.  This means that laws, regulations and rules are stipulated in writing ahead of time.  Judges simply have to determine if the prescribed legal matter adheres to the written word or not.  However, in the rest of Canada, civil matters fall under Common Law principles, meaning case law evolves as matters are dealt with by the courts, case-by-case.   To date, matters around “reasonable accommodation” have not been codified in Québec (both the federal Multiculturalism Act and Québec interculturalism have been dealt with through evolutionary case law).

With that being said, because Québec exercises jurisdiction over its own interculturalism, I get the sense that people in Québec may not be opposed to the idea of embarking on a codification of certain aspects of “reasonable accommodation” (after all, Québec’s population is very used to, and comfortable with using a codified system of rules.  Likewise, aspects of Québec’s society may feel a bit more awkward when civil and other societal matters are left to – what they may perceive as being – “the winds” of Common Law).

I have no idea if this codification will or will not happen, but there are signs out there that things may be moving in this direction.  If it does occur, it would be a major shift on the multiculturalism and interculturalism front, with major implications – and a Charter of values could be the vehicle under which this may occur.  Keep this in mind as you read on.

In the last post, Multiculturalism & Interculturalism: The discussion in Québec, I discussed that accommodations under multiculturalism and interculturalism are deemed reasonable to the extent that society deems them to be reasonable.  If certain accommodations are not deemed reasonable by society at large, then they are not accorded.  If certain requests for accommodations are deemed reasonable, society is then more than willing to grant them.  Yet if other accommodation requests generate mixed feelings from the public, then society may be willing to strike a compromise with respect to accommodations.

Yet, with the introduction of the Parti Québéois’ Charte des valeurs, the party was proposing to “tell” the public (the majority and minorities alike) what they “should” view as reasonable and unreasonable accommodations.   Up until now, such a codified approach has not been how multiculturalism worked, nor has it been how interculturalism worked.  Accommodations are a societal choice, which fit the situation at the right place, and at the right time.   Little-by-little, society then evolves.   But what the Charte was proposing was a complete one-upping over multiculturalism, under the premise that multiculturalism was broken, and that aspects of interculturalism should be codified under the Charte des valeurs.

The primary goals, under the Charte, would have been to forcefully prevent any provincial public civil servant from wearing any “ostentatious” (ostentatoire) religious symbol (no crosses, no veils, no kippahs, no religious beards, no turbans, etc.).  Thus, religious symbols, by way of a Napoleonic code, would not be accommodated – essentially rendering the Multiculturalism Act (and the flexibility it accords for accommodations) ineffective and defunct in the realm of such matters (there are questions regarding constitutionality of such a Charte, but I’ll get to that a little further down).

But the proposal for the Charte des valeurs didn’t stop there.  During public forum debates of winter 2014 and the 2014 election campaign, fringe elements of the sovereignist movement capitalized on the perceived political momentum that the Charte was generating.  They called for it to include other controversial elements:  applying Bill 101 to CEGEPs which would compel all non-Anglophones to attend college only in French.   Other fringe proposals were to compel federal government operations within Québec to be subject to Bill 101 – meaning that the federal government would not be allowed to operate in English in Québec, nor would it be allowed to render bilingual services.   Pauline Marois (the leader of the PQ at the time), found herself between a rock and hardplace with these supplementary proposals for the Charte.  On one hand, it was not the party’s intention to go this far.  But on the other hand, these fringe proposals were energizing and engaging the PQ’s grassroots base.  There was the appearance that a new momentum was building in favour of the PQ (as a side note, we later learned that this perceived “momentum” was actually an illusion, one which played a role in the PQ’s downfall).  In the end, the PQ did not expressively reject these fringe proposals (for fear of alienating their base), but they did not expressively approve of them either.

This lead to even more “off-shoots” of the “off-shoots”.  One off-shoot proposal was a very grass root movement to control English at the university level, and thus to control out-of-province Anglophone students’ rights to reside in Québec or pursue their studies in Québec.  This proposal further branched into some of the most bizarre sub-proposals, regarding residency rights, voting rights… you name it (the super-star celebrity Jeanette Bertrand took the reins of this one).  A wholly independent “citizens action” movement took root.  The movement was called Les Jeanettes, and the superstar wife of Pierre Karl Péladeau (and perhaps the second most well-known celebrity in Québec after Céline Dion), Julie Snyderjoined forces with Jeanette Bertrand to spearhead a general feminist movement in support the Charte (they even organized large-scale parades in the streets).  You can watch someone’s home footage of it here:  https://www.youtube.com/watch?v=hm7LKpW4acc.

