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Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Un univers de l’extrême droite fédérale? (Partie B) – 4 sur 6 (#252)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Ce billet est le quatrième dans une série qui cherche à démystifier un peu l’essence même de l’Alberta aux yeux des Québécois.

Dans le dernier billet, je parlais de certaines similitudes politiques qui existent entre Edmonton et Montréal.

Je parlais encore plus des points de repère qui existent entre les régions rurales et les petits centres au Québec et ceux de l’Alberta, notamment le fait que leurs propres valeurs se ressemblent plus à celles des anciens Progressistes-Conservateurs que tout autre parti (et ça va de même pour d’autres régions à l’est de Trois-Rivières, y compris la ville de Québec, Saguenay Lac St-Jean, et la Beauce).

À la fin du billet précédent, j’ai fait mention que mes propres observations m’indiquent que les valeurs et les mentalités à la base sont les mêmes pour beaucoup de Québécois et beaucoup d’Albertains.  J’ai terminé en disant que je pourrais offrir des tendances concrètes qui ajoutent un certain éclairage à mes observations.

Pour commencer, au Québec on voit sondage après sondage qui indiquent que les Conservateurs en général se trouvent en pente ascendante dans les régions rurales, dans les petits centres, dans une grande partie de tout ce qui est à l’est de Trois-Rivières (y compris à Québec).

Sauf dans quelques circonscriptions (principalement dans la région de Québec), les Conservateurs ne sont pas nécessairement majoritaires dans les intentions de vote.  Mais leur présence est assez forte pour laisser croire que la population demeure divisé entre les valeurs fiscales conservatrices, et les valeurs sociales du NPD et des Libéraux – un trajet mi-chemin si vous voulez (justement l’incarnation de l’esprit des anciens Progressistes-Conservateurs).

Et c’est justement où se situe une bonne partie de la population de l’Alberta – des gens qui s’identifient plus avec les anciens valeurs des défunts Progressistes-Conservateurs que tout autre parti.

Ci-dessous je vous offre quelques observations et je vous décris pourquoi il existe un décalage entre ce que le Québec “croit” être l’Alberta moderne, et ce qui est la réalité de l’Alberta sur le terrain.  En effet, je vous montrerai comment et pourquoi l’Alberta, dans son ensemble, ressemble beaucoup à tout ce qui se trouve à l’est de Trois-Rivières au Québec (y compris la ville de Québec) — plus que la moitié de la grandeur de la province.  C’est d’autant plus important que je vous montre que l’Alberta n’est pas la terre d’extrême droite que tant de monde prétend qu’elle l’est.

L’assouplissement des prises de position des Conservateurs fédéraux au fils du temps pour plaire à leur base rurale en Alberta, et à leur électorat assez imprévisible à Calgary et à Edmonton

Au Canada, surtout dans l’est du pays, on a tendance à penser que les Conservateurs fédéraux sont plus alignés avec les Républicains américains que les Démocrates.

Cependant, l’évidence empirique démontre que les Conservateurs fédéraux partagent beaucoup plus en commun avec les Démocrates qu’ils partagent avec les Républicains (le spectre politique américain en général, qui inclue les Démocrates et les Républicains tous les deux, et bien plus à droite que le spectre politique canadien.  Même la ligne du centre du spectre américain est plus à droite que la ligne centrale Canadienne).

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En vous disant le suivant, je ne suis pas en train de défendre ou d’aligner mes propres vues ni avec les  Conservateurs, ni avec aucun autre parti politique.   Mais je peux quand-même me permettre de faire quelques comparaisons entre les Conservateurs fédéraux canadiens et les Démocrates américains – car ils partagent les mêmes points de vue sur :

  • l’engagement militaire au Moyen-Orient (Harper suit souvent le pas d’Obama, mais Harper ne va pas aussi loin qu’Obama dans ses actions militaires),
  • sur le mariage gai (on a vu un assouplissement remarquable chez les Conservateurs au cours des quelques années précédentes, au point où les Conservateurs disent maintenant que c’était la bonne voie à suivre),
  • la nécessité d’un système santé universel. Mais les Conservateurs fédéraux vont bien plus loin, et défendent ardemment le système universel canadien, tout comme le NPD et les Libéraux.  Pourtant, les Démocrates ne défendent qu’un système de couverture médicale universelle privée.  C’est quand-même l’individu aux É-U qui doit assumer ses paiements d’assurance médicale, et ces paiements ne sont pas gratuits.
  • le contrôle des armes à feu. Malgré que les deux partis n’invoquent aucune volonté de créer un registre des armes à feu, les Conservateurs interdisent toute une gamme d’armes controversées à l’usage personnel – et la liste des armes interdites en sol canadien par les Conservateurs (et les restrictions de l’usage des autres) est bien plus longue que la liste des armes interdites par les Démocrates aux États-Unis.
  • l’euthanasie. Lors du débat sur l’euthanasie aux fins humanitaires, les membres et députés du parti Conservateur était déchirés à l’interne sur la question, avec beaucoup qui l’appuyait en privé.  Le gouvernement Conservateur semble avoir pu trouver la solution facile; laisser la Cour Suprême trancher sur la question (en sachant d’avance que la Cour Suprême allait l’accorder).  C’est une tactique et une conversation que ni l’administration Obama, ni les Démocrates élus aux É-U ne semblent vouloir toucher.  Alors dans ce sens, les Conservateurs ici ont devancé les Démocrates sur ce sujet progressiste
  • Ni les Démocrates, ni les Conservateurs ne veulent légaliser la marijuana.
  • Les Conservateurs font des coupures dans nos diffuseurs publiques (CBC/Radio-Canada). Personnellement, je ne suis pas d’accord avec ses coupures.  Mais au moins ils ne sont pas les Démocrates d’Obama, qui refusent carrément de supporter un diffuseur public télévisé ou radiophonique aux É-U avec les fonds des contribuables.   Sur ce sujet, c’est nuit et jour entre les Démocrates plus à droite et nos Conservateurs plus à gauche.
  • la position des Conservateurs sont plus progressistes que les Démocrates aux É-U sur tout une panoplie de sujets : surtout sur les questions de l’assurance-emploi, les paiements de péréquation, les ententes de libre échange internationales, les crédits d’impôts pour les arts et la culture (nos programmes qui reçoivent toujours de l’argent de la part de Conservateurs n’existent même pas dans les budgets Démocrates aux É-U), sur les crédits d’impôt à la famille, pour en nommer quelques-uns.

Là où les Conservateurs au Canada sont en retard face au Démocrates aux États-Unis, c’est sur le plan environnemental – surtout sur l’engagement international.  Mais même ici il s’agit d’une pièce à double-face, car l’administration Obama ne semble pas vouloir intervenir dans le dossier des endommagements à l’environnement lourds causés par le forage de gaz à schiste (les É-U produit plus de gaz à schiste que tout autre pays au monde)

Ironiquement, beaucoup de québécois chantent les louanges des Démocrates aux États-Unis, mais diabolisent les Conservateurs.  Malgré le fait que je ne suis pas partisan des Conservateurs “fédéraux”, c’est une dichotomie qui me laisse toujours perplexe.   Car, à la fin de la journée, les Conservateurs fédéraux canadiens, lorsqu’ils sont mesurés contre tous les partis fédéraux, est celui qui se ressemble le plus aux Démocrates des États-Unis.

Au Québec, on associe les Conservateurs avec l’Alberta.  Mais je me demande si, dans la tête des Québécois, ces gens diabolisent l’Alberta en raison des Conservateurs, ou si on diabolise les Conservateurs en raison de ce qu’ils croient être l’Alberta (faussement dois-je dire).

Peu importe, pourquoi voit-on une telle diabolisation de la part d’un bon nombre de Québécois (venant surtout de Montréal et les régions qui se trouvent à l’ouest de Trois-Rivières)?

Je me pose la question car le saut est long entre la décision anodin de ne pas vouloir supporter un parti, faute de ne pas être en accord avec ses politiques, et d’aller jusqu’au point de “diaboliser” un parti et toute personne qui aurait voté pour eux, y compris l’Alberta.

C’est une question à laquelle j’ai longuement réfléchi.  Au cours des années, j’ai écouté et j’ai parlé à beaucoup de monde au Québec.   Au fond, je crois qu’il en existe quatre raisons principales :

  1. Il existe une perception au Québec que les Conservateurs viennent d’une base très religieuse; une qui n’est pas compatible avec les valeurs québécoises. Mais si vous auriez lu l’avant dernier billet, vous auriez découvert que la réalité est toute autre.   C’est en grande partie pour cette raison que les Conservateurs fédéraux ne sont pas “diabolisés” ou “méprisés” en Alberta elle-même.  Personne ne les croit un parti “religieux” (ni les Albertains, ni les provinces avoisinantes qui connaissent très bien l’Alberta et son côté très laïque).

Même de la part de la population albertaine qui ne vote pas pour les Conservateurs (surtout à Edmonton, mais aussi ailleurs dans la province, et particulièrement dans la moitié du nord de l’Alberta) on ne ressent pas une “haine” envers les Conservateurs (pas plus que le Québécois lambda ne ressent pas une “haine” pour le NPD, le Bloc ou les Libéraux, même s’il n’aurait pas voté pour ces partis).

Une des raisons pour lesquelles les Albertains ne ressentent pas ce mépris trouve sa réponse dans le fait que le parti Conservateur ne vient pas d’une base “religieuse” en Alberta.   C’est un constat que le Québec n’a pas encore fait.

Stephen Harper, est-il religieux?  Peut-être – en effet, probablement.  Cependant, je ne sais pas exactement à quel point il est religieux.  D’autres gens qui le connaissent personnellement en parlent de temps en temps, et j’entends toutes sortes d’histoires et d’hypothèses (on les a tous entendu en Alberta).  Mais Harper lui-même n’en a jamais parlé publiquement de sa propre foi.   S’il est religieux, même profondément religieux, est-ce que cela me dérange?  Ben, pas plus du fait qu’Obama s’est dit être très religieux, et ce très ouvertement (au point où il dit qu’il prie à genou, à côté de son lit, chaque soirée avant de dormir – un fait qui semble de ne l’avoir pas empêché de gagner le prix Nobel, et qui n’empêche pas un grand nombre de Québécois de chanter à la gloire son virtuose.  Alors, voyez-vous l’hypocrisie?).

Ma façon de voir les choses : Tant que Harper ne laisse pas sa religion influencer sa façon de gérer le pays, et tant qu’il n’impose pas sa propre foi sur d’autres, sa religiosité ne me dérange pas – et elle ne dérange pas une bonne partie de la population Albertaine (tout comme la foi d’Obama ne dérange pas ceux vivent à Manhattan à New York, à San Francisco, au Vermont ou à Chicago — qui sont d’ailleurs les régions des É-U les moins religieuses … mais les régions d’où Obama tire son soutient de base au énième degré”.

