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Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Le monde de la politique provinciale actuelle et l’industrie pétrolière – 6 sur 6 (#254)

(Au moment de l’écriture de ce billet, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard 😉 ). 

Ce billet vous donnera un aperçu de la situation politique actuelle en Alberta, et les enjeux et les attitudes qui ont trait à l’industrie pétrolière.

Il s’agit du dernier billet dans une série de six que je rédige en français, cette fois pour une audience francophone, et ce, principalement à destination aux lecteurs québécois.

Cette série parle de plusieurs sujets qui font que l’Alberta se fait souvent pointé le doigt dans de nombreux milieux au Québec, et ce, sur plusieurs fronts (sur le préjugé de la question de la “réligiosité” de la province, les présomptions à l’égard de ses positions politiques tant au niveau fédéral que provincial, le point de vue albertain face aux questions environnementales, et les pensées et actions des Albertains envers certains sujets sociaux).

C’est mon espoir que cette série de six billets pourrait vous donner un autre aperçu de ce qui est l’Alberta, et qu’il sert à démystifier plusieurs préjugés qu’un bon nombre de québécois porte à l’égard de l’Alberta.

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La première partie ci-dessous (sur Jim Prentice et les enjeux actuels) et une continuation du dernier billet.

L’Arrivée en scène de Jim Prentice – et les enjeux actuels

Le parti Progressiste-Conservateur de l’Alberta (PCA) a fait venir Jim Prentice, un ancien ministre Conservateur fédéral sous Stephen Harper. Il était un Conservateur fédéral modéré, et bien plus aligné avec l’aile progressiste des Progressistes-Conservateurs provinciaux, tout comme Allison Redford.

Comme Allison Redford, Jim Prentice était bilingue – En fait, il est parfaitement bilingue.  Il comprend très bien les enjeux linguistiques du Canada, du Québec, et des francophones hors Québec, y compris les Franco-Albertains.

Durant les quelques mois qui suivaient son entrée en fonction le 6 septembre, 2014, tout allait bien pour lui, malgré la chute des prix du pétrole (qui ont chuté en même temps que son arrivée en scène).

La chute inattendue des prix a mis une pression énorme sur les finances du gouvernement provinciale.  Il n’est pas exagéré de dire que la chute des prix avait créé un certain chaos pour le Trésor de l’Alberta.   Mais Prentice a pu garder un discours lucide comme l’homme de l’action face à ces nouveaux défis.

L’Alberta se rappelait toujours de l’ère des mesures financières drastiques de l’époque Klein aux années 1990s.  Et une grande partie de la province étaient quand-même prête à revivre cette époque – malgré tout Ralph Klein a pu redresser les finances.  Il a littéralement sauvé la province de la faillite face aux défis extrêmes.   J’ai le sentiment que l’Alberta, 20 ans plus tard, dans son ensemble, est toujours reconnaissante envers les actions de Klein (la population semble toujours assez déçue, voire amere, que tous ses efforts du conservatisme fiscal, et les efforts de Klein dans les années 1990, ont été jeté à la poubelle durant les ères Stelmach et Redford.  C’est vu comme un gaspiallage et une perte qui auraient pu être évitée).

Et j’ai l’impression que ce conservatisme fiscal, que l’on n’attendait pas moins de Jim Prentice — qu’il monterait à la hauteur des circonstances, tout comme Ralph Klein.  Du moins, c’était ça l’attente de l’électorat lors de son entrée en scène.

Prentice avait la confiance de l’électorat, au point même que la chef de l’opposition officiel du Wildrose, Danielle Smith, a fait défection surprise aux PCA en Décembre 2014 !! (Imaginez si François Legault du CAQ faisait défection aux Libéraux !  La réaction était la même en Alberta au sujet de la défection de Danielle Smith.)

En avril 2015, Prentice a introduit un budget provincial avec son plan d’action.  Mais aussitôt après, il a déclenché des élections anticipées pour le 5 mai, 2015 (la date de rédaction de ce billet est du 30 avril 2015).

Mais à sa grande surprise, avec l’introduction du budget qui n’a pas du tout plu à la population albertaine, « l’homme de l’action » (comme il était vu dans les yeux des Albertains) est soudainement devenu « l’homme de la médiocrité ».

Je vous explique…

Le jour de son budget, Prentice a immédiatement perdu une grande partie du soutient de la part de l’électorat.  En une soirée, il est donc passé de l’homme de l’action à l’homme à celui qui a perdu tout contact avec le citoyen.   Les sondages aux cours des prochains jours démontraient que la population Albertaine s’était divisée en trois camps (les PCA, les Néo-Démocrates, et le Wildrose).

Pour la première fois depuis l’ère de Getty au tout début des années 1990, il y avait des indices que les PCA pourraient perdre le pouvoir.

Je crois que Prentice a fait trois erreurs :