The Parti Québécois was hoping that proposals for the Charte des valeurs (both official ones the PQ endorsed, in addition to non-official ones from off-shoot ones from fringe movements) would garner them support from key voting sectors of Québec’s society – and perhaps it did in some ways.  After all, the Parti Québécois and sovereignists in general were bombarding the public with the argument that multiculturalism ran counter to Québec’s interests, and counter to the objectives of interculturalism.   It was an argument used to score political points.  It was intended to make the public believe that (1) they needed a saviour from multiculturalism (thus, in came the Charte), and (2) that Québec needs independence owing to the incompatibility of Canadian multiculturalism with Québec values.

Whereas the Charte proposals gained supporters in some areas of society (mostly with white Francophone voters, particularly residing in suburbs surrounding Montréal – a suburban region which  contains ¼ of Québec’s population), the Charte proposals also had the opposite effect of alienating large swaths of other segments of Québec’s society.   This alienation, combined with other semi-related events of spring & summer 2014 (read the post on Gabriel-Nadeau Dubois) sealed the fate of the Parti Québécois.   In 2014, they lost the 2014 election with their worst election results in more than 30 or 40 years.

Despite the failure of the Parti Québécois’ plans to create a Charte, which would codify a denial of accommodations, damage was likely done in the sphere of how the public perceives multiculturalism.  I say this because almost 18 months was spent with a government in power (the Parti Québécois) telling the public repeatedly that multiculturalism was broken, was not compatible with Québec or Québec values, and that it needed to be replaced (or be superseded).

What prompted the proposal for the Charte des valeurs Québécois to come about in the first place?

With respect to sovereignty, Steven Harper’s Conservative government has seemingly adopted a stance of not debating it in public in Québec, and of “ignoring” it to death (with the latter being the main strategy… i.e.: if you don’t talk about sovereignty, scars will have time to heal, people will concentrate and re-centre their political views around other matters of importance, and the issue will die).  In this respect, on anything regarding the topic of sovereignty, the Conservatives have avoided discussions which could cause emotions to run high, not only in Québec, but also elsewhere in Canada.

In a number of ways, it actually it is a strategy which has worked (I will be the first to admit that I am surprised that it seemed to have worked – on several fronts no less).  Other parties (provincial and federal) appear to also be going down the same path, and all have publicly stated they will not reopen the constitution at any time in a foreseeable future – preferring instead to make many small policy and legal decisions, one incremental step at a time, in order to deal with matters which could otherwise be dealt with in one major fell swoop through a re-opening of the constitution.

The Parti Québécois was well aware that the wind was taken out of their sovereignty sails by this new “ignore-it-to-death” strategy.  After all, the PQ’s adversaries (Ottawa, the provincial Liberals, the provincial CAQ, and other provinces) refused to hand them a public battle on a silver plate.   Traditionally, when emotions run sky high in Québec – particularly anti-“Ottawa” emotions – the PQ and their sovereignty proposals also ride high in the polls.   But in the absence of flash-points of tension with Ottawa, in the absence of a federal-provincial battle, and in the absence of ideological fights between Québec and the rest of Canada, the PQ flounders (very public infighting withing a very diverse PQ party begins) and public support for their ideologies go by the wayside.

The Parti Québécois therefore sees it in their interest to try to find an emotional subject which would forge a poignant wedge between the people of Québec and Ottawa/Anglophone Canada.  Once they believe they have found the magic harp, they traditionally play it until the strings fall off.

Multiculturalism has been one such scapegoat which the Parti Québécois fixed squarely in their sights.  Even if they twisted multiculturalism in every way it could be twisted, and even if they gave it a few more wrings for good measure, they continued to hope that this would be one area which the public might finally latch on to for the purposes of building support and an argument for sovereignty.