Et plus important; tant que Harper soit bien entouré d’autres membres du parti qui sont “laïques” et qui occupent toute une foule de postes clés (et ces gens il y en a en masse… leurs noms sont aussi bien connus en Alberta que les québécois connaissent leur propre personnages politiques), j’ai au moins l’assurance qu’aucun chef “religieux” serait en position de projeter leur foi sur ses décisions majeurs, de crainte qu’il soit expulsé par son propre parti, et surtout par sa propre base (l’Alberta laïque).

L’Alberta avait déjà vécu son propre parcours religieux, un qui était politiquement oppressif et difficile – sa propre “grand noirceur” si voulez — qui impliquait le défunt Parti Crédit social de l’Alberta.

Suite à son propre Révolution tranquille des années 1970, l’Alberta ne tolèrerait plus un parti à la barre qui gère avec la Bible en main.  Mais hélas, c’est encore tout ce grand épisode de l’histoire albertaine qui n’est jamais enseignée au Québec (je met l’emphase sur le mot “jamais”).  Et cela pose un véritable problème.  Les Québécois forment des idées à l’égard de l’Alberta et de sa population sans savoir l’histoire (tant à l’égard des élus de l’Alberta, qu’aux gens ordinaires de l’Alberta comme moi, ma famille, mes voisins, mes pairs, et tous mes autres concitoyens albertains).

  1. Beaucoup de Québécois croient souvent que sur l’échelle de la droite radicale, les Conservateurs sont à l’extrême bout de l’échelle. Cependant, comparé avec beaucoup de partis de droite en Europe (même en France et les Républicains aux É-U), les Conservateurs fédéraux canadiens ne se rangeraient même pas comme pensée après coup sur l’échelle des partis droitistes.

Comme j’ai mentionné plus tôt dans ce billet, les Conservateurs ont bien plus en commun avec les Démocrates aux É-U qu’ils ont avec les Républicains (les québécois considèrent-ils les Démocrates comme un parti d’extrême droite?  Je pense bien que non.)

Je pense qu’il existe tout un manque de compréhension au Québec (surtout à l’ouest de Trois-Rivières) de la nature et de la raison d’être des Conservateurs.  Et je dis cela tout en avouant que je n’ai jamais voté pour les Conservateurs – alors ce n’est pas pour promouvoir leur plateforme que je vous écris ceci.  C’est seulement pour essayer vous offrir une perspective assez objective et différente.

  1. Cela m’amène à une autre hypothèse pourquoi l’Alberta se voit diabolisé au Québec. Le parcours historique et “l’effet modérateur” qu’a eu la population Albertaine sur les Conservateurs fédéraux est très mal compris au Québec (il ne figure même pas sur le radar des québécois, et ce n’est certainement pas enseigné à l’école ou diffusé dans les médias au Québec).

Il y a un couple de générations, les racines des Conservateurs (le mouvement Réformiste) étaient bien plus radicales que leurs prises de positions actuelles.  Mais au Québec, il y a beaucoup de monde qui les voit toujours à travers l’optique du parti Réformiste des années 1990.

Lors de l’échec des rondes constitutionnelles et de la crise financière du gouvernement au début des années 1990s, les anciens Progressistes-Conservateurs se sont effondrés.  Leurs anciens supporteurs se sont divisés en deux camps.   Une partie (je dirais la plus grande partie) est allée du côté des Libéraux et du Bloc, et l’autre partie qui ne savait pas où aller s’est finalement rangé du côté du nouveau mouvement Réformiste de Preston Manning.

Le parti réformiste a promis aux Albertains que les choses changeraient au début des années 1990.  Les réformistes ont fait deux promesses : (1) que les finances seraient redressées, et (2) on cesserait de parler de la constitution (du moins pour l’avenir prévisible, car les plaies étaient ouvertes, et tout le monde, y compris au Québec, voulait prendre un peu de repos).

Puisque le parti réformiste était nouveau, il attirait certains personnages les plus à droite (malgré tout, ceux qui étaient le plus à droite n’allaient pas se ranger du côté des Libéraux – alors ils ne pouvaient que s’arranger du côté des réformistes).

Alors, puisque le parti réformiste

  • était nouveau,
  • n’était ni bien organisé, ni bien contrôlé,
  • comprenait certains droitistes très à droite,
  • s’est formé au moment où il existait toujours des plaies ouvertes suite aux rondes constitutionnelles …

… cela faisait naturellement partie du voyage que l’on entendrait parfois des discours et des remarques assez inflammatoires, et parfois intolérants qui volaient dans tous les sens.  Je me rappelle moi-même d’avoir entendu des clips audio sensationnels à maintes reprises au sujet du Québec au début des années 1990 – mais je me rappelle aussi bien que ces clips audio sensationnels n’étaient pas représentatifs de tous les députés ou une grande partie des membres des Réformistes (chose qu’on ne voyait pas au Québec).  Et elles n’étaient certes pas représentatives des pensées de la personne lambda en Alberta.   Peu importe, beaucoup de québécois étaient outrés (un sentiment que je comprends bien… car j’avais l’impression que j’étais coincé entre deux mondes).

Mais ce que les Québécois n’ont pas vu, ce qu’ils ne comprenaient pas, et ce que les plateformes médiatiques québécoises ne rapportaient pas, c’est le fait que les Albertains ne supportaient pas le parti réformiste sur le biais de ce que certains députés hurlaient dans le stratosphère la plus à droite ou à l’égard du français ou du Québec — mais ils supportaient le réformistes plutôt sur la promesse qu’ils (1) redresseraient les finances publics et (2) qu’ils ne rouvriraient pas la constitution (sauf pour une réforme du Sénat “Triple E”).

À la fin de la journée, les Réformistes n’accomplissaient rien.  Oui les Albertain voulaient un redressement sain des finances, et oui ils ne voulaient pas de nouvelles rondes constitutionnelles – surtout en raison de la crise du temps du referendum de 1995 (ils avaient peur que toute nouvelle ronde constitutionnelle serait le dernier clou du cercueil qui inciterait le Québec à partir).  Le problème, c’est que le parti Réformiste acceptait trop de personnes dans les rangs qui étaient le plus à droite des droitistes (les vrais “clowns” du gang).   En un mot, les Réformistes se sont tirés une balle dans le pied en endossant trop de politiques droitistes, au-delà des deux auxquelles les Albertains tenaient le plus.

En 2000 le parti Réformiste était démantelé – faute de pouvoir (1) faire une percée avec leur plateforme très à droite, et (2) faute de pouvoir satisfaire les Albertains eux-mêmes car le parti n’allait jamais pouvoir réaliser son but ultime de redresser les finances publics (continuer la gestion du pays sans déficit annuel) en étant un parti qui ne pourrait même pas faire des percées ailleurs.

Le parti Alliance a vu le jour et a remplacé le parti Réformiste, et ce dans l’espoir de pouvoir rassembler les anciens supporteurs des Progressistes-Conservateurs (de l’ère Mulroney).  Car ces supporteurs du centre-droit ont fui vers la gauche lors de la création du parti Réformiste.  L’Alliance voulait “s’assouplir” et “adoucir” non seulement le ton, mais ses politiques (c’est-à-dire, faire un pas un peu plus vers le centre-droit canadien).

Cette adoucissement de l’Alliance était le résultat direct des appels des Albertains qui voulaient ces changements eux-mêmes (malgré tout, l’Alberta n’était ni une province d’idées extrêmes, ni une province qui tolérerait un discours politique religieuse – et l’ancien parti Réformiste comptait parmi leurs rangs quelques membres qui prêchaient les deux).

Au moment de la première course au leadership de l’Alliance, il était évident que ni les membres, ni l’Alberta ne toléreraient plus l’ancien garde.  Ils ont carrément jeté l’ancien chef du parti Réformiste, Preston Manning, à la porte.   Il était remplacé par Stockwell Day, l’ancien ministre des finances de l’Alberta.   Day était populaire en Alberta en raison de sa gestion des finances (malgré ses propres croyances religieuse), mais ailleurs au Canada il n’incarnait pas ce changement de garde.

Lorsqu’il est devenu évident que (1) le parti Alliance ne pouvait pas convaincre l’électorat pancanadien qu’il voulait, de bonne foi, se distancer des éléments les plus à droite de l’ancien parti Réformiste, et (2) qu’il ne comptait toujours pas assez de membres des anciens Progressistes-Conservateurs fédéraux pour faire passer le message qu’Ils changeaient, l’Alliance a jugé bon d’entamer des discussions avec ce qui restait de l’ancien parti Progressiste-Conservateur pour chercher une fusion.

N’oubliez pas que jusqu’à son démantèlement, les Progressistes-Conservateurs était le parti de Joe Clark, de Jean Charest, et de Peter MacKay — qui n’étaient guère des politiciens d’extrême droite.   Le fait de vouloir se réformer pour séduire les anciens Progressistes-Conservateurs devrait en soi indiquer le virage majeur que les membres de l’Alliance voulaient prendre afin de non seulement satisfaire leur base en Alberta (qui était toujours Progressiste-Conservateur à cœur, juste un ou deux pas à droite du centre), mais aussi l’électorat canadien dans son ensemble.

En 2003, Peter MacKay, chef des Progressistes-Conservateurs fédéraux, a décidé de fusionner son parti avec l’Alliance, et le parti Conservateur fédéral du Canada était né.   En 2004, Stephen Harper est devenu son chef.

Le chemin n’a pas été facile pour les Conservateurs.

Parmi leurs rangs, ils comptaient toujours certains membres de l’ancien garde – ce qui a rendu difficile la tâche de se défaire de son image “d’extrémistes de droite” dans les têtes de beaucoup de québécois (qui soupçonnait que les Conservateurs étaient toujours l’ancien parti Réformiste en déguise).  Il faut se rappeler que les Québécois n’ont jamais vu ou entendu les discussions publiques sur ce sujet en Alberta.  Alors ils demeuraient dans le noir total sur les réformes à l’intérieur du parti Conservateur.  (Pour cela, vous pouvez remercier les médias au Québec pour l’embargo médiatique).

Malgré cela, au cours des années, j’ai constaté un assouplissement énorme de la part des personnes qui se trouvent au sein du parti Conservateur depuis le début (ils se sont vu donné leur mandat par le peuple Albertain, et ce sont les Albertains qui leurs ont imposé la nécessitait de s’adoucir et de se réaligner plus vers le centre-droit).

J’ai également constaté que les politiques Conservatrices elles-mêmes se sont adoucies au cours des années.  Le parti actuel n’est plus le parti qu’il était lors des scrutins de 2006 ou de 2011.  Ils gèrent les finances un peu comme les Libéraux de Chrétien l’ont fait.  Et même lors du dernier budget, ils changaient le ton sur beaucoup de fronts sociaux maintenant que le budget s’est vu équilibré (ils ont fait perdre bien de plumes aux Libéraux, et ce sur bien d’égards).  Toutefois, rendons à César ce qui appartient à César.  Alors cela je vous dis à titre d’un Albertain qui n’a jamais voté Conservateur (alors cela devrait vous en dire long).