  • Puisqu’il a déclenché des élections anticipées (plutôt que d’attendre la date légalement prescrite à la fin 2016), on le percevait comme quelqu’un prêt à capitaliser sur son propre budget plutôt que de mettre l’accent sur le bien-être de la province. C’était justement ce genre d’action que l’électorat avait rejeté lorsqu’il a forcé le parti de mettre Allison Redford à la porte.
  • Son budget comptait un déficit considérable – 5,3 $ milliards de dollars (l’équivalent de 11 $ milliards au Québec si on fait ajustement pour rendre compte de la population). Il avait quand-même un plan pour réduire le déficit lentement à zéro au cours de quatre à cinq prochains années.  Mais une grande partie de la population s’attendait qu’il y ait plus d’action, plus vite.  On voyait là-dedans un budget libéral “mou” de l’Ontario plutôt qu’un budget d’action, un qui devrait être “typiquement” albertain.  Alors, on se questionnait pourquoi ne pas voter pour les Libéraux ? Ou même un autre parti ? (Car le NPD albertain affichait plus de substance qui allait de pair avec un terrain dit traditionnellement “libéral” — et sa chef était perçue comme étant bien plus “charismatique” et “branché” au citoyen lambda que le chef des Libéraux provinciaux).  La partie de la population conservatrice (sur le l’échelle fiscale), qui supportait quand-même les Progressistes-Conservateurs, n’était pas du tout contente, et commençait montrer des signes qu’elle était prête pour le “grand sault” (à deviner ce que cela veut dire… C’est à dire un “virage” non-testé et sans précédent??).
  • Il y avait quand-même une autre partie de la population qui est devenue fatiguée du parti PCA. Ils le voyaient usé et révolu.   Il ne faut pas oublier que la population de l’Alberta a bondi de 63% depuis 1996, et la part du lion de cette croissance est venue des autres provinces.  Ces nouveaux arrivants étaient habitués à la notion de se voir donner un autre gouvernement, et beaucoup d’entre eux ont déjà vécu sous d’autres partis provinciaux dans l’Atlantique, au Québec et en Ontario (tels le NPD ou les Libéraux).   Soient ils n’avaient pas peur de voter pour un autre parti, soient ils n’étaient pas habitués à la notion “albertaine” de se patienter pour laisser le temps aux PCA pour se réinventer et pour se radapter aux nouvelles réalités.

Alors, en ce jour du 30 avril, 2015, les sondages indiquent deux tendances différentes pour l’élection du 5 mai 2015 :

  1. Soit une course à trois : 30% PCA, 30% NPD, 30% Wildrose (car le Wildrose s’est assoupli sur les questions sociales, pour s’aligner bien plus avec les PCA).
  2. Soit le NPD mène dans les intentions de vote avec 42%

Personne ne sait ce qui va arriver.

Pas mal de chroniqueurs soupçonnent que la part du lion de l’électorat aura la frousse lors du moment du scrutin, et qu’ils n’opteront pas pour changement – mais moi, je ne suis pas certain.

Personnellement, je suis apte à penser que beaucoup de monde va voter NPD pour envoyer un message très fort et très clair, mais sans penser qu’ils vont mener.  Probablement ces mêmes personnes le feront en pensant que leurs voisins vont continuer à voter PCA.  Le hic... Que passera-t-il si tout le monde est mécontent et ils font tous la même chose (toujours croyant que leur voisin va voter pour l’ancienne garde)?  Mes amis, c’est ça ce qu’on appelle un “virage surprise”!

Mais, ces mêmes chroniqueurs misent sur le fait qu’une bonne partie de la population est prête à donner encore une autre chance aux PCA, sous condition qu’ils continuent de se réinventer et de s’adapter aux attentes de la population.

D’autres experts croient qu’après 45 ans, l’heure de la fin a désormais sonné pour les Progressistes-Conservateurs à la barre en Alberta.

Et moi, je n’ai aucune idée ce qui va arriver avec certitude.  Je ne suis plus en Alberta, alors je n’y ai pas le droit de vote.  Pourtant, je parle assez souvent à des amis.  Franchement parlant, ils ne savent pas pour qui voter.   Ils tiennent l’espoir qu’un vote pour le PCA les inciterait à changer (comme dans le passé).  Mais ils hésitent de donner leur vote au PCA vu les troubles depuis 2008 (ceux qui est intéressant, parmi ces mêmes amis Albertains, certains ont voté Conservateur, d’autres Libéraux, et un NPD lors des élections fédérales… alors il démontre jusqu’à quel point personne ne sait quoi faire en Alberta — et les sondages virent dans tous les sens).

De mon côté, je vais passer la soirée de l’élection devant le petit écran comme 4.4 million de mes compatriotes en Alberta.   Tout comme le reste de l’Alberta, j’ai hâte de voir ce qui va se passer.   Le suspense est à son comble.

La question à 1,000,000,000,000 $ — le pétrole et l’environnement

Il existe encore un autre enjeu dans cette élection que je n’ai pas mentionné – celui de l’industrie pétrolière et de l’environnement.  Ceci, c’est un point de discussion que les médias québécois adorent aborder lorsqu’ils parlent de Alberta ou des Conservateurs à Ottawa (ou même du fédéralisme).

L’Alberta et les Albertains voient les choses d’un œil un peu différent du Québec (et même d’un œil un peu différent d’Ottawa).   Ils sont dans le feu de l’action, pour ainsi dire, et leur perspective vaut d’être entendue.  C’est d’autant plus important car les médias Québécois, et mêmes des politiciens (tels les Bernard Drainville et Mario Beaulieu), des activistes (tels les Gabriel Nadeau-Dubois), et beaucoup d’artistes (tel les Dany Turcotte du monde) font le point de faire la morale à l’Alberta sans même être au courant de la discussion et des initiatives environnementales à l’intérieur de l’Alberta même.

Personne en Alberta ne niera que les sables bitumineux sont des sources de pollution qui produisent des émissions à gaz de serre, parmi d’autres polluants, à un niveau bien au-dessus des niveaux socialement acceptables.   Le Québec et l’Alberta (et leurs populations respectives) peuvent s’entendre là-dessus, tous les deux.  Ils peuvent également s’entendre sur le fait qu’il faut réduire les émissions aux normes internationales, sinon encore plus bas.

Les médias en Alberta en parlent.  Le problème relève du fait que les Québécois n’entendent jamais ces discussions entre Albertains eux-mêmes.

Si vous êtes au Québec, et si vous êtes en train de lire ce billet, pourriez-vous me dire les noms des deux émissions radiophoniques les plus populaires à Edmonton et à Calgary qui discutent de ses sujets presque sur une base quotidienne ?  Et les émissions de télévision à Edmonton ou à Calgary qui discutent souvent les sables bitumineux et ses problématiques ?  Savez-vous les noms de ces émissions et de leurs animateurs ?  Et que dire des chroniqueurs albertains et leurs points du vue dans les journaux tels l’Edmonton Journal ou le Calgary Herald ?