I do not believe that the Parti Québécois cared if their proposals were constitutional or not.  Rather, they simply wanted the population to latch on to their proposal for the purpose of igniting an emotional constitutional battle.   If their proposal would have been judged unconstitutional, the Parti Québécois would have probably basked and rejoiced in such a ruling.   They would have touted such a ruling as proof that their anti-multiculturalism and pro-Charte vision of Québec could only be settled by sovereignty, thus giving ammunition to a claim that even “Canada’s constitution is against Québec”.   They may have very well been prepared to invoke the notwithstanding clause to implement the Charte des valeurs, which would have dragged, quite unwillingly but unavoidably might I add, the federal government and federalist opposition parties into the arena – an event the Parti Québécois was bargaining on.  It would have been the emotional constitutional battle they were hoping for.

Commentary:  I routinely hear Anglophone Canadian opinion-makers, politicians outside Québec, and other “quick-lipped” figures say the Charte would be unconstitutional, and thus the Charte cannot come to fruition.  These people say the PQ cannot, and should not introduce the Charte, otherwise they would face a “battle”.  They may be right regarding its constitutionality, but this kind of rhetoric — at least with this type of wording — plays right into the PQ’s hands, and should be avoided (Harper seems to have realized it, and we have not heard him invoke this sort of rhetoric, and he has not spoke publicly about the Charte’s constitutionality… other Federal party leaders also seem to be tip-toeing around the issue, much like Harper).  Yes, if the PQ really wants it, the Charte can be implemented through use of the notwithstanding clause, and yes, it would result in a battle with sky-high emotions — exactly what the PQ wants.  Opinion-makers outside Québec would be wise to reconsider spouting off about the constitutionality of such a move and to look at the bigger picture when developing alternative strategies.  To do otherwise would run the risk of alienating large segments of Québec’s public which feels they ultimately control the levers of their own destiny (sovereignists or not).  There is more at play that just a simple matter of it being constitutional or not.  This one area which is poorly understood by Anglophone Canada .

So what happened that derailed all of this?

However things did not go quite the way the Parti Québécois had hoped.  In the past 10 years, the Parti Québécois has had 3 leaders, 1 long-term interim leader, and they will have a fifth leader in May (Bernard Landry, André Boisclair, Pauline Marois, Stéphan Bédard + possibly Pierre Karl Péladeau in May 2015).   With so many leaders, and with each of them trying to create a flash-point of conflict with Ottawa, multiculturalism as “the holy flash-point” has been lost on the public among many other potential “hot flash-points” the PQ has trumpeted (employment insurance, provincial-federal fiscal imbalance, foreign affairs, cultural affairs, agricultural free trade hurting Québec’s milk & cheese industry, language issues, worker re-training, CRTC decisions, military shipbuilding grants not being given to the Davie Ship Yard in Québec City, fisheries and Ocean matters, oil pipelines, international climate change accords, carbon markets, Canada’s aversion to publicly-funded universal daycare and pharmacare stances, perceived Québec bashing [but Sun News TV is now shut down]… and the list goes on, and on, and on).

In the 10 years that the PQ has had 5 leaders – with each trying to find a new and better federal-provincial flash-point for battle – the public realizes that it is impossible for every little thing to be a flash-point between Québec and Ottawa.  In this respect, I think the public simply lost faith in the Parti Québécois (the PQ simply shot themselves in the foot by always crying wolf).   Thus, the public has not latched on to the multiculturalism argument quite in the same way as the Parti Québécois had hoped.

So then, multiculturalism is no longer a controversial subject in Québec, right?   Well, not so fast…

However (and I say “however” with a very strong tone), multiculturalism has taken a prolonged, hard flogging in the public arena in Québec.   I know a number of people whose backs go up the moment the “M”-word is uttered (and these are reasonable, well-educated people).  When I hear the reasons why people have an adversity towards multiculturalism, many are the same reasons invoked by the Parti Québécois.  This demonstrates that two generations spent of beating it into the ground has taken a toll on the public’s perception of multiculturalism.   On top of that, multiculturalism is not taught in Québec high schools with any seriousness.   And those who I know who have had teachers teach them about multiculturalism say that their teachers’ own understanding of multiculturalism is not accurate either (it is often more about negative perceptions than reality).