Les Albertains ont exigé que les Conservateurs changent leur ton et se réalignent plus vers le centre-droit, et les Conservateurs n’avaient pas d’autre choix que d’entendre leur appel.

L’Alberta lui-même a changé énormément durant les dernières vingt-cinq ans, et sa population soutient la part du lion des principes de justice sociaux qu’endossent les Québécois :

  • une saine gestion environnementale (je vais vous en parler du pétrole dans le dernier qui traite aux politiques “provinciales”, car c’est n’est pas dans le domaine fédérale où on voit les changements majeurs),
  • les droits et les tolérances envers les minorités, et la nature d’égalité des minorités dans la société (pour les minorités religieuses, les gais, ceux qui souffrent et la question de l’euthanasie), et
  • le mouvement grandissant en Alberta pour trouver des solutions financière pour la garde d’enfants (qui peut-être se fera à l’image des CPE au Québec), un investissement continue dans les institutions francophones de la province, etc.

La liste est longue.

Comment les Conservateurs ont-ils réagi à cette “progression” en Alberta?   Ils se sont adaptés.
Ça c’est certain.  À mon avis, les Conservateurs ont pris trois chemins :

  • Ils ont laissé les députés et membres de l’ancien garde se faire remplacer par attrition (en les remplaçant de sang neuf pour mieux refléter les réalités sur le terrain un peu partout au Canada),
  • Ils ont adouci et modifié leur manière de diriger le pays et leurs prises de position afin de pouvoir plaire à toutes les provinces (de la Colombie-Britannique jusqu’en Ontario, au Québec et dans les provinces Atlantiques), et
  • Ils ont concédé beaucoup de prises de position, par exprès dois-je ajouter, aux mains de la Cour Suprême. (Ceci c’est un point très intéressant).  Et ce, afin de toujours pouvoir conserver leurs circonscriptions les plus conservatrices dans l’extrême sud de l’Alberta (dite le Corn belt) – une région néanmoins assez isolé du reste de l’Alberta et de ses pensées.

Sur ce dernier point (celui qui implique la Cour suprême), je veux dire que je crois que les Conservateurs savaient que c’était la bonne décision (et dans l’intérêt de la société canadienne) de ne pas réformer le sénat sur une base unilatérale, de ne pas trop protester le droit à Euthanasie, et d’accorder le droit du mariage gai, entre autres.

Mais ils devaient trouver moyen de faire adopter ces politiques sans toutefois déplaire aux quelques circonscriptions du Corn Belt.   Alors pour faire plaisir non seulement au reste de l’Alberta, au Canada et au Québec, les Conservateurs ont jugé mieux d’accepter que la Cour Suprême tranche en faveur de ces matières plutôt que de prendre ces décisions eux-mêmes.  Je crois bien qu’il s’agissait d’une stratégie politique, une qui fait jaser sur le terrain en Alberta.  Cependant, ailleurs au Canada (surtout pas dans les médias de Toronto ou de Montréal), c’est le silence total.

De pair avec ce que je viens de décrire, il y a une autre chose que le Québec ne comprend pas.  C’est pourtant un sujet hautement sensible, et les Conservateurs n’en parlerons jamais à haute-voix, hormis peut-être à huis clos dans les réunions Civitas, dans leurs réunions de circonscription en Alberta, ou lors des discussions d’investiture des candidats en Alberta.  Parfois, je les ai même vu en parler lorsqu’ils en faisaient de porte-à-porte en Alberta, et lorsqu’ils se croyaient être sur territoire ami et receptif.

Les Conservateurs sont bien conscients qu’il faut faire la transition vers les politiques de l’ancien parti Progressiste-Conservateurs (des politiques centre-droit).  Un tel virage leur est exigé non seulement de la part de l’Alberta, mais du Canada dans son ensemble.  Pourtant c’est le genre de transition qu’aucun parti fédéral ne peut faire d’un seul coup, et je crois que les Conservateurs fédéraux n’y sont pas encore arrivés.

Cela dit, les quelques circonscriptions les plus conservatrices (du Corn Belt, mais aussi quelques circonscriptions éparpillées d’ici et là à travers le Canada) demeurent encore à être convaincues.  Le hic, c’est que ces circonscriptions se trouvent dans les régions clés où les Conservateurs doivent maintenir une base prépondérante pour rester en pouvoir (un peu comme la gauche au Québec doit tout faire pour ne jamais emmerder “Le Plateau” à Montréal, sous peine de perdre leur base).

Il y existe beaucoup de Conservateurs modérés (centre-droit) qui tirent les ficelles, et qui croient que la meilleure façon de rallier ces circonscriptions voyous à la cause, c’est de leur faire “imposer” une dose de politiques progressistes, mais de façon assez sournoise.  Alors, il semble que le parti (sous la pression de ces Conservateurs modérés) croit qu’il serait préférable de laisser la Cour Suprême trancher sur cetaines décisions sociales importantes, et par la suite laisser la Cour Suprême imposer ces nouveaux politiques modérées aux circonscriptions les plus à droite.

Comme ça, le parti pourrait se laver les mains en disant “Ce n’était pas nous, mais c’est quand-même fait accompli – alors, il faut l’accepter”.  C’est une façon non seulement de faire plaisir à la population canadienne, albertaine et québécoise dans leur ensemble, mais c’est aussi une bonne manière de faire changer les opinions des circonscriptions les plus conservatrices au pays, en leur forçant d’avaler les prises de position progressistes ordonnées par la Cour suprême.  Cela sert bien les Conservateurs, car il leur donne la voie facile pour poursuivre le chemin social vers les anciennes prises de position des défunts Progressistes-Conservateurs (un petit pas après l’autre).

Voilà donc l’optique à travers laquelle je vois les Conservateurs.  C’est également à travers la même optique que je crois que la majorité des albertains voient les Conservateurs.  Cela répond également à la question pourquoi les Conservateurs ont pu maintenir leur base en Alberta, mais il explique aussi pourquoi les tendances et pensées politiques albertaines son si mal comprises par le Québec.

Il n’y a rien de furtivement mauvais dedans, et il n’y a rien qui démontre que l’Alberta est une province d’extrême droite ou d’idées extrémistes et néfastes.

Les Albertains y voient un processus de changement au sein des Conservateurs mêmes, et ils leur prêtent patience (pour combien de temps je n’ose pas dire… car la patience des albertains se voit tester sur plusieurs fronts si on voit tout ce qui se passe avec les progressistes-conservateurs au niveau provincial).  Les anciennes idéologies des défunts Progressistes-Conservateurs s’alignent plus avec les sentiments des Albertains que tout autre parti actuel.  Tant que les Conservateurs fédéraux actuels poursuivent leur chemin envers les idéologies des anciens P-C (le centre-droit), les Albertains vont probablement continuer de les appuyer (mais si les Conservateurs sont perçus de ne plus bougir – là la donne pourrait changer lors de l’élection de 2015… et il y en a déjà des indices — non seulement en Alberta, mais ailleurs au pays aussi).

Cela dit, personne ne fait preuve d’une patience infinie, et ça fait longtemps que les Albertains attendent que les Conservateurs virent plus au centre-droit.   C’est pour cette raison que cette année les sondages indiquent qu’il y existe plusieurs circonscriptions fédérales en Alberta qui affichent de plus en plus les couleurs orange (NPD) et rouge (Libéral).  Il reste à voir combien de sièges vont aller à ces deux derniers partis lors de l’élection 2015.  Mais peu importe le nombre de sièges qui pourraient virer ailleurs, les sondages indiquent déjà que les autres partis auront plus d’appuis proportionnel en Alberta cette année (et possiblement lors de l’élection 2015) que durant toutes les 30 dernières années.   Les résultats de l’élection s’avéreront alors très intéressants.

  1. Cela m’amène à mon dernier point pourquoi je crois que beaucoup de Québécois ont tendance à diaboliser l’Alberta, et de caractériser ses habitants d’extrémistes de droite.

Certaines sphères des médias au Québec – notamment quelques émissions à Radio-Canada, Télé-Québec, et un bon nombre de chroniqueurs souverainistes, ainsi que les politiciens souverainistes — adorent sortir des résultats de sondages et des statistiques qui servent à isoler certaines tendances très minces et transitoires, sondés d’une manière instantanée, et souvent dans le contexte d’un point d’actualité assez émotif (tel le sujet du pétrole et les oléoducs lors d’une discussion sur les baleines dans les médias, ou des sujets controversés comme le registre des armes à feu tout de suite après la diffusion aux nouvelles d’une personne tuée par balle de manière très public).

Je le trouve très décevant la manipulation des sondages hors contexte.

Je vous donne un exemple parfait : un qui a fait tant jaser dans les médias et par les politiciens souverainistes durant des semaines suite à sa publication.

Le 12 mai 2011, L’Actualité a publié un article qui s’appelle “La fin des deux solitudes ? Voir, c’est savoir!”.  Dans l’article, L’Actualité vous a présenté carte après carte du Canada, divisée selon les circonscriptions fédérales du pays.   L’Actualité a posé des questions qui pourraient intéresser les Québécois.  Les réponses étaient tirées de la fameuse boussole électorale de Radio-Canada.   L’Actualité a par la suite coloré les circonscriptions du pays selon les réponses.

Les questions portaient sur les questions sociales, et parfois de nature émotionnelle.   À première vue, on penserait que tout le Canada, et particulièrement l’Alberta, aurait été complètement en désaccord avec le Québec sur chaque question.  Malgré tout, des tranches énormes du pays portaient des couleurs différentes que celles au Québec.

Les conclusions de l’Actualité insinuaient que la preuve était faite que le Québec et le Canada n’a rien du tout en commun.  Les souverainistes réjouissait.  Jean-François Lisée a republié l’article dans son propre blogue.  Radio-Canada, TVA, LCN et RDI faisaient des reportages en grande pompe.   J’imagine que ça aurait été une fête aussi grande que la St-Jean-Baptiste dans les locaux du journal Le Devoir.  Des chroniqueurs souverainistes dans les journaux appartenant à Québecor eux-mêmes soulignaient l’article avec un trait rouge bien foncé.

Mais hélas, ce qu’ils n’ont pas rapporté à la population québécoise – fort probablement de volonté expresse – c’est que les résultats n’ont pas démontré les pensées et les opinions de 80% des canadiens anglophones – ceux qui statistiquement résidaient dans les “villes” et régions urbaines du pays.   Les cartes démontraient seulement les circonscriptions rurales qui comptaient seulement 80,000 habitants par circonscription.