Si vos réponses à toutes ces questions est « non », cela veut dire que vous aussi, vous faites partie intégrante du phénomène des deux solitudes.  Les points de vue des Albertains méritent d’être entendus avant d’être jugés (ce qui n’est souvent pas le cas dans les médias québécois).

Lorsque le Québec débat les questions environnementales au sujet des sables bitumineux, les débats tirent des flêches assez souvent, pour ne pas dire toujours, vers d’Ottawa et les Conservateurs fédéraux.   Pourtant, les grandes questions environnementales dans ce dossier relèvent au gouvernement de l’Alberta, et non pas d’Ottawa.   Tout comme le Québec, l’Alberta a son propre ministère de l’environnement, l’équivalence du fameux BAPE, ses propres lois, règlements, politiques, initiatives, et sa propre division d’exécution de la loi en matières d’environnement.  Et généralement, les standards albertains vont plus au moins de pair avec (ou sont plus stricts que) les standards québécois (l’avantage d’être dans une fédération est que les provinces se parlent régulièrement entre elles au niveau des fonctionnaires, pour s’assurer que leur standards demeurent plus au moins égaux — que ce soit au niveau de l’environnement, de la santé, de l’agriculture, et d’autres secteurs).

Alors, à la base, c’est ça le fédéralisme.  Les questions environnementales, sur toute une panoplie de sujets, relèvent au niveau des provinces.

Lorsque les Albertains parlent des enjeux environnementaux des sables bitumineux, leurs pensées tournent premièrement vers Edmonton, et non pas vers Ottawa (tout comme les pensées des québécois tournent vers Québec – et non pas vers Ottawa quant aux sujets environnementaux reliées à l’extraction des ressources, le Plan nord, l’industrie hydroélectrique, l’industrie éolienne en Gaspésie, etc.)

Mais ce que je trouve déplorable, c’est le fait que les médias québécois, y compris tout un tas d’activistes dites « éduqués », varlopent sans cesse l’Alberta sans jamais prononcer un seul mot sur les initiatives environnementales entamées par le gouvernement de l’Alberta lui-même.  Ce sont des initiatives exigées par le peuple de l’Alberta (car les sables bitumineux sont dans leur propre arrière-cours malgré tout, et non pas dans celui des québécois).

Ces médias et certaines personnalités préfèrent marquer des buts en faisant de l’Ottawa-bashing – tandis que les seuls rôles majeurs que jouent Ottawa là-dedans sont sur le front des ententes internationales et les matières transfrontalières (tel le consentement aux oléoducs).    Mais les affaires importantes sur beaucoup de questions environnementales relèvent plutôt à Edmonton, et non pas à Ottawa.

Et que fait Edmonton?  …   Hmmmm… Pas sur ?? …  Pas de réponse???  … …  Vous voyez, c’est le silence total dans les médias québécois.  Ils n’informent pas les québécois sur les réalités de ce qui se passe à Edmonton.   Ceci a pour effet que les Québécois sont dépourvus de l’occasion de former leurs idées basées sur les faits.   Bienvenue à une partie du casse-tête des deux solitudes, mais cette fois une partie à laquelle le Québec contribue.

Sur cette question du silence médiatique québécois, je ne sais toujours pas s’il s’agit d’une naïveté triste, mais pourtant innocente (car souvent c’est le cas), ou s’il fait partie d’une volonté expresse de faire de l’Ottawa-Bashing et de la diabolisation à l’égard de l’Alberta afin de marquer des buts sur la question nationaliste (de la part du PQ et BQ bien sûr, mais aussi de la part de certains camps médiatiques.  À cette question, moi, je demeure toujours bafoué).    Peu importe, les Albertains sont devenus les victimes, malgré leurs propres efforts de bonne foi pour régler les questions environnementales.

Et quels sont les efforts de l’Alberta pour régler ces questions environnementales ?  Malgré tout, ce sont des efforts exigés de la part de la population albertaine.  Il me prendrait tout un livre pour expliquer tous les efforts sur le front environnemental.   Mais brièvement, je pourrais vous en parler un peu (vous laissant la tâche de faire l’essentiel des recherches additionnelles vous-mêmes).

L’Alberta a lancé les premières “fondations” d’un marché charbon au Canada, et c’est maintenant le Québec qui essaie d’emboîter le pas de l’Alberta (les médias au Québec chantent les louanges des efforts du Québec pour lancer ce marché afin de “contrer” les méchants Albertains, sans jamais prononcer un seul mot à l’égard du même marché déjà en place en Alberta et de ses succès).

Ce n’est pas exactement un marché charbon international ou d’interjuridiction dans le sens plein et entier – mais il existe des pénalités pour les compagnies qui dépassent un certain seuil d’émissions (surtout si elles n’auraient pas coopérer avecavec des compagnies moins polluantes au préalable pour échanger des crédits).

La plupart des émissions de gaz à serre provenant des sables bitumineux sont reliées à l’extraction-même du pétrole. C’est justement en raison de la nature du processsus employé lors du forage que les activistes surnomment les sables bitumineux le pétrole « salle ».   Bref, pour extraire le pétrole des sables dans lesquels il se trouve, il faut ajouter de la vapeur à haute température pour faire couler le pétrole pour qu’il se détache des sables.  Pour chauffer l’eau afin de produire de la vapeur, il faut une grande quantité d’énergie.  Alors, on s’en sert du gaz naturel pour produire de l’électricité afin de chauffer l’eau.  C’est une contradiction flagrante – celle de bruler un combustible fossile pour en produire un autre.

Croyez-vous sérieusement que les Albertains sont heureux de voir une telle méthode de production dans leur propre cour?  Bien sûr que non!  Et on en parle à haute-voix en Alberta (mais ces discussions ne sont jamais entendues au Québec).