The “general” public perception for many in Québec (as a result of a couple of decades of certain political camps trying to score political points) is that multiculturalism cannot protect French, that it is harmful to French, that it was never designed to and cannot help immigrants integrate into a society as different as Québec’s, that it cannot be adapted to Québec’s unique legislative and social programs, that it suffocates and strangles any interculturalism initiatives the government takes, that it is stagnant, that it cannot be reactive, proactive or evolve to reflect changes in Québec’s society, that it can be manipulated by immigrants to allow them to retain English as their lingua-franca, and that it is essentially and culturally an Anglophone solution for an Anglophone society’s way of life – completely incompatible with Québec society.

Whao!  That is a quite a long conveyor-belt of assertions towards multiculturalism.

At the same time, if you were to ask the majority what multiculturalism means (the true definition), as well as “how” it works, these same people who hold the above views would not be able to answer you.  Wham!  There’s the problem!

Here is a video of example of what I mean by the public taking opinion-makers at their word: https://youtube.com/watch?v=iNMMGVJXw3A

[In the above video, the commentator on the left, Mathieu Bock-Côté, is a very well known, high-profile and sovereignist newspaper columnist.  He regularly makes the television and radio talk-show rounds on LCN, Télé-Québec, and RNC radio network.  He has a regular column in the Journal de Montréal and op-eds in La Presse and Le Devoir newspapers. Needless to say, he is quite recognizable in Québec.  I’ve regularly seen and heard him on TV and the radio for several years now.  He is also a university professor;  with his main staff position at Université de Montréal, and as the head of a political science course at the Université de Sherbrooke.  He’s not some fly-by-night figure.  It would be very concerning if he is teaching this inaccurate version of multiculturalism at university, let alone seeing it in the media so often.  You’ll note when the host, Mario Dumont (also very well known; he used to be the ADQ leader and leader of the official opposition in Québec – and I would not even place him in the sovereignist camp anymore) asked for the true definition of multiculturalism, the response given by Bock-Côté was from another planet.  Dumont appeared to not even know the himself, thus it gave Bock-Côté free reign to carry on with his re-wired and distorted version of multiculturalism and what it is doing to Québec.  When asked what multiculturalism is, in one sentence Bock-Côté described it as the host culture having to erase itself so as to make way for every other culture, for all of them to be neutral so every grievance can be accommodated, and so it works against the existence of the host or national culture.  The rest of the interview took this tone (Big sigh – Deep breath).  We have been seeing this far too often in the media].

If you read my previous few posts, you would know that the reality of multiculturalism is quite the opposite of the above assertions.   Nonetheless, damage has been done in the sphere of public perception.  This is likely a reason why provincial parties (the Liberals and CAQ) and federal parties (Conservatives, Liberals and NDP) are all reluctant to even bring up the word “multiculturalism” in Québec.  They know that significant segments of the public will not accurately interpret whatever they say about it.  Thus political speeches, political interviews, and political literature in Québec are devoid of the “M”-word.   Nor has there been a call to include learning about multiculturalism in provincial high school curriculums (likely owing to the fact that teachers may themselves have strong misgivings towards multiculturalism, making it a high-risk topic to incorporate into high school curricula without knowing how it would be conveyed to students.  Plus many may come to believe that a government which implements learning about multiculturalism is one which is trying to score political points).

I will say this – if a non-sovereignist government is looking for a strong political strategy in a related arena, one which could rally the masses, trumpeting the Canadian Charter of Rights and Freedoms is a far better and much safer bet.  The CCRF is much better understood and much more respected by Québec’s population than multiculturalism.  It is more black and white, and people can see it in action on a daily basis.   It too has its deterrents in some political camps (that’s a whole other book), but nonetheless, most people recognize it is something to be valued.  It is the CCRF which federalist parties are much more willing to openly discuss in public (and they do).  They routinely hold it up as an example of collective values which we all share as one country.

Where does multiculturalism in Québec go from here?

It will take time – a long time – to repair multiculturalism’s public perception in Québec, let alone to even begin to think it could be a topic with which to rally the population around a common cause.