La raison pour laquelle on n’a pas pu voir les vrais résultats dans les cartes : Le Canada est le deuxième plus grand pays du monde.  Alors lorsqu’on affiche une carte du Canada qui n’occupe qu’une huitième de la page, c’est impossible de voir les 200+ circonscriptions urbaines où réside 80% des canadiens anglophones.

SI L’Actualité aurait basé leur article sur les circonscriptions urbaines où réside 80% des canadiens anglophones, les résultats auraient été très différents – au point où les résultats auraient été les mêmes qu’au Québec. 

Je vous donne deux exemplaires de ces cartes de l’article de L’Actualité pour bien démontrer mon point.

crts..3 crts..1 crts..2

Et j’adore l’ironie de la remarque hautaine, arrogante et cynique à la toute fin de l’article de L’Actualité : « Hummmm. Quelqu’un a dit “divergence” ? Un beau “moment fédéraliste” en perspective ! ».  En effet, c’en est un bon moment qui comble les Deux solitudes.  Ça a l’air que c’est moi qui a pu avoir le dernier mot, et j’imagine que c’en est pas un à quoi L’Actualité, et ceux qui réjouissaient de cet article, auraient pu s’attendre.

Sérieusement, croyez-vous que les joueurs médiatiques qui crèvent les reportages sensationnels, ainsi que les souverainistes auraient vraiment voulu démontrer ces “vrais” statistiques à la population du Québec?  Je crois bien que non, et je crois bien que l’on peut s’entendre sur ce point.

Moi aussi je peux faire du pinaillage sur tout un tas de sujets isolés et différents qui pourraient prétendre que les gens de la Gaspésie sont d’un univers complètement différent de ceux de l’Outaouis.  Je pourrais vous sortir des statistiques qui vous feraient croire que l’écart entre les gens de Québec et ceux de Montréal est aussi grand que Montréal et l’Arabie-Saoudite.  Si je voulais, moi aussi je pourrais twister l’essence des cartes et des chiffres, vous cachant des nuances où se trouvent la vraie histoire.  Je pourrais vous écrire une montagne de bels articles qui pourraient vous laisser croire que le Québec même est en train de s’effondrer comme un château de cartes, et qu’il serait mieux s’il serait divisé en quatre pays différents.  Mais je ne le fais pas — car ce n’est pas la vérité… tout comme cet article de L’Actualité, présenté de cette manière, et la plupart des articles qui essaient de dire que le Canada est en train de se désagréger sur le front des opinions ne sont pas vrais.

Et si vous alliez regarder une carte de la dernière élection fédérale en 2011 (de la même année que les cartes ci-dessus), vous allez remarquer que de grands étendus à travers le Canada voient les choses du même oeil que Québec.   Et j’imagine que vous aller voir encore beaucoup plus en commun lors de la prochaine élection en 2015.

crts..4

Malheureusement, on voit trop souvent certains médias et les souverainistes qui font de l’Alberta-bashing en déformant les faits et les statistiques, et qui cherchent à marquer soient des buts politiques (de la part des souverainistes), soient des audiences engagées et enragées (de la part des médias).  Franchement parlant, c’est injuste.  C’est dangereux pour l’avenir du pays.  Ils prennent les Québécois pour des cons, et les Albertains sont leurs victimes.

La prochaine fois que vous voyez tous ces camps vous sortir des statistiques qui prétendent vous décrire c’est qui les vrais Albertains, pensez-y deux fois, et posez-vous des questions.

Comme j’ai dit à maintes reprises au cours de mon blogue, il faut vraiment faire le voyage à travers le Canada pour le comprendre.  On ne peut pas se fier uniquement aux médias (que ce soit les médias de Toronto ou de Montréal – car trop souvent ils vivent dans une bulle – faute de notre géographie).

Le meilleur c’est de passer un bon bout de temps en Alberta pour voir qu’elle n’est pas si différente.   Prenez des cours d’anglais à Edmonton ou à Calgary pendant trois ou quatre semaines durant l’été.  Allez rester avec des amis Albertains pendant un couple de semaines.  Envoyer vos enfants aux camps d’été dans les Rocheuse, et puis allez vous-même les récupérer à la fin de leur séjour.  Faire l’effort.   Vous allez voir vous-même.   Comme le dit l’article de L’Actualité, “Voir c’est savoir” (pince sans rire!!).

Quelques réflexions pour clôturer ce billet

Ces derniers billets couvraient la perspective et le tempérament de l’Alberta et de ses habitants sur le plan fédéral.  J’ai expliqué le pourquoi dedans.  J’espère vous avoir introduit un point de vue qui n’est pas discuté au Québec.   J’espère que je vous ai présenté un angle que les médias au Québec ne rapportent jamais, et ce que les souverainistes aimeraient mieux ne pas en discuter publiquement.

Comme vous pouvez constater, il n’y pas à s’en faire entre les quelques différences qui existent entre l’Alberta et le Québec.  Les différences ne sont pas si grandes.  Après avoir vécu si longtemps ensemble, et après avoir subi des changements énormes dans le même sens au cours des 50 dernières années, les similitudes sont remarquables.  On vient de la même étoffe malgré tout – et on partage les mêmes systèmes qui font qu’il y a bien plus de convergences que de divergences.  Et même sur ce dernier point, les indices me laissent croire que les convergences continueront d’être bien plus grandes à l’avenir que toute divergence.

Le prochain billet parlera de la perspective et le tempérament de l’Alberta et de ses habitants sur le front “provincial”.  Le dernier billet parlera des politiques provinciales actuelles, et des prises de position provinciales sur le pétrole et l’environnement (que l’Alberta voit d’un œil de juridiction provinciale plutôt que fédérale).  Je crois que les prochains billets à ces sujets sauront vous étonner également.

On se reverra dans un avenir proche.


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Un univers de l’extrême droite fédérale? (Partie A) – 3 sur 6 (#251)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Continuons la série de billets qui cherche à démystifier l’essence même de l’Alberta aux yeux des Québécois.

Il y a deux billets, lors de l’introduction de cette série, j’ai mentionné que j’allais parler des “affirmations” et “tendances” politiques albertaines.   Je ressens trop souvent que l’Alberta se fait pointé le doigt injustement (si pourrais-je dire ainsi) comme étant cocon insulaire de l’extrême droite.

Comme j’ai indiqué dans le billet précédent, la population et les valeurs des Albertains ne sont pas si différentes que celles des gens de la région de Québec ou de Saguenay Lac St-Jean (en effet, elles ne sont pas si différentes de tout ce qui se trouve à l’est de Trois-Rivières).

La nature cosmopolite de l’Alberta

D’abord, l’Alberta n’est plus une province dite “rurale”, et ce depuis déjà bien longtemps.  C’est une province qui compte deux métropoles de la même grandeur (Calgary dans le sud, et la capitale d’Edmonton dans le nord, les deux avec 1,3 millions d’habitants chaque).

La répartition ethnique dans ces deux métropoles est composée de 30% de minorités visibles à Edmonton et 35% à Calgary (la plupart étant des immigrants de première et de deuxième génération).   Montréal (l’Ile propre), par contre, est composée de 33.7% de minorités visibles – un chiffre qui chute à grand pas lorsqu’on regarde les chiffres de toute la région métropolitaine (incluant la grande couronne).  (Stats-Can 2011)

Hors de l’Ile, la couronne de Montréal n’est composée que de 25% de minorités visibles, bien inférieur des taux des régions métropolitaines d’Edmonton et de Calgary.  (Stats-Can 2011).

Les chiffres pour la ville de Québec sont encore moins.

Souvent, la notion de ce qui constitue le cosmopolitisme et l’ouverture d’une région quelconque est directement associée à la nature de ses habitants, ainsi qu’à la diversité de leurs origines et de leurs cultures.  Les immigrants ont tendance d’aller là où ils se ressentent en sécurité, où ils ressentent qu’il existe une ouverture d’esprit à leur égard, et là où ils voient un élément d’ouverture envers le monde en état d’évolution constante.

Dans ce sens, on pourrait dire que les métropoles en Alberta sont aussi cosmopolites que celles du Québec.

Mais cela n’en est qu’un outil de mesure parmi d’autres.

La diversité d’une population et sa nature cosmopolite pourrait influencer directement les affirmations politiques des habitants d’une région.   Les “grandes” vagues d’immigration en Alberta (hormis celles des arrivants Européens) sont assez récentes – dirais-je qu’ils n’ont réellement commencés que depuis 20 ans (environ 1995).  Mais les vagues étaient énormes, et ses impacts sur la psychologie de la province étaient aussi profonds.

Il faut comprendre que la population de l’Alberta en 1996 (il y a 20 ans, tout juste après le dernier référendum) était de 2,696,000 habitants.   D’ici deux ans, la population de l’Alberta va dépasser celle de la Colombie-Britannique à 4,400,000 habitants, pour devenir la province la plus populeuse dans l’ouest du Canada.  Il s’agit d’une croissance de population de 63% en 20 ans.  C’est énorme !  Une croissance absolument astronomique !!  C’est du jamais vu depuis 50 ans dans n’importe quelle autre juridiction en Amérique du nord.

Et d’où sont venus ces gens?  Pour la plupart, ils sont venus des autres provinces; surtout des provinces Atlantiques, mais aussi du Québec et de l’Ontario.  En deuxième place, ils sont issus d’immigration.    Alors, de ceux qui font la plus grande partie de la croissance des 63%, ces personnes sont d’origine des provinces rouges-rouges Libéraux que forment les provinces Atlantiques.   Et les autres, ceux issus du Québec, de l’Ontario et de l’immigration internationale eux aussi ont tendance à voter d’une teinte assez rouge-orange, du centre, de centre-gauche, ou de centre-droit.

Cela ne peut qu’avoir un impact majeur sur les couleurs, tendances, tolérances et idées politiques de la province.  Et lorsque ces nouveaux arrivants prennent place de première loge dans la société albertaine (travail, implication communautaire, études, politiques, industrie, affaires, médias, etc.), l’impact sur la société est aussi important, sinon plus, que toutes les variables décrites ici.  Le visage, l’esprit, et la mentalité de l’Alberta en sont à jamais changés, pour le mieux, et il est impossible de faire marche arrière.

C’est toute une révolution, mais une qui est très mal comprise par le Québec.

Depuis l’époque du dernier referendum en 1995, du côté fédérale on a vue l’effondrement du parti Réformiste (le parti fédéral le plus à droite, qui trouvait son berceau en Alberta), l’effondrement du parti Alliance (moins à droite que le parti Réformiste, mais encore avec son berceau en Alberta), et un adoucissement continu des politiques droitistes du parti fédéral Conservateur – au point où ses politiques sont maintenant bien plus à gauche que les prise de position du parti Républicain aux É-U.  En effet, les Conservateurs fédéraux se voient reflétés de plus en plus dans l’image et les prises de position du parti Démocrate Américain (parfois même plus à gauche que les Démocrates).