Alors, que fait-on pour régler cette situation en Alberta?   Il existe quelques options, et on poursuit activement plusieurs chemins :

  • On est en train d’accroître l’efficacité technologique de l’extraction afin de réduire d’une façon significative l’usage du gaz naturelle dans l’extraction (il y a déjà beaucoup de progrès sur ce front).  Le gouvernement de l’Alberta investit des sommes astronomiques à cette cause (il y a plusieurs laboratoires de recherche énormes pour faire face à cette polémique).
  • On poursuit le marché du charbon. L’Alberta pénalise financièrement les compagnies de pétrole s’ils ne réduisent pas leurs empreintes polluantes.  Vu leurs marges assez minces, et surtout depuis la chute des prix du pétrole, les compagnies pétrolières se démènent pour réduire la pollution, faute de quoi le prix à payer serait trop coûteux pour eux.

Alberta et ses voisins (la Colombie-Britannique et la Saskatchewan) collaborent et cherchent ardemment des alternatives et d’autres solutions (encore, l’avantage de la fédération).

  • Du côté de la Saskatchewan, on a investi énormément dans les technologies de captage du gaz carbonique, au point où la Saskatchewan est maintenant considéré le leader mondial dans le domaine. Ils sont sur le point de lancer le tout premier programme du stockage du charbon à grande échelle au monde.  À l’heure actuelle, les sites sont en construction dans le nord-ouest de la Saskatchewan (proche aux sables bitumineux en Alberta).  Et le captage et stockage pourront réduire de manière importante la component « salle » dans l’expression « pétrole salle ».
  • Du côté de la Colombie-Britannique, les efforts et effets sont encore plus grands – des démarches qui pourraient changer la donne à jamais.  Tout comme le Québec, la Colombie-Britannique regorge d’une potentielle hydroélectrique énorme.

La Colombie-Britannique va construire le plus grand projet de barrage hydro-électrique dans l’histoire de l’Amérique du nord (plus grand que tout barrage qui existe déjà au Québec, ailleurs au Canada, ou aux É-U).  Les études environnementales sont finies et la construction du barrage a reçu le feu vert.   Il sera situé dans la région de Rivière-la-Paix dans le nord-est de la Colombie-Britannique — 500kms directement à l’ouest des sables bitumineux (une distance plus courte que celle qui sépare Montréal du projet Baie James).

Ce barrage a le potentiel de fournir assez d’électricité pour alimenter le processus du traitement des sables bitumineux pour remplacer le gaz naturel, et de rendre tout le processus moins polluant que le pétrole conventionnel (celui dont vous servez actuellement pour faire fonctionner votre voiture).

Le projet du barrage s’appelle le « Site C Clean Energy Project ».  Le projet va probablement battre plusieurs records du monde.   Le barrage principal coûtera lui-même 10 $ milliards (ce qui sera un des projets d’infrastructure les plus grandiose dans l’histoire de la planète).   C’est une nouvelle gigantesque – et je ne comprends pas du tout pourquoi on n’en parle pas dans les médias au Québec.   Le silence me laisse bouche bée.

Mais cette nouvelle est très pertinente pour le Québec, car le Québec lui aussi est un moteur économique dans le domaine hydroélectrique.   Les possibilités sont sans fin si BC-Hydro (en Colombie-Britannique) et Hydro-Québec travaillent ensemble sur ce dossier.   En raison de la distance qui les sépare, ces deux compagnies ne se feront pas concurrence l’une avec l’autre – alors c’est la chance en or pour forger des alliances afin de travailler ensemble pour faire des choses extraordinaires sur la grande scène internationale.

Mais hélas, encore, c’est l’omerta totale dans les médias du Québec.

Côté pipelines : Les Albertains exigent que tout transport du pétrole se fasse selon les normes les plus exigeantes au monde.  Ils ne veulent pas de dégâts dans leur arrière-cour.  Si jamais il y aurait un dégât environnemental, les chances seraient plus fortes qu’il aura lieu en sol albertain que tout autre place.   Le gouvernement impose alors des restrictions et des normes de plus en plus sévères aux compagnies des pipelines.  Les oléoducs sont en train d’être modernisés, et ils seront les plus modernes au monde, employant la technologie à la fine pointe.

Dernièrement, les Albertains connaissent très bien les enjeux, car ils vivent avec ces enjeux.   Ils sont conscients de l’environnement.  Mais on ne peut pas fermer le robinet sur le coup (tout comme on ne peut pas claquer les portes d’un coup sur l’industrie forestière, l’industrie de la pêche, l’industrie minière avec ses propres problématiques environnementaux tels les bassins de décantation, etc.).

Les Albertains cherchent activement des moyens pour trouver des solutions et une balance – et de les implanter le plus vite possible (comme on a déjà fait d’ailleurs au cours des dernières années).  C’est compliqué (tout comme n’importe quelle industrie reliée à l’extraction et le rendement de nos ressources).  Les Albertains, comme beaucoup de Québécois, veulent tirer profit, et veulent en même temps protéger l’environnement (ce qui fait que les albertains sont statistiquement parmi les plus retranchés au Canada dans leur désir de développer les technologies environnementales les plus avancées au monde).

Au Québec on cite souvent la Scandinavie comme l’exemple économique idéal à suivre.  Pourtant la Finlande est en train de subir la plus grande crise économique de leur histoire récente (avec un taux de chômage qui est 4% plus élevé qu’au Québec), les grandes industries suédoises quittent le navire à précipitation et fuient le pays, et les danois n’arrivent plus à se rejoindre les deux bouts.  Seule l’économie Norvégienne se comporte bien (du moins, aux standards auxquels on s’attend au Canada).

Le Norvège au moins a su gérer ses retombés pétrolières, du moins mieux que l’Alberta ou le Canada (dont le Québec a mot à dire comme un des “gestionnaires” institutionnels du pays – malgré tout, les ressources en Alberta, et le redevances qui en découlent appartiennent au Québécois eux aussi).