I’m not sure what the best way is to repair its image considering how invisible it has become in education, political discourse, and in the media (that is, when it is not being attacked in certain media circles).  I’m wondering if ignoring multiculturalism – at least as a point of discussion in the public sphere, and similar to recent strategies taken towards sovereignty – might actually be the best solution.  Right now, the “M”-word is not seen in the best light… so perhaps it should be put to sleep as a public debate (at least for the next little while).   Of course, this would be a touchy and controversial strategy.  But an “out-of-sight and out-of-mind” approach would mean that negative perceptions towards multiculturalism would also disappear from public view while the topic is parked for a while.  That might allow time for the M-word’s “rehabilitation” – and its gentle and slow reintroduction as a public discussion topic (perhaps over several years).

The Parti Québécois learned the lesson that it cannot continuously flog this and every other topic under the sun in the hopes that they will all become the holy grail of political conflict needed to incite public support for sovereignty.   Thus, the Parti Québécois has already “backed-off” – and this might just afford the breathing space that multiculturalism needs in order to slowly have its image repaired.

The Charter 2.0

With that being said, there is one more chapter on the horizon in this murky realm:  La Charte 2.0 (The Charter of Québec Values, version 2.0).   When you now mention la Charte 2.0, almost anyone in Québec who follows politics will know what you’re talking about.   Following the utter failure in 2014 of the PQ’s Charte des valeurs québécoises, an elected Parti Québécois MNA, Bernard Drainville (a famous and former Radio-Canada reporter and the author of the original Charte des valeurs) decided to run for the leadership of the Parti Québécois.  Yet, he is running on a platform of a “toned-down” version of the Charte (which has been nicknamed the Charte 2.0).

Unlike in 2014, Drainville and his supporters will not allow the Charte 2.0 to be highjacked and torn in all directions by “fringe elements” of the party or extreme fringe supporters of sovereignty.   Thus, he has considerably narrowed the focus of the Charte 2.0.  The original version of the Charte would have banned anyone receiving a paycheque from adorning oneself of any religious symbols.   Those who would have been affected by the original version included as wide range of people as public daycare workers, a payroll clerk distributing paycheques in a Northern Inuit village’s community centre (ie: no beads on Inuit jackets if they had to do with Inuit religious beliefs), a person responsible for cutting municipal grass with a weed-whacker, a trucker hauling septic tanks between provincial camp gounds – anyone receiving public pay, period.

La Charte 2.0 would be much narrower and would contain only two proposals for codified accommodations / non-accommodations:

  • It would only ban religious symbols for the most visible and most authoritative public servants (those making decisions in which avoidance of a perception of bias would be deemed paramount). These professions would likely only be restricted to provincial police officers, judges, provincial immigration officers (those working in Québec’s provincial immigration ministry), and perhaps physicians and certain teachers/professors (although these last two professions are still up for debate within Bernard Drainville’s own ranks).
  • The second proposal foresees that those already working in the above professions would be subject to a grandfather clause. This means they would not be subject to the news rules and only those entering the professions would be subject to the Charte 2.0.  There is still a debate within the Parti Québécois if the grandfather clause would be for a 5 year period, 10 year period, or indefinitely.

Can this proposal come to fruition?

La Charte 2.0 has not gone unnoticed by the ruling provincial Liberals.   During the 2014 election campaign, the Liberal leader and Québec’s Premier, Philippe Couillard, said a Liberal government would be prepared to “quickly” adopt similar value-based legislation, but repackaged under the label of “secularism” rather than the label of “values” (i.e. a “Charter of Secularism” or Charte de laïcité).   After all, the watered-down version of the Charte 2.0 is not very harsh, nor is it nearly as radical.  I would dare to say that 2.0 could possibly be swallowed by sufficient portions of Québec’s population (and it could possibly even be swallowed by a sizeable portion of Anglophone Canada’s population, had this occurred elsewhere in Canada… But then again, there’s no way of truly knowing unless circumstances were to play themselves out).

This was a political strategy decision on the part of the provincial Liberals.   I’ll explain:

The Liberals know that the Parti Québécois’ long leadership race will concentrate primarily on sovereignty and the introduction of a new referendum as quickly as possible (which differentiates this Parti Québécois leadership race from any past PQ leadership races).   The Parti Québécois has said themselves that any new referendum initiative would likely be the very last one in Québec’s history (at least for the next 50 – 100 years) regardless of which way it goes.  Thus, they do not want to make the errors of the past election – that of running on a complex, multi-faceted platform.  They want to restrict political debate squarely on sovereignty and the next referendum (rather than other governance issues).   This is one of the main reasons why Pierre Karl Péladeau looks set to win the leadership of the party in May 2015.  He publicly stated that he is not at all interested in governance issues should he become premier, and that his only concentration would be to hold a referendum as quickly as possible, then resign and get out of politics.