Les affirmations de l’Alberta plutôt au centre-droit (mais pas à l’extrême droite)

Avant d’aller plus loin : Je vais vous parler de mes propres couleurs politiques – car il est important afin de vous offrir un point de repère, afin de bien pouvoir vous décrire (et de vous faire comprendre) les sentiments politiques des Albertains.

Pour vous bien démontrer que je ne prends pas position à l’égard d’un parti politique aux dépens des autres, politiquement, au plan fédéral, je ne suis pas Conservateur au sens pur.  Politiquement parlant, je n’adhère à aucun parti politique.   Si j’avais à choisir un parti au niveau fédéral, il n’en existe pas qui me convient à 100% (mais j’ai quand-même l’intention de voter).  Le problème c’est que j’ai des valeurs plutôt progressistes, mais je vois la valeur dans un certain rigeur financier — un peu comme la plupart des Albertains.

Alors, côté politique, je me vois un peu perdu et sans parti – un orphelin politique si vous voulez.  Mais je vois le bon dans tous les partis:  Les valeurs progressistes du NPD et des Libéraux, et un certain rigeur financier que projettent les Conservateurs.

Un petit mot à part : Au Canada, et particulièrement au Québec, j’entends trop souvent des gens qui emploient le mot “parti ennemi” lorsque les gens se réfèrent à nos partis politiques.  D’entendre ce mot me fait toujours sentir un peu mal à l’aise.  De mon côté, je suis quelqu’un qui se permet de voir le bon dans tous les partis fédéraux, que ce soit le NPD, les Libéraux, les Verts, et les Conservateurs.  Et il y a du bon dans chacun de ces partis, tout comme il y a du mauvais.  Peut-être certaines lignes de parti ne font pas nécessairement mon affaire de temps en temps (ça va de soi pour tous les partis), mais cela ne veut dire guère que je devrais considérer la gamme de nos partis ou de nos politiciens parmi mes “ennemis”.

Tant qu’ils se battent tous pour le bien-être du pays, je ne peux rien leur rapprocher.   Mais s’il y a des prises de position qui ne font pas mon affaire lors d’une élection, je choisirais tout simplement un(e) candidat(e) et un parti qui s’alignerait le plus à mes propres points de vue (qui, comme pour une grande partie de la population Canadienne dans toutes les provinces, sont aptes à changer selon les réalités et les plateformes du jour).

Le mot “ennemi” en est un que je réserve pour les méchants dans les pays lointains qui cherchent à nous faire du mal ou qui font du mal à leurs propres citoyens.  C’est n’est pas un mot que j’emploierais pour décrire nos propres politiciens.

Mais pour revenir au sujet de l’Alberta… je crois qu’une bonne partie de la population de l’Alberta (peut-être la majorité même) voie leurs propres prises de position fédérales s’aligner avec beaucoup d’idéologies des anciens Progressistes Conservateurs fédéraux (P–C), tout comme moi (mi-chemin entre les Conservateurs et les Libéreaux / voire le NPD — car la différence entre les Libéraux et le NPD et de moins en moins grande, au point où les Albertains se voient de plus en plus dans ce que projettent le NPD et les Libéraux).

C’est juste une question de voir s’ils vont faire le saut… Il leur faut un peu de courage pour faire un virage aussi grand, mais les gens en parlent… plutôt du point de vu qu’ils me disent qu’ils seraient à l’aise avec l’idée que leurs voisins votent à gauche pour envoyer un signal fort, même si les personnes qui me racontent de tels propos prétendent continuer voter au centre où au centre-droit.  

Du moins, quand je parle de la politique avec la grande majorité des personnes que je rencontre en Alberta (au-delà de celles que je connais déjà), leurs opinions politiques vont plus souvent dans le même sens.

Je connais bien ce pays, et je constate que ces prises de positions sont également des affirmations politiques que nous voyons sur de vastes étendus du Québec – notamment une grande partie de tout ce qui est à l’est de Trois-Rivières, et surtout à Québec, au Saguenay Lac St-Jean, et dans la Beauce.

Les anciens Progressistes-Conservateurs était un parti qui portait la teinte de l’aile bleu des Libéraux, ou l’aile rouge des Conservateurs actuels (dont ce dernier je vais vous parler un peu plus tard).   Ces régions-là étaient pour les anciens P-C fédéraux.  Dans la population en générale en Alberta, je resens que les valeurs des anciens P-C sont vues d’un bon oeil.  C’est-à-dire ces gens sont favorables à la plupart de valeurs sociales et progressistes pancanadiennes que partagent également les Québécois, et qu’ils adhèrent en même temps à la saine gestion des finances pour s’assurer qu’on vie dans nos moyens.

Du côté des politiques sociales, les anciens Progressistes Conservateurs était un parti parapluie qui incarnait beaucoup de politiques qui sont présentement endossées par les Libéraux fédéraux et même le NPD.  Du côté économique, ils incarnaient beaucoup de politiques qui sont actuellement endossés par les Conservateurs actuels et les Libéraux).

Sur le plan environnemental, les anciens P-C militaient pour une économie assez verte, avec des protections environnementales (ainsi que de la recherche environnementale) pour supporter l’exploitation durable de nos ressources (dans l’industrie forestière, minière, des contrebalances face à la destruction massive de grandes étendues de forêts pour faire place à d’énormes réservoirs hydrologiques pour la production hydro-électrique, l’exploitation à pollution réduite dans l’industrie pétrolière, et une durabilité dans l’industrie de la pêche, etc.).

Les P-C épousaient l’idée d’un plan d’immigration qui allait de pair avec la réalité sur le terrain, tant du côté linguistique (français/anglais) qu’économique.  Et ils voulaient mettre en place des institutions pour faciliter une meilleure intégration des immigrants (à la famille anglo-canadienne / franco-québécoise), tout en respectant l’importance de ne pas les faire perdre leur propre identité, et de se battre pour qu’ils puissent vivre comme ils voudraient.

Et les anciens P-C cherchaient des ponts et des mécanismes pour combler les Deux solitudes.

Ils étaient de bonne foi dans leur désir de redresser certains aspects constitutionnels (et peu importe si on était d’accord ou pas avec Meech ou Charlottetown, très peu de gens pourrait dire que les anciens P-C étaient de mauvaise foi).  Pour une bonne partie de leur temps au pouvoir, les Canadiens d’un océan à l’autre, Francophone et Anglophone, leur ont donné carte verte pour chercher des solutions (tout le monde au pays étaient de bonne foi – et je crois toujours que le pays n’a jamais perdu cet esprit de bonne foi.  C’est toujours tout juste sous la surface, malgré qu’on n’en parle pas souvent).

C’est de valeur que les P-C n’ont pas pu trouver la recette magique durant leur temps en pouvoir, mais je suis quand-même très content que le pays, depuis ce temps-là, a pu tracer son chemin.  Des centaines de milliers d’Anglophones (voire des millions) ont pu faire du progrès dans la bonne direction, et ce de leur propre accord — malgré les échecs des rondes constitutionnelles au début des années 1990 (j’en ai parlé un peu dans mon billet : L’Importance du programme d’immersion française au Canada anglophone – pour le Québec (#166)).

Parlons des affirmations politiques de l’Alberta – La comparaison Montréal – Edmonton

Je connais très bien le Québec.  Je connais très bien l’Alberta.  Je me considère très chanceux de les connaitre aussi bien, tous les deux.

Et je peux vous dire avec certitude qu’une grande partie de la population de l’Alberta, et une grande partie de la population du Québec partagent les mêmes opinions politiques que moi.  Oui, côté fédéral, Montréal (l’ile) est d’habitude plus à gauche que le reste du Québec (ce sont le NPD et les Libéraux rouge-rouge qui recueillent les votes sur l’ile).  Et du côté de l’Alberta, tout comme à Montréal, c’est Edmonton qui est la ville la plus à gauche (À Edmonton, à l’exception de ses propres banlieues et villes dortoirs, c’est le NPD, les Libéraux, et les candidats Conservateurs rouges-rouges qui recueillent une bonne partie des votes).

Je peux vous assurer que la prochaine élection provinciale sera orange à Edmonton (mais peut-être un orange Albertain; c’est à dire que les voteurs vont voter pour une position du NDP qui tomberait entre celles les NPD fédéraux et des P-C provinciaux (il ne faut jamais oublier que les P-C provinciaux de l’Alberta sont mi-chemin entre les Libéraux et les Conservateurs fédéraux, voire une tier de la distance entre les deux, mais plus vers le centre).

Alors, on commence déjà à voir des similitudes politiques entre le Québec et le l’Alberta, et les constantes politiques que partagent la capitale albertaine (Edmonton) avec l’ile de Montréal.

Les régions rurales et les petits centres du Québec et de l’Alberta – pas aussi divergentes que l’on pourrait penser

Ailleurs en Alberta, et ailleurs au Québec, les régions rurales et les petits centres partagent plus au moins les mêmes sentiments politiques (hormis des tendances “nationalistes” – qui sont toujours susceptibles à changer au Québec).   Pour constater ses similitudes, vous avez juste à passer du temps dans les villages de la Côte-nord (QC), du Lac St-Jean (QC), de l’Haute Mauricie (QC), de la Beauce (QC), de la région Crows-Nest (AB), de la Région Lakeland (AB), à l’étendu de Rivière-la-Paix (AB) ou la ceinture du Corn-Belt (AB).

Toutes ces régions, à base de l’agriculture et de l’extraction des ressources, sont plutôt centre-droit.  Leurs habitants s’affichent soient comme Conservateurs rouges ou des NPD/Libéraux fédéraux bleus.  Ce qui les distingue (mais ce qui les unissent dans leur similitudes en Alberta tout comme au Québec) c’est le fait que les habitants de ces régions doivent prendre toujours une décision assez déchirante au moment du scrutin fédéral.  Et en raison de leurs convictions “mi-chemin”, ils votent soit NPD/Libéral, soit Conservateur.  (Et l’influence des changements démographiques énormes sur le plan d’immigration éthnique que subissent les petites villes en Alberta doivent surement jouer un rôle la-dedans… Je vous ai parlé un peu dans un billet sur ma propre ville en Alberta: Végreville — et les petites villes du Canada (#125)).

Je vous explique…

En Alberta, il arrive que la population rurale penche du côté Conservateur en raison de l’histoire et de ce qu’ils perçoivent comme l’absence d’alternatives.  Et au Québec la population rurale penche plutôt du côté NPD-Libéral (et parfois Conservateur) en raison de l’histoire et ce qu’ils perçoivent comme l’absence d’alternatives.

Mais le point de départ pour ces populations rurales et de petits centres, au Québec tout comme en Alberta, demeure plus au moins le même (ce qui incarne beaucoup d’idéologies des anciens Progressistes-Conservateurs dont je vous ai parlé plus tôt dans ce billet).