De plus, les Norvégiens n’ont jamais eu d’accident pétrolier grave – et ce malgré les forages norvégiens à grande échelle dans un environnement bien plus sensible et dangereux que les lieux de forage en Alberta (Avez-vous jamais vu les fjords fabuleux du Norvège?  Ils sont spectaculaires, et dix fois plus sensibles que le bassin de notre cher St-Laurent).    Les fjords norvégiens regorgent de baleines et d’une flore et faune magnifique ! – Et le tout se trouve à deux pas des plateformes pétrolières norvégiennes.   C’est peut-être là l’exemple qu’il faut suivre, celui de la Norvège – avec l’emphase absolue axée sur une amélioration persistante et accrue des technologies qui résolvent les problématiques de pollution de l’industrie pétrolière (du moins jusqu’à ce que nos voitures ne deviennent électriques ou roulent à l’eau, que les plastiques ne soient plus nécessaires, et que la fission nucléaire à base de sel et sans hasard radioactif ne deviennent la réalité du jour).

Si le Norvège peut y arriver avec finesse (un pays avec seulement 1/6 de la population du Canada et une économie bien moins diversifiée et polyvalente que la nôtre), bien sûr le Canada en serait capable lui aussi.   Mais pour ce faire, il faut le soutien du pays entier.

L’Alberta fait des efforts énormes, en dépit des actions assez timides des Conservateurs fédéraux — car n’oubliez pas que les compétences environnementales pour la plupart relève aux provinces.  Si nos efforts conjoints (dans toutes les provinces) étaient mieux canalisés dans la quête de l’élimination des émissions qui proviennent du pétrole (pour rendre l’usage du pétrole propre, point à la ligne), on ferait des avancements bien au-delà de nos espérances.  Et l’Alberta n’aurait plus besoin d’assumer l’entière responsabilité dans sa quête à ces fins.

Moi, en tant qu’Albertain, j’aimerais bien que le monde se débarrasse du pétrole, ou que le pétrole devienne une source d’énergie peu polluante.  Mais c’est la logique qui me dicte que c’est la deuxième option qui en serait la plus facile d’atteindre (que le pétrole deviennent peu polluant).   Mais bien sûr, un jour on va se débarrasser du pétrole – mais on ne le verra pas de notre génération.  Alors continuons dans la bonne direction pour réduire l’aspect polluant pendant que l’industrie évolue au cours des prochaines générations.

Et grosso-modo, c’est ça ce que pense aussi les Albertains sur le plan environnemental.

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Quelques mots pour clôturer cette série sur l’Alberta

À la base, j’espère que cette série vous a présenté un point de vue sur l’Alberta que vous n’auriez pas vu auparavant.  Les Albertains ne sont pas extrémistes de la droite.  Ils ne sont pas des fanatiques religieuses.  Ils ne sont pas des gens qui sont insouciants sur les questions environnementales.

Ils ne sont que des gens comme vous et moi… des gens bien ordinaires avec les mêmes préoccupations quotidiennes.

En terminant, il faut voyager.  Voir, c’est savoir!   Mais je réalise que ce n’est pas tout le monde qui a ce luxe.  Alors le mieux que je peux espérer c’est que mon récit vous aurait éclairé certains préjugés à l’égard de l’Alberta et les Albertains.

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ADDENDUM #1 – 2015-05-06:

Le NDP vient de gagner une majorité provinciale écrasante en Alberta, au point où on parle de la fin des Progressistes-conservateurs et les Libéraux provinciaux en Alberta.

All I can say is WOW!  Times are going to become interesting.   I was on the phone to a good number of friends in Alberta during election night.  Everyone is waiting with positive impatience to see how an “Alberta NDP” not only changes what Albertans have wanted for quite a while, but how it will also change the NDP outlooks and policies elsewhere in Canada (it’s a pro-oil NDP after-all, but with more of an environmental and interventionist twist), and how it will change Canada.

The story is only just starting.

ADDENDUM #2 – 2015-05-06

Lorsque je compare les mesures d’austerité en Alberta de l’ère Klein durant les années de ma jeunesse des années 90s, et les coupeurs au Québec maintenant, c’est jour et nuit (l’ère Klein était la vraie période d’austerité)..

Les Albertains étaient en crisse que tous leurs efforts, luttes et sacrifices des années 1990s sont allés drette à la poubelle durant l’ère Stelmach, Redford, et ne se redressait même pas sous les PC de Jim Prentice (qui vient d’être évincé).

L’électorat donnait la chance à trois nouveaux chefs des PCA qui n’ont pas pu relever le défi (pourtant, il faut dire que l’électorat étaient plutôt content des positions « sociales » des PC – car l’écart entre les PC albertains, les Libéraux et le NPD ne sont pas aussi grand que prétendent beaucoup de Québécois).

Arrive ensuite un nouveau visage, celui de Rachel Notley du NDP albertain, qui avait les mêmes sentiments sociaux de la majorité des Albertains, mais qui disait qu’elle prendrait plus d’action, plus vite, côté des finances (le prix du pétrole a franchi la barre des 60$ et a rebondi début mai 2015, tout juste avant l’élection… ce qui fait que les sables bitumineux sont de nouveau rentables pour la première fois depuis novembre 2014).

L’autre chose qu’il faut se rappeler… une grande partie (peut-être la part du lion) des emplois dans le secteur pétrolier sont des emplois syndiqués.  (J’essaie trouver les chiffres précis, mais c’est difficile à trouver.  Peu importe, il se peut que les syndicats récoltent plus d’argent des travailleurs reliés au pétrole que tout l’argent que récoltent les syndicats de tous les employés syndicalisé au Québec dans leur ensemble).