However, Bernard Drainville, one of the party leadership contenders, has ruthlessly kept alive the idea of the Charte 2.0.  Perhaps he truly believes in its merits, or perhaps he still believes it continues to have the potential to invoke a constitution crisis on the multicultural front with Ottawa should a referendum be called (or perhaps he believes both – which is what I would venture to say he believes).

Nonethless, the provincial ruling Liberals have taken note, and they appear ready to “one-up” the Parti Québécois.   I mentioned above that the provincial Liberals have publicly stated (no less as part of their 2014 election platform) that they would be prepared to “quickly” invoke secularism legislation very similar to la Charte 2.0.   Their proposals were not unlike Drainville’s Charte 2.0.  Yet five months have gone by since the Liberals were elected, and their “quick” secularism legislation has not yet been proposed.

What are they waiting for?  Well, I think they’re waiting to see how Drainville’s Charte 2.0 goes over with the public during the Parti Québécois’ own leadership debates from February 2015 to May 2015.  If the Parti Québécois only selects two major issues to form their new mantra (that of fast-tracked sovereignty and the Charte 2.0) then the provincial Liberals may make their move and introduce their own Charte 2.0 – thus stealing the thunder from half of the Parti Québécois’ new mantra.  I believe the provincial Liberals would do this knowing that it would (a) avoid a constitutional showdown with Ottawa (the provincial Liberals would be much better able to navigate these waters with Ottawa so that it does not become a constitutional crisis), and (b) the Parti Québécois will have half their new raison d’être taken away from them by the Liberals in one fell swoop.

There is also another reason why the Liberals may be stalling with respect to introducing a Secularism Charter (Charte de laïcité);  they may feel it prudent to see if the Parti Québécois’ proposal leads to public condemnation.  If the PQ’s Charte 2.0 proves to once-again polarize Québec’s public while the PQ hashes it out among themselves, the Liberals may simply want to let the Parti Québécois have it.  This means the Liberals may not want touch it (after all, why would the Liberals want to assume responsibility for divisive, poisonous legislation if, on the other hand, leaving it to the Parti Québécois would result in the public once again tearing the Parti Québécois to shreds?).

However, if Québec’s public does appear to develop an appetite/tolerance for a greatly watered-down Charte 2.0, the Liberals may then want it for themselves, and thus kill many birds with one stone by introducing a Charte de laïcité.

In this sense, multiculturalism (and especially issues around accommodations) has now become the new political ping-pong toy – and is quickly becoming a pawn on a chessboard, rather than an ideology for societal advancement and progress.  The unfortunate direct side-effect is that its true meaning, goals, and worth has been lost on the public, and many out there simply look at it as an objectified component in overall competing political platforms.

We likely won’t know what the Liberals will do until after October 2015.  In the meantime, they will probably want to wait to see how the PQ leadership campaign pans out, what the PQ will do with the Charte 2.0, what the public reaction will be, how it will all play out during the federal election campaign, and then the provincial Liberals will make their move (one way or the other), after the federal election in October 2015.

At the end of the day, any provincial legislative bills regarding a Charte 2.0 will directly butt-up against the federal Multiculturalism Act, and there may be additional constitutional implications.  The Québec Liberals first need to know who their partner in Ottawa will be (Conservative? Liberal? Minority? Majority?).   Only after October 2015 will they be in a position to make some major (but quite sensitive and delicate) decisions.

That’s where we’re sitting on the multiculturalism front in Québec right now.  It’s certainly not boring.  Although the next chapter will be written over the next few months, the final phrases of the chapter may not be finalized until late in 2015/early 2016.

I guess we’ll all have to wait to find out what happens.  🙂

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COMPLETE SERIES:  MULTICULTURALISM AND INTERCULTURALISM (8 POSTS)

Québec’s Evening News Programs (#45)

If you’re like me, and many of you are, the internet has changed the way how, where, and when you receive your news (as opposed to 10 or 15 years ago when we sat in front of the television to catch the evening newscast).