Bref, les croyances idéologiques des Albertains et Québécois ruraux sont très semblables à la base.  Mais le sort de leur vote vire dans deux sens différents.   Les circonscriptions hors des grands centres en Alberta comptent pour presque la moitié des circonscriptions albertaines (je crois qu’aux Québec elles se situent autour de 40% si je ne me trompe pas).   Malheureusement, cela donne des munitions (fautives, d’ailleurs) au camp souverainiste pour dire à la population du Québec que les Albertains (qui ont voté Conservateur jusqu’à maintenant) ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde.

Pourtant, c’est tout le contraire sur tellement de fronts.

J’ose même dire qu’au moment du scrutin fédéral, les régions rurales des deux provinces acceptent de mettre de l’eau dans leur vin lorsqu’ils partent du même point de départ pour décider à quel côté enverraient-ils leur vote.  Ils se pincent le nez des deux côtés, et voilà!  Les Conservateurs trouvent leur base dans l’Alberta rural, et le NPD (avec une bonne proportion du vote minoritaire allant aux Libéraux et aux Conservateurs) trouve une grande empreinte dans le Québec rural.   Mais cela ne veut pas dire que les populations rurales de l’Alberta et du Québec sont plus conservatrices petit “c”, ou plus à gauche que l’autre.

C’est carrément une question que l’individu emboîte le pas de son vosin et envoie son vote dans la même direction de ses voisins, compte tenu que les habitants ruraux en Alberta et au Québec quittent de la même ligne de départ.

Mais ce qui compte, c’est que les valeurs et les mentalités à la base sont les mêmes pour les Québécois et les Albertains qui vivent en région rurale.

Je pourrais même vous offrir des tendances concrètes qui ajoutent une certaine crédibilité à ces observations.

Mais ça, je vais laisser pour le prochain billet.

Alors, à la prochaine!


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Les préjugés à l’égard de l’Alberta : La question de la “laïcité provinciale” – 2 sur 6 (#250)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Lors du dernier billet, j’ai fait mention que j’allais aborder trois “sphères” de préjugés que conservent beaucoup de Québécois à l’égard de l’Alberta et les Albertains.   Un de ses préjugés que fouette la société sans relâche (et sans fondement) est celui de la question de la “religiosité” de l’Alberta, et sur l’hypothèse d’un agenda politique caché de la province, fondé sur la religion.

Il n’y a pas de doute que la société Québécoise valorise l’aspect laïque de sa cohésion sociétale.  Mais les tendances laïques au Canada ne se confinent pas seulement à l’intérieur des frontières québécoises ou parmi seulement le peuple québécois.

Je vous offre les statistiques suivantes, et beaucoup d’entre vous vont sans doute les trouver étonnantes.

Selon Statistiques Canada (2010), parmi les Albertains qui se déclarent être religieux:

  1. 71,3% des gens se déclarent être des chrétiens dans le sens traditionnel (avec le reste étant “spirituel” de nature floue ou personnelle, ou issus d’autres religions)
  2. Au Québec, 90,2% des gens se déclarent être chrétiens dans le sens traditionnel (avec le reste étant “spirituel” de nature floue ou personnelle, ou issus d’autres religions).

Ces derniers chiffres dénotent que même parmi ceux qui se déclarent être religieux, la proportion des Albertains religieux qui “pratiquent” leur religion dans le sens traditionnel (organisé) n’est que dans 71,3%  des gens.  Les autres gardent leurs croyances spirituelles à eux, ou sont issus d’une autre religion entière.  Tandis qu’au Québec, les Québécois religieux sont plus aptes à montrer et pratiquer leur religion plus ouvertement.

Alors, peut-être vous vous demanderiez quel serait le pourcentage des Albertains qui sont religieux.   Je vous offre d’autres statistiques encore plus révélatrices :

Des chiffres qui en parlent fort! (Cliquer pour l’agrandir).

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  • Sources de ces statistiques : 
  • * 26 mars 2015, selon le sondage national Angus reid, mené auprès des canadiens à travers le Canada.
  • ** 2010 un grand sondage national Gallup mené dans tous les états des É-U.  Ce qui est de plus, 10 autres sondages nationaux américains menés entre 2006 et 2012 arrivent tous aux mêmes conclusions consistantes.

Cette fois je ne vais pas mâcher mes mots.  Le Canada n’a pas de “Bible-Belt”, et l’Alberta ne présente même pas les ingrédients pour ce qui pourrait constituer un “Bible-Belt”.

Les “tendances religieuses modernes” de l’Alberta ne sont pas si différentes que celles du Québec ou toute autre province.  Pourtant, l’emploi du terme “Bible-Belt” pour décrire l’Alberta en soi en est un que j’entends à maintes reprises sur plusieurs émissions de télévision québécoise telle Tout le monde en parle, 24/60, Bazzo.tv, certaines émissions à la radio de Radio-Canada, les Francs-tireurs, Zone doc de Radio-Canada, les émissions de LCN, ainsi de suite (la liste est longue).

Je peux également vous offrir des noms spécifiques de plusieurs politiciens du PQ et du BQ qui ont employé ce terme à volonté dans leur obsession d’empêcher les Québécois de tisser le moindre lien émotif avec le reste du Canada (pour eux, c’est dans leur intérêt de propager ces mythes, et ce dans le but de faire en sorte que les Québécois se considéreraient incompatibles avec les Albertains — et par conséquence, le Canada.  C’est un manœuvre triste, trompeur, et franchement pathétique.  

En grandissant en Alberta, j’avais moi-même plusieurs professeurs québécois qui ont déménagé en Alberta du Québec, et qui avaient eux aussi ces préjugés au sujet de ce qu’ils s’attendaient à être la “religiosité” de l’Alberta — du moins jusqu’à ce qu’ils ont pu voir la réalité de la province eux-mêmes (ce qui a pu les faire constater que leurs propres idées préconçues n’étaient pas fondées).

Ce qui est troublant, c’est qu’un couple de ces professeurs d’école secondaire et d’autres profs québécois à l’université m’ont confié que leurs pairs au Québec soulevaient souvent cette question en classe auprès de leurs étudiants.   Et j’en crois bien, car même certains de mes amis au Québec m’ont dit que l’enseignement de la notion d’une Alberta “religieuse” est monnaie courante lors des cours d’histoire et des sciences sociales au Québec.

J’ai connu bien de Québécois qui ont déménagé en Alberta.  Mainte et maintes fois ils étaient étonnés par le fait qu’il ne se trouvait pas plus d’églises en Alberta qu’au Québec.  En effet, en conduisant d’un bout du Québec à l’autre (mettons de Gatineau jusqu’à Fermont ou en Gaspésie – des routes que j’ai parcouru moi-même en voiture à maintes reprises) on constaterait avec ses propres yeux que l’Alberta ne compte pas plus d’églises qu’au Québec.  De plus, il n’y a pas plus d’églises en Alberta qu’ailleurs au Canada – car la population du Canada d’un océan à l’autre, est généralement laïque (le nombre d’églises à travers le Canada (ou leur “absence”) demeure pas mal stable d’une province à une autre – que ce soit en C-B, en Alberta, en Ontario, au Québec ou en Nouvelle-Écosse – tout conforme avec le graphique à barre que je vous ai présenté ci-dessous.

Par contre, si vous alliez faire de la route dans plusieurs régions des É-U, là vous remarqueriez une grande différence entre les É-U et l’Alberta/le Québec; c’est même jour et nuit.  Les É-U sont bien plus religieux que “nous”.

Alors, d’où provient ce mythe qui est tant propagé et par les médias québécois et par certains gens ordinaires?

Pour répondre à cette question, il faut comprendre l’histoire de l’ouest du Canada (un sujet très mal compris au Québec, et presque jamais enseigné dans le système scolaire québécois).

Bref, on pourrait dire que le Canada ait eu trois provinces qui ont été assujettis à ce qui est l’équivalent de certains aspects de leurs propres Révolutions tranquilles;  le Québec (bien sûr), l’Alberta et la Saskatchewan.  Cette partie de notre histoire collective est enseignée en Alberta et en Saskatchewan, mais c’est l’omerta totale au Québec quant au sujet des révolutions tranquilles semblables en Alberta et en Saskatchewan.

Sans aller trop dans les détails, toutes ces trois provinces étaient très religieuses au début et au milieu du vingtième siècle – tant au niveau gouvernemental qu’au niveau de la population.   Le Québec était la première des trois provinces de se détacher de l’influence de l’église dans les années 1950 et 1960.   L’Alberta et la Saskatchewan l’on suivi de près vers la fin des années 1960 / début des années 1970.

Tout comme au Québec, il y avait un virage politique énorme en Alberta qui accompagnait ces changements – y compris le rejet et la dissolution totale de certains vieux partis politiques, la formation de nouveaux partis politiques à bases laïques, la déconfessionnalisation du système scolaire, de l’état, et la nationalisation de beaucoup d’industries en Alberta.

En effet, toutes les même catégories d’industries qui étaient nationalisées au Québec étaient elles aussi nationalisées en Alberta.  AGT était nationalisée par le gouvernement de l’Alberta (aujourd’hui, sous la banière privée Télus).  Une partie du réseau bancaire était nationalisé (aujourd’hui ATB — qui demeure toujours une banque albertaine nationalisée… une institution aussi importante en Alberta que l’est Desjardins au Québec).  L’Alberta avait créé l’équivalent d’un fonds de solidarité albertain.   Trans-Alta était l’équivalent albertain nationalisé d’Hydro-Québec.  Un réseau d’universités publiques était créé.  On a créé Access Network, semblable à Télé-Québec (ou Radio-Québec dans le temps).  Et la liste continue.   En effet, les chemins des deux provinces à cette époque-là étaient très semblables.

Dans une tournure intéressante, sur beaucoup de fronts historiques et politiques, l’Alberta et le Québec (et la Saskatchewan) sont quasiment des cousins de premier degré – peut-être même la parenté la plus proche qui existe pour le Québec (car même le gouffre qui existe entre le Québec et la France sur le plan de l’histoire récente, de la culture, et de ses systèmes est encore plus grande que celui qui existe entre le Québec et l’Alberta… Et moi, je connais assez bien la France – je suis propriétaire de ma propre société et une grande partie de mes chiffres d’affaires proviennent de la France).

Le fait que nous (le Québec et l’Alberta) sommes culturellement tous les deux les nord-américains, le fait que nous avons poursuivi des chemins de développement et de gouvernance semblables au cours des 50 derniers années (plus de partage qu’avec toute autre juridiction au monde), sans même mentionner le fait que nous partageons les autres institutions et systèmes qui relèvent du même pays – le tout, cela galvanise ce fait de parenté incontournable entre le Québec et l’Alberta.