Notley a fait promesse de redresser les finances, et de « ralentir le pas » de la croissance économique surchauffée de la passée, car le tout allait trop vite, trop loin (au point où le monde avait de la misère à se rejoindre les deux bouts en Alberta en raison d’un taux d’inflation provinciale astronomique… même les nouvelles voitures en Alberta coûtent 6000$ de plus qu’en Saskatchewan).

Et quelle est son arme principale afin de “ralentir le pas”, mais pour “conserver les emplois syndicalisés” ?  Renforcer les mesures de la protection de l’environnement, nationalisé (ou du moins investir) la production de l’essence en Alberta plutôt que d’envoyer le pétrole brut ailleurs, et chercher plus de redevances pétrolières.

L’électorat semblait aimer ce qu’elle disait, et l’Alberta voulait lui donner une chance – surtout puisqu’elle a dit qu’elle n’est pas « anti-pétrole », mais pourtant « pro-bonne gestion du pétrole » + “pro-environnement” (côté financier, côté du fond souverain au modèle Norvègien, et au profit de tous en AB et au Canada).

L’Alberta a finalement dit qu’ils allaient faire le saut pour voir ce qui pourrait arriver.

Du moins, c’est ça ce que je ressens de la personne de la rue en Alberta, et ce que me raconte tout le monde que je connais en Alberta.

Mais, la question à mille dollars… Le NDP Albertain est un NDP « de » l’Alberta (pas d’Ottawa). C’est un parti qui n’est pas hostile à l’industrie pétrolière (le NPD albertain est né au coeur de la terre du pétrole), et c’est un parti soucieux de l’environnement.   C’est également un NDP né d’une terre reconnue d’être conservateur petit « c » du côté de la gestion des finances (et Notley dit vouloir respecter cet aspect – du moins c’était sa promesse envers l’électorat afin d’être élu, et l’Alberta semble l’avoir cru).

Alors, la question se pose comment le NPD albertain va influencer le NPD d’Ottawa et les points de vue des syndicats de l’est du Canada, et non pas l’inverse?   Je soupçonne que Mulcair est en train de songer à pas mal de choses, et comment il doit maintenant s’ajuster sur tout un tas de sujets « clés » au cours des mois à venir.  Quant aux syndicats de l’Ontario et du Québec, je ne suis pas certain qu’ils se sont encore rendus compte aux nouvelles réalités dans leurs propres rangs – et les faits qu’ils n’ont jamais constaté auparavent.

C’est pas mal intéressant ! (et ça, je le dis avec un teint bien bien orange!  Orange semble être le nouveau bleu).  

Bienvenue à une nouvelle ère au Canada, du moins pour les prochains quatre ans en Alberta – mais avec des répercussions certaines partout au Canada.  

Peut-être il y en aura là-dedans qui fera l’affaire pour tout le monde (gauche, centre, et droite).   Il reste à voir.


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Les préjugés à l’égard de l’Alberta : Le monde de la politique provinciale récente – une histoire progressiste – 5 sur 6 (#253)

Au moment d’écrire ce billet (#5) en fin avril 2015, le NPD n’était pas encore au pouvoir en Alberta.  Le fait que le NPD a pu gagner l’élection albertaine avec une victoire majoritaire écrasante ne fait que confirmer et qu’accentuer les indices et tendances dont j’ai parlé dans cette série de six billets.  Et oui, le choix d’orange pour cette préambule n’est pas un hasard ;).  
Le billet #6, celui qui suit billet (#5), expliquera un peu plus ce que cherchaient les Albertains lors de l’envoie de leur vote au NPD — qui, d’ailleurs, a du s’adapter autant aux attentes des Albertains (surtout sur le conservatisme fiscale) que les Albertains devaient s’adapter à ce que le NPD voulait leur présenter (vis-à-vis la patience que les Albertains prêtent à l’égard du NPD lorsqu’ils disent vouloir respecter la rigeur financière dont s’attendent les Albertains).   Une convergeance incroyable…
À partir du jour de l’élection, ni l’un ni l’autre serait jamais le même.

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Ce billet et le prochain seront les derniers dans une série de six sur les attitudes politiques et sociales des Albertains.  Il s’avère toujours tâche difficile de décrire les positions, pensées et tendances d’une population au complet sans risquer d’embarquer dans des généralisations grossières.

SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Alors, j’avoue que je m’engage sur un terrain assez fragile lorsque je vous tente de décrire en quelques mots qui sont les Albertains, dans le sens qu’ils ne sont ni des extrémistes de droite, ni des fanatiques religieuses, ni un élément socialement régressif de notre société canadienne.

Au cours des quatre billets précédents, nous avons regardé les tendances plutôt laïques de l’Alberta, ainsi que l’effet de modérateur qu’a eu la population albertaine sur le mouvement Conservateur fédéral au cours des 20 dernières années; malgré tout, l’Alberta en général voit les enjeux de société d’un œil assez “modérée”.

Étant Albertain moi-même (francophone et anglophone en même temps), un qui connait le Québec aussi bien que je connais l’Alberta, je me sens privilégié d’être en mesure de vous amener ces perspectives.

Dans ce billet, nous allons regarder comment les Albertains se voient eux-mêmes, sous l’optique des enjeux provinciaux – et les tendances politiques provinciales.

Commençons par les enjeux dans le cadre de la campagne électorale provinciale actuelle

Avant de continuer : Je veux mentionner que le parti des Progressistes-Conservateurs de l’Alberta (les PCA) n’est pas la même formation que le Parti Conservateur du Canada (PCC).  Les deux ne sont pas liés.   Pourtant, les Libéraux fédéraux et provinciaux relèvent de la même formation, et le NPD fédéral et ceux des provinces relèvent eux aussi de la même formation en termes d’idéologies.  Les PCA et les Conservateurs se font confondre assez souvent au Québec, et assez souvent par les médias Québécois.  À chaque reprise que l’on voit un reportage à TVA, Radio-Canada, ou dans les journaux du Québec qui parle des PCA, on les appelle, faussement, “les Conservateurs”.  Mais les PCA ne sont pas les Conservateurs.   Les seuls Conservateurs au Canada se trouvent à Ottawa (il n’existe pas de parti “Conservateur” au niveau des provinces du Canada).  Il ne faut pas les confondre.  Leurs idéologies ne sont pas les mêmes, et leurs histoires sont différentes.