Nonetheless, major evening newscasts still exist in both in English and French.  In Anglophone Canada the major evening newscasts are CBC’s “The National”, “CTV National News”, and “Global National”.

In Québec, the French language major evening newscasts are

  • Radio-Canada’s “Le téléjournal” at 10:00pm, (click HERE to view the last newscast), and
  • TVA’s “TVA Nouvelles” at 10:00pm, (to view the last newscast, click HERE to open the news page, then click the box at the right side, half-way down the page, named “Revoir le TVA Nouvelles”).

Because of competition from the internet, the evolution of these evening news programs has closely followed the same recent changes in Anglophone evening newscasts.  Many people in their 20’s, 30’s and 40’s are now accessing news through mobile phones and the internet throughout the day.   Their interest in, and need to spend an hour before the television in the evening to catch a resumé of the day’s news is no longer as vital (and even viewed as a waste of time by many).  Therefore, just as “The National” and “CTV National News” have had to change and adapt their formats to remain relevant, so too have “Le téléjournal” and “TVA Nouvelles”.

These news programs’ recent countermeasures to remain relevant and unique include presenting a brief resumé of the news, but then to greatly supplement news reports with analysis and commentaries.  Due to budgetary restrictions and travel limitations for foreign correspondents, they have incorporated long-distance on-screen interviews into their programs using Skype to discuss current events with independent reports, eyewitnesses, and news-makers around the country and around the world.   Although the public may not have perceived this gradual change over the past several years, when you compare evening news today (in both English and French) to the same programs a decade ago, the difference is actually quite stark.

TVA Nouvelles generally attracts a larger viewer audience than RC’s Le téléjournal.

Le téléjournal:

Radio-Canada is the Federal public broadcaster (the French counterpart of the CBC).   For several years now, the chief anchor and host of Le Téléjournal has been Céline Galipeau (prior to Galipeau, the host was the well-known Bernard Derome, who was the chief anchor for nearly 30 years.  Stéphane Bureau hosted the program for a short period prior to Galipeau taking the reins.

Le téléjournal is broadcast every evening across Canada, in every part of the country, from the most Northern Arctic communities, and from the Pacific ocean to the Atlantic coast.

They do cover issues across Canada, but the concentration of news and matters discussed continues to be on Québec-specific affairs (news covering the provincial government, events in cities, etc.).   For television news geared to Francophones and Francophiles in other provinces or regions, Radio-Canada offers the 6pm Téléjournal [provincial], such as Le téléjournal Alberta, Le téléjournal Acadie, Le téléjournal Manitoba, … Ottawa, … Colombie-Britannique, … Ontario, and … Sasktachewan.

TVA Nouvelles:

TVA is a private broadcaster owned by Québecor’s QMI.   QMI also owns the English language Sun News television (available in various part of Anglophone Canada), as well as the Sun newspapers and other newspapers across Canada.   In an earlier post, I had mentioned that Pierre Bruneau is the well-known host of TVA Nouvelles.

TVA Nouvelles concentrates mostly on issues of interest to Québec viewers (its prime audience).   When it reports news from elsewhere in Canada or on Federal politics, it does so by relating the relevancy to Québec and how it may impact Québec viewers.   If you’re outside of Québec, you may find TVA Nouvelles is not as pertinent to you, unless you wish to have a better understanding of what news the Québec public is watching.  Remember, just like pop-culture, news exposure, and how it is presented, can influence a society’s collective views and opinions – the word is “soft power”.   Thus, catching TVA Nouvelle’s perspective on issues of national events can perhaps round out your own views.

Good for learning & improving your French :

Both newscasts are presented in standard, international French, albeit with a Québec accent (just as BBC is presented in standard, international English, but with a British accent).   If you are beginning to learn French, these program’s avoidance of joual (slang and informal French) make them ideal launching grounds with which you can train your ear and distinguish the different sounds in French.   At the beginner’s stage, it’s not as important to understand what is being said as much as it’s important to be able to make out different sounds.   If you’re at an intermediate level, these are good programs with which to begin to build a greater vocabulary.  If you’re at an advanced level, well then, just enjoy taking in the news.