Mais le système d’éducation au Québec, et la société au sens large continuent de regarder l’Alberta à travers l’optique de 1960 plutôt que 2015.  Ces points de vue de la part de la société québécoise sont 55 ans en retard face à cette question.

Peut-être serait-il dû au fait que la révolution tranquille aurait eu l’effet de faire en sorte que le Québec est devenu trop introspectif et autocentré?  Peut-être aux dépens d’une connaissance de ce qui se passe ailleurs au Canada?   Peut-être serait-il dû au fait que le mouvement nationaliste (qui parfois joue le rôle d’une force aveuglante – Qu’elle soit volontaire ou involontaire puis-je ajouter) aurait fait que ceux qui tirent les ficelles n’aurait pas voulu mettre l’accent sur les parallèles qui existent entre l’Alberta et le Québec?   Peu importe, il va sans dire que la perception de l’Alberta de la part de beaucoup de Québécois sur la question de la religion ne reflète pas la réalité sur le terrain.

En tout dernier lieu sur cette question, j’ajouterai ceci : En raison de la déconfessionnalisation massive et structurelle de la province de l’Alberta, il est plutôt rare de rencontrer des gens qui vont toujours à l’église en Alberta.  Certes, dans une foule il y en aurait toujours quelques unes, mais ces personnes-là sont loin d’être la majorité, comme dans toute province – y compris au Québec.

Beaucoup d’églises albertaines d’autrefois sont en déclin et ferment leurs portes, par manque d’argent.  Cela nous laisse avec une population plus au moins de centre-droite et laïque (plus souvent juste à droit du centre, mais pas loin du centre sur l’échelle “sociale – car la grande partie de la population vie dans les deux grandes régions métropolitaines de la province, et elles ne sont pas plus à droit que la région de Québec ou Saguenay).   À titre de comparaison, côté culturel, dans leur manière de penser, et dans leur manière de vivre de et leurs intérêts personnels, la population de l’Alberta se ressemble beaucoup à celle de la région de Québec.  (Il faut toujours se rappeler que le Québec est la somme de ses parties.  Montréal n’est qu’un ingrédient dans ce qui fait le Québec, mais comme ville, elle certes n’est pas le Québec en soi).

Alors à ceux qui me disent parfois qu’ils n’aiment pas l’Alberta (un sentiment qui, d’après mon expérience, se voit plus souvent dans la région de Montréal), je leur réponds qu’ils doivent sans doute détester la ville de Québec, non?   Souvent, pour ne pas dire toujours, cette réponse n’a qu’à les laisser sans voix (rarement il m’arrive que je ne puisse me retenir, mais parfois je me permets une réponse).

Je me sens parfaitement à l’aise dans ma défense l’Alberta auprès de ceux qui l’attaquent d’un angle préjugé.  Bien sûr, comme toute société et juridiction, l’Alberta a elle aussi ses propres problèmes (j’en parlerai un peu lors de mes prochains billets).  Ce n’est pas ses problèmes que je défends.  C’est plutôt une réponse que je donne aux préjugés ignorants des autres.

Et ce qui est bon, c’est le fait que je me sens confortable dans ma défense de l’Alberta.  Il ne faut pas oublier que lorsque je réplique aux préjugés sur sol québécois même, je le fais du point de vue de quelqu’un qui se considère être culturellement à l’intérieur (sur pied d’égalité avec mes compatriotes québécois), et non pas d’une personne de l’extérieur.  J’ai le sentiment que cela en soi me donne le droit de parole.  C’est une discussion en famille, malgré tout.

En dernière remarque, ça vaut vraiment la peine de voyager un peu partout au pays afin de mieux se connaître.  C’est une perte regrettable de ne pas faire autrement.  J’encourage autant de monde que possible de faire le voyage d’un océan à l’autre au moins une fois dans leur vie.  Voir c’est savoir.

J’aborderai d’autres préjugés à l’égard de l’Alberta au cours des deux prochains billets.  Personnellement, je trouve ces questions très intéressantes (et pas offensives du tout — au contraire, c’est une bonne discussion).  J’espère qu’elles le sont également pour vous.


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Introduction – 1 sur 6 (#249)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Au cours des billets de mon blogue, de temps en temps je vous ai offert des exemples de certaines circonstances et de certains préjugés qui propagent la notion des Deux solitudes — tant du côté Anglophone que du côté Francophone.

Parfois, ces exemples sont très évidents.  Parfois ils sont plus subtils.

La plupart des exemples que je vous ai déjà offerts au cours des billets antérieurs étaient rédigés en anglais, car je les présentais à une audience anglophone (je le crois important que le monde prend conscience des  exemples de leurs propres préjugés ou méconnaissances qui contribuent à garder vivante la notion des Deux solitudes).

Mais cette fois, je vais vous écrire en français, et je vise les francophones du Québec dans cette série de six billets.  Je vais vous présenter des exemples de certaines méconnaissances que je vois de la part des francophones du Québec, et ce en employant un ton bien plus personnel.

Je vais vous parler des préjugés assez “structurels” que je vois à l’égard de l’Alberta, et à l’égard des gens qui viennent de cette province, tout comme moi.   À mon avis, je me trouve dans une position privilégiée pour vous adresser ce sujet d’un ton franc et honnête.  Je connais le Québec aussi bien que l’Alberta – et les québécois entendent trop peu les points de vue des gens comme moi.

Alors, avant de continuer, je dirai dès le départ que je reconnais très bien le fait que ce n’est pas tout le monde au Québec qui nourrit les préjugés dont je vais vous parler.  Et à cet effet , je ne suis même pas sûr qu’il s’agisse d’une majorité de gens.  À mon avis, c’est souvent les médias au Québec (Radio-Canada, TVA  , la presse écrite, les chroniquers) qui renforcent les préjugés contre l’Alberta.  Et malheureusement cela a pour effet d’influencer les perceptions des masses.

Qu’il s’agisse d’une majorité ou d’une minorité, ces préjugés sont pourtant bien réels.  Face aux préjugés, j’admet que je ne peux m’empêcher de se sentir lésé, tant soit peu, par certaines méconnaissances flagrantes de la part de certaines personnes (parfois même de la part de certaines personnalités bien connues qui supposément prétendent parler publiquement d’une haute autorité morale).

Je trouve ça toujours un peu “déséquilibrant” quand il y a des gens au Québec qui (en croyant à tort que je suis moi-même Québécois) dénigre l’Alberta lorsqu’ils partage leur “pensées” avec moi.  Un exemple parfait : Au mois de janvier j’étais dans la région de Montréal.  Je taillais une bavette avec un serveur, et pour une raison ou une autre on abordait le sujet de ce que nous venions tout juste de faire durant nos vacances de Noël.  À mon tour, j’ai mentionné que je les ai passé en Alberta à Edmonton, à Calgary et dans les montagnes rocheuses.  Sa réaction : “Comme Québécois, une chance qu’ils ne t’ont pas lynché!”.

Comment devrais-je répondre à un tel commentaire?  Sans qu’il le sache, il parlait de “moi”, de mes amis, et de ma famille et de tous mes pairs, non?   Mais, bon, je suis un grand garçon, et je crois être assez mature pour savoir qu’une seule remarque n’est pas nécessairement représentative d’une société entière.  J’avoue que lorsque j’entends de telles remarques à répétition au cours de plusieurs années, on pourrait commencer à se poser des questions.  Cependant, j’essaie garder le tout en perspective.

(D’ailleurs, devrais-je mentionner, étant quelqu’un qui parlait français en publiqueen Alberta — avec des amis pendant une bonne partie de ma vie, je n’ai jamais rencontré un seul cas de French-bashing en Alberta… pas une seule fois – jamais.

Au contraire, plus souvent qu’autrement, les Anglos en Alberta y voyaient l’occasion en or pour pratiquer leur français, et souvent ils tentaient d’engager une conversation en français — avec un grand sourir, et à bras et à cœur ouverts.

Alors, on doute finalement qu’il y ait une raison de croire qu’il existe une tendance de société de faire de l’Alberta-bashing … un sujet que j’avais déjà abordé dans un autre billet qui s’appelle No way, Le Figaro!).

Les prochains trois billets vont porter sur trois préjugés dont moi-même je ressens d’une base assez régulière au Québec – tant du côté des médias québécois que sur le terrain même.

Je suis bien conscient du fait que cela ne veut pas dire que ceux qui propagent ces préjugés sont du mauvais monde (si vous êtes fidèle à ce blogue, vous sauriez sans doute que je suis de l’avis que le Québec est une des sociétés les plus ouvertes et les plus empathiques au monde – point.  Les Francophones du Québec et du Canada sont foule cool, et ça va de même pour les Anglophones du pays aussi).

Mais quant aux sujets des préjugés que portent des gens, les êtres humains ne savent seulement ce qu’ils savent.  Et à l’égard de ceux qui portent des préjugés, ces personnes ne sont que la somme de leurs propres connaissances et expériences personnelles (j’en suis tout à fait conscient de ce fait – la raison pour laquelle je me réserve un certain modération envers ces discussions).  Souvent les ignorances ne sont qu’une question de naïveté innocente.   Les sources d’information desquelles le monde tire ses conclusions ne sont aussi bonnes que l’info que leur offre leurs professeurs, leurs pairs, ou leurs médias.

Les cinq prochains billets vont aborder les préjugés et les méconnaissances qui portent sur :

  1. La croyance que l’Alberta est une province plus “religieuse” que les autres provinces (au point où beaucoup de monde la croit même être “hyer-religieuse”. Mais comme vous allez voir, les statistiques vont vous réserver des surprises),
  2. Les attitudes et les comportements des Albertains et le gouvernement provincial face à l’industrie du pétrole, et
  3. Les “tendances” et les “affirmations” politiques des Albertains, ainsi que la manière dont beaucoup de Québécois préjugent les Albertains en raison de ce qu’ils croient être ces “tendances” et “affirmations”.

Alors, avec cette petite introduction aux cinq prochains billets, j’ai hâte de vous revoir lors de cette exercice de décorticage des préjugés.

Et sachez que j’en suis reconnaissant du fait que vous soyez là, et que vous portez intérêt à ce sujet.  C’est important.   Après avoir écrit près de 250 billets, je crois bien que je pourrais mener ce genre de dialogue franc avec vous.  Malgré tout, cette discussion s’édifiait lentement, jusqu’à ce point bloc par bloc, au cours de chaque billet.

Que l’on continue.


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

A building public debate concerning foreign investment in Canadian real-estate (#233)

The last three of posts and this post relate to how Canada and Québec consistently exchange issues which mutually influence their collective psyches and give rise to a symbiotic relationship.

This post will provide the last of three such examples.  This one is a bit different from the last post.  I’ll write about a “sensitive” and “controversial” issue being discussed more and more in English Canada, but which has not yet fully made it into the arena of public debate (both politically or across the country).  However, there are increasing signs which point to it soon becoming a full-blown public matter of debate.