L’Alberta se trouve encore aux urnes.  La date de l’élection sera le 5 mai 2015.  La dernière élection relève à 2012.

Dupuis presque 45 ans, l’Alberta se voit gouverner par le parti provincial des Progressistes-Conservateurs de l’Alberta (les PCA).   Au Québec, on a tendance à croire, à tort, que les Albertains se sont accrochés toujours aux PCA sous le biais qu’il s’agit d’un parti de l’extrême droite, faisant l’affaire d’une population droitiste.

Pourtant, la réalité est l’inverse – et d’ailleurs elle est très mal comprise par le Québec.

Ce n’est pas une question que les Albertains appuyaient, sous le biais d’être “droitiste”, un parti qui incarnait ses valeurs.  Le parti PCA n’est pas un parti de l’extrême droite.  Il est plus à gauche que les Conservateurs fédéraux, mi-chemin entre les Libéraux et les Conservateurs fédéraux (un peu plus à droit du centre, comme les anciens Progressistes-Conservateurs fédéraux de Brian Mulroney).   Alors, les Albertains y accrochent car les PCA ont su s’adapter et ils se sont réinventés à l’interne à maintes reprises.

Souvent les PCA se sont réinventés de façon dramatique au cours des 45 dernières années pour suivre le rythme de l’évolution sociale, progressiste, lucide, et économique d’une population albertaine modérée et en pleine transformation.  On peut même considérer que les PCA ont réussi à relever ses transformations sans pépin pour répondre aux besoins modérés des Albertains, mieux que toute autre formation politique dans l’histoire du Canada moderne.

Cela ne veut aucunement dire que les PCA n’ont pas eu sa part de difficultés au cours de leur temps au pouvoir.  Mais cela veut dire tout simplement qu’ils ont pu s’adapter et surmonter les défis qui leurs ont été lancés par une population qui était toujours de plus en plus exigeante à leur égard.

À titre d’exemple, je pourrais vous offrir des moments clés dans l’histoire récente du parti dont je me rappelle très bien (cela vous ferait mieux connaître c’est qui justement les Albertains) :

La fin de l’ère Getty – Début de l’ère Klein

Don Getty, le premier ministre Progressiste-Conservateur à la fin des années 1980 / début 1990, a pris certaines décisions économiques considérées dévastatrices par la population albertaine. La dette et les déficits provinciaux ont atteint des niveaux insupportables.  La province était sur le bord de la faillite.  Les Libéraux provinciaux, pour la première fois, dépassait la barre de 40% d’appuis face aux PCA.

Les membres du PCA étaient furieux contre Getty, tout comme la population albertaine en générale.  Getty était mis à la porte par son propre parti, et le parti a fait la décision sage de couronner le ministre le mieux aimé par la population, Ralph Klein.   Klein ne mâchait jamais ses mots.  Sa réputation était d’un homme qui faisait toujours ce qu’il disait, et il avait la confiance de la population.

Fidèle à sa parole, il fit entièrement redresser les finances de la province.

Lorsque j’étais en école secondaire en Alberta en 1993, je me rappelle très bien que nous devions garder fermées les lumières dans les couloirs et les salles de classe afin d’économiser de l’argent (on étudiait à la lumière qui entrait par les fenêtres).   Toute excursion scolaire était annulée.  Et même les photocopieurs étaient débranchés et rangés dans la pièce de rangement, car il y avait un moratoire rigide sur toutes photocopies en école pendant un an.

Alors, il va sans dire que lorsqu’on parle de l’austérité dans un contexte Québécois aujourd’hui , je constate que l’on ne sait même pas ce que ce mot veut dire au Québec (si ceux qui prétendent que le Québec est en train de vivre dans un contexte d’austérité, il est plus qu’évident qu’ils n’ont jamais vécu sous la règne de Ralph Klein!)

À la fin, Klein a su regagner la confiance de la population envers les PCA, et la montée des Libéraux s’est effondré.

 La fin de l’ère Klein – Début de l’ère Stelmach

Après plus d’une décennie de gestion conservatrice petite “c” de l’ère Klein, la population voulait un peu de répit de la fiscalité assez restreinte. Avec les redevances pétrolières et une gestion saine des finances, les Albertains voulaient un nouvel investissement massif dans les écoles, dans l’infrastructure, et dans les hôpitaux, entre autres.

La pendule s’oscillait encore.

Ed Stelmach (qui d’ailleurs était le député de la circonscription dans laquelle j’ai grandi, celle où mes parents demeurent toujours) s’est emparé des rênes du pouvoir en 2006.  Son “vœu” envers la population en était un de “stabilité”, de “modération”, et “d’investissement”.   Et bon sang, de l’investissement qu’il en a fait!

Les déficits étaient de retour.  Au début, la population ne savait pas quoi penser des déficits.  Il fallait faire de l’investissement malgré tout.  Mais le sentiment populaire dans la rue disait qu’il s’agissaient d’investissements “vides” et sans “âme”

Mais que prétends-je dire par-là?

On bâtissait les écoles, les hôpitaux, les autoroutes, le transport public, les trains à passagers, et toute une nouvelle gamme d’infrastructure grâce à l’industrie du pétrole.  Mais on sentait, de la part des Albertains, qu’il manquait “quelque chose”.  C’est dur à expliquer… il fallait vivre dans cet environnement pour le ressentir (c’est toujours difficile de décrire l’humeur du citoyen lambda dans la rue).  C’est comme si on vivait une nouvelle révolution tranquille à petite échelle, mais sans le côté progressiste (malgré tout, le mot progressiste devait également se trouver en avant-plan dans le nom du parti Progressiste-Conservateur).

Du même coup, on investissait massivement dans tout ce qui étaient relié à l’industrie du pétrole, mais sans grande discussion autour des impacts environnementaux.

On bâtissait plus d’écoles et d’hôpitaux qu’à tout autre moment de l’histoire du Canada, mais sans les programmes de soutien aux étudiants, aux patients, et aux professionnels.

L’Alberta devenait de plus en plus cosmopolite — et bien plus sophistiqué — en raison de l’explosion de la population.  Mais les programmes dédiés aux arts, à l’industrie cinématographique, à l’industrie de littérature et au soutien du réseau bibliothécaire n’était pas à la hauteur.

Les villes étaient pleines à craquer.  Les maisons et les nouvelles villes dortoirs autour d’Edmonton et Calgary se bâtissaient à grande vitesse.  Mais les services sociaux à l’égard de ceux qui en avait besoin n’étaient pas là (il manquait les banques alimentaires, les services aux sans-abris qui étaient attirés par le boom et le rêve albertain, et les services de soutien communautaires et aux enfants).  Les familles se sentaient un peu délaissées.  Les frais de garde d’enfants montaient aux coûts astronomiques, et la pression des coûts grimpants de l’immobilier, de l’épicerie, des biens de consommation, du transport, et le temps perdu dans le trajet quotidien s’est fait sentir par les familles (l’aspect néfaste d’une économie en plein essor).

Ne me comprenez pas mal.  Le monde en Alberta à cette époque était très heureux du boom économique, et d’être à l’abri de la crise économique que vivaient les États-Unis et d’autres juridictions.   Mais il y avait quand-même un certain sentiment “d’instabilité” – comme l’incertitude que l’on ressent lorsqu’on se croit vivre dans une bulle immobilière (un sentiment que les gens de Toronto et Vancouver peuvent bien comprendre, et même certaines personnes à Montréal).

La population de l’Alberta disait qu’il en avait assez de l’investissement surchauffé.  Le nouveau parti Wildrose a pu saisir l’occasion pour trouver sa place au soleil pour faire face à ce que la population voyait comme une expansion économique aveugle, trop vite, et sans âme.   La popularité du parti Wildrose posait une véritable menace pour les PCA.  Le Wildrose a promis de restreindre les dépenses pour donner un peu de répit à ce sentiment de vivre dans une bulle et au-delà des moyens de l’état (malgré tout, trop de croissance à un rythme hors contrôle ne peut mener à qu’à la catastrophe – et du moins c’est cela que pensait la population Albertaine).

La fin de l’ère Stelmach – Début de l’ère Redford

Une fois de plus, le parti PCA a su s’adapter. C’est un des rares partis au Canada où les membres sont plus puissants que le chef — et ils ont évincé Ed Stelmach.  Il a démissionné et le parti a fait venir Alison Redford en 2011.  Ses points de vue étaient situés plutôt au centre.  On pourrait même dire que dans une autre vie, elle aurait été un Libéral du centre-gauche sur plusieurs fronts.

Le couronnement de Redfort fut le troisième réalignement du parti Progressiste-Conservateur depuis Getty (après Klein et Stelmach).  Le parti s’est réinventé de nouveau encore une fois.

Sous la direction de Redford, les projets en cours n’arrêtaient pas, mais elle a amené un côté “humaniste” à la table.   Elle a implanté les programmes qui manquaient, dont je vous ai parlé en haut.  La population s’est sentie un peu plus réconfortée.

Mais l’argent coulait à flot, et la population se demandait si l’argent n’aurait pas pu être mieux géré.   Malgré tout, les recettes extraordinaires provenant de redevances pétrolières auraient pu être investies à long terme, comme on faisait en Norvège.   On se demandait si la gestion des retombés n’aurait pas pu être mieux planifiée afin d’avoir des effets bénéfiques pour des générations à venir plutôt que sur les projets favoris à la saveur du jour.  (Malgré tout, la Norvège s’est doté d’un fond souverain, alimentait des redevances pétrolières, qui fait vivre la population norvégienne).

La brève montée et la rechute du Parti Wildrose –

Et l’affirmation du côté social-progressiste de l’Alberta

Le Wildrose s’est précipitée sur l’occasion et finit par fondre sur Redford et les PCA.  Sa popularité chutait aussi vite que celle du Wildrose montait.

Au moment du scrutin de 2012, les sondages indiquaient que les PCA pourrait perdre le pouvoir pour la première fois depuis le début des années 1971. Une combinaison d’effervescence et de tension était palpable.   Sondage après sondage, les Albertains disaient croire que le PCA allait perdre le pouvoir.

Mais ce qui suivi fut vraiment phénoménal – un premier dans l’histoire du Canada:  un évènement qui démontre jusqu’à quel point l’Alberta est devenu une province avec des valeurs progressistes à cœur sur le plan social (malgré ses valeurs toujours conservatrices petite “c” sur le plan économique).

Lors de la campagne électorale entre le Wildrose et le PCA du printemps 2012, un vieil article écrit par un des candidates du Wildrose a fait surface.  Dans le récit, il disait croire que les gais irait à l’enfer.  La presse albertaine s’est jetée dessus.  Avec seulement deux semaines avant l’élection, la population s’est montrée outrée.  Elle se questionnait si le Wildrose était vraiment le bon parti qui incarnait les valeurs albertaines.   La chef du parti, Danielle Smith, a été pris au dépourvu.  Elle refusait prendre position, et sa popularité s’est effondrée.

Quelques jours avant le scrutin, Smith (la chef du Wildrose) reconnaissait publiquement son erreur.  Elle a fait volte-face.  Elle a condamné son candidat voyou et ses propos homophobes, mais c’était trop peu, trop tard.  Le mal était déjà fait.  Les sondages indiquaient que tout le monde en Alberta croyait