If it does continue to build more steam in English Canada, it very much has the potential to make the leap into Québec’s arena of public debate.

The matter relates to foreign investment in Canadian real-estate, and how it may be affecting (and misaligning) the affordability of housing for “average” Canadians.

It is a debate which primarily involves Toronto and Vancouver, but which is not exclusive to these two cities.

Anecdotally speaking, from my own observations, there appears to be a growing belief among residents of Vancouver and Toronto that massive foreign investment may be flowing into the real-estate markets of these two markets, primarily from China, but also from other countries.  I consistently hear people say they believe this to be a major factor as to why the average home price in Toronto is now over $1,000,000, and over $1,500,000 in Vancouver (now rated as the second most expensive real-estate market in the world after Hong Kong).

The argument goes that foreign investors (who do not have immigration status in Canada) “park” their money in Canadian real-estate for investment purposes, and then rent the properties out at very high rents – all the while shutting out hundreds of thousands of local residents from their own real-estate market.

Up front, I want to make myself perfectly clear that I do not know if such allegations are accurate or not.  I have yet to see any major studies on the issue.

I also want to be very categorical in stating that even if this were to be a factor in rising real-estate prices, it would likely be only one of several reasons.

I have searched high and low, but I cannot find any in-depth studies regarding this matter.   However there are numerous “incidental” studies out there which perhaps lend credence to the above public beliefs.  For example, there are studies which show that power consumption rates during peak hours indicate that up to 40% of many “high sales” neighbourhoods demonstrate properties to be vacant, or that driver’s license holders tied to many single-family home neighbourhoods have low Canadian permanent residence or citizenship rates.

This clearly indicates the need for urgent and comprehensive studies to be conducted to determine if such anecdotal or observation-based evidence is indeed correct or not.

Australia conducted studies and found their cities did have a serious enough problem with foreign investment (primarily from mainland China) in their housing markets to warrant Australia imposing residency requirements in order to purchase Australian real-estate in order to correct disproportionately priced real-estate markets.

There may be reasons in Canada why we are not seeing such studies conducted.  City governments may fear the results may indeed show a problem exists.  They may then fear losing property tax revenue if housing restrictions are imposed.  In this sense, this debate may become highly political.

Some of my own anecdotal observations which lead me to advocate for objective studies to be conducted:

Here are some reasons, from my own anecdotal observations, as to why I believe there should be objective and independent studies into this issue.

As you may be aware, I lived in mainland China for over a decade.  The Chinese currency is not a freely traded currency on world markets.  Mainland China’s population does not have access to the diversity of investment opportunities as us in Canada.   They don’t have a free and developed mutual, bonds, RRSP, REP, securities or derivatives market.  Where such opportunities do exist, they come with excessive risk, little return, or they may be highly restricted.   Therefore, for most of China’s 1.3 billion people, the only options for investment are (1) housing, (2) domestic stocks, and (3) gold.   Yet housing purchases in China are restricted to one property per person, Chinese stocks have not performed for years, and gold yields little return.

For many (perhaps most) mainland Chinese, the only “safe” and “secure” investment is overseas real-estate.  Canada, the US, and Australia are the preferred markets.  When I resided in China, I met many Chinese (often middle-class Chinese, earning a middle-class income between CAD $50,000 – $80,000) who owned property in Canada or who had friends/relatives who owned property in Canada.  Yet they did not reside in Canada.

Statistically, China has five to six times Canada’s population which has just as large a personal net worth as five to six times Canada’s population.  If only one tenth (the equivalent of half of Canada’s population) were to “park” their money in Canada’s “safe-haven” real-estate, the repercussions to Canada could be enormous.  If the Canadian market were to turn sour, and the money was pulled back to China in a knee-jerk reaction, the repercussions to Canada’s real-estate market (and thus its economy) could be devastating.   This is yet another urgent reason for serious, independent studies.

Another anecdotal story pertains to farmland.   A few weeks ago I was in Saskatchewan.  While waiting for my luggage at Regina’s airport, I noticed the following sign above the luggage carrousel.

rg.apt.1

The company is a company which facilitates Saskatchewan farm purchases (it is written in simplified Chinese, and thus quite possibly targets Chinese with a mainland education).   Such a company must operate within Canadian laws, so in no way am I insinuating it is doing anything illegal.

Incidentally, while waiting for my luggage, there was a group of approximately 15 Chinese nationals also waiting for their luggage.   I speak fluent Chinese.  Out of curiosity, I asked one of the gentleman what brought them from China to Saskatchewan.  When mainland Chinese find out I speak Mandarin, they generally open up much more to me than what they would to other people.   He responded that they all came from China to purchase farmland.

I told him I was a bit “confused” because I was under the belief that Saskatchewan had a Canadian citizenship requirement for those who purchase farmland.  The man told me that there are always ways around this.  A second man in the same delegation overheard our conversation and he said he sent his daughter to the University of Regina, instead of a US university, specifically to be able to get around these rules (perhaps she forged Canadian connections through which to fraudulently funnel such investments?).

My uncle and cousin own large tracts of farmland in Southern Saskatchewan.  I mentioned to my family what I was told at Regina’s airport, and I also mentioned the sign I saw at the airport.   I was told that within the previous four months, my uncle had three mainland Chinese delegations knock on his door, unsolicited, asking to purchase his farmland.

Throughout the same week I spent in Southern Saskatchewan, I also heard numerous times that many people are becoming quite frustrated with the situation because foreign farmland investment has pushed Prairie farmland to unaffordable limits for most local residents.  Because land is so expensive, and because it would take new farmers so long to pay off their land purchase, banks will no longer grant loans to start-up farmers for fear that it would take too long for famers to see profitable return on their land purchases.

Several times I was told by different individuals in Saskatchewan that the best new farmers could hope for would be to become tenants on Chinese-owned farmland in the Prairies.

I do not know if these anecdotal stories are founded or not.  Regardless, I can find no studies to either prove or debunk the possibility.  That in itself is of great concern.

An example of how public perception appears to be turning into public anger:

On 27 March, 2014, CBC news reported that a Vancouver bungalow sold for $567,000 above the asking price of $1.6 million, for a final sale price of $2.2 million.

You can read the CBC article BY CLICKING HERE

This quickly resulted in 830 comments (which is an unusually high comment count for any CBC article).  Most comments appear to be from Vancouver residents, and the vast majority are scathing remarks towards Chinese investment.  I have rarely ever seen such public anger expressed in the comments section of any CBC article.

There appears to be serious public resentment lying just below the surface.  It leaves me wondering if there will soon be a breaking point (and thus a turning point) with respect to how people channel their frustration, and the direction this debate will take in Canada.

I will say this:  It will NOT be good if public frustration begins to be vented on our local Chinese Canadians (local Chinese Canadians are not the “foreign” investors who park cash in Canada without residing in Canada).  This is yet another reason why very urgent studies are required to paint an accurate portrait of the situation.

Because I do speak Chinese, I have had numerous discussions with local Chinese Canadians in Toronto.   The people I have spoken with are also becoming very frustrated with what they also perceive to be unsustainable levels of mostly “foreign” Chinese investment in the Canadian real-estate market.  Chinese Canadians I have spoken with also believe such investment is tipping Canadian housing to unaffordable levels.

Of equal concern, they are concerned that Canada’s general public will confuse Chinese Canadians and Chinese “foreign” investors.   Some feel that the general public is already beginning to take frustrations out on Chinese Canadians (who are not the cause of this issue).   This is very serious, and it should be of great concern to all politicians.

We must avoid a “witch-hunt” and “run-away” anecdotal public conclusions at all costs.

Yet, you may say I am talking from both sides of the mouth.  You may say to yourself that I am contributing to such anecdotal conclusions by what I have just written.

Understand that my point in writing this post is not to say this is “definately what is happening”.  Rather it is in part to demonstrate that if I, as a member of te public, believe there may be possible problematic issues, even in the absence of proof, then many others also may be thinking in then same vein.

The difference is that I am more than willing to accept that my own percsptions may indeed be wrong in the absence of objective studies.

The problem lies in the fact that other people may not accept the possibility that their own conclusions may be wrong.  Their own frustrations may turn into a public witch-hunt, and innocent Chinese Canadians or permanent residents may bear thee brunt of frustrated public sentiment.

That’s the danger, and that’s why we need stufies to figure out precisely what is (or what is not) happening in our real-estate maket (be it government sponsored or government endorsed independent studies).

Do you see the difference?

How this debate may eventually find its way into Québec’s arena of public debate:

This debate has not yet become a major political debate in English Canada, but I believe it is moving in that direction.   However, Québec’s population does not yet seem to be aware of this debate in English Canada.

With this being said, I still believe this “English Canada debate” does have the potential to jump from English Canada to Québec.

In January, I was in Montréal accompanying a friend as she was condo shopping.  We looked at five separate condo complexes.  In two of the complexes there were delegations of mainland Chinese investors looking at condos at the same time as us.   They all averaged 3 to 4 couples (6 to 8 individuals).  Again, I spoke to them in Chinese.  I asked what happen to “bring them to Canada”.  All lived in China, and all made the trip to Montréal on a condo-investing mission.   They told me Canadian real-estate investments are more lucrative and safer than Chinese domestic investments – particularly for retirement capital.

After my friend and I finished looking at condos, I asked the condo sales representatives if “mainland Chinese sales” constitute a common type of sale for them.   They responded about 40% of their sales inquiries are from Chinese buyers, and about half of those are for to purchase a condo for their children temporarily study in Montréal (with the intention to renting out the condo after their children graduate).  Yet, the remaining half are simply for an investment property which may, or may not be rented out.   (Note: they did not tell me what percent of their “sales” were to foreign Chinese nationals, but their responses regarding “inquiries” are quite telling).

This appears to demonstrate that real-estate investment concerns which exist in English Canada may also exist in Québec.   The major difference is that Québec’s population has not yet began to debate the issue, whereas we’re starting to see potential signs of a very heated (and intolerant) debate in English Canada.

If the debate in English Canada becomes emotionally adversarial, I would not be surprised if it triggers a similar debate in Québec.

In the meantime, I just hope that people don’t confuse the issues and incorrectly take their frustrations out on Chinese Canadians who are struggling with high home prices just as much as other Canadians.

I strongly urge our politicians in Toronto, Vancouver, and Montréal to conduct impartial, in depth studies into this matter as quickly as possible, so as to either prove or disprove what many Canadians perceive to be a major problem.

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This concludes the four-part mini-blog series on how public policy and public debate can cross back and forth between English Canada and Québec.  I hope I provided some concrete examples which show how both side’s issues can mutually affect how all sides view the world, how they evolve and how they develop together… to the extent that both sides often think more along the same lines than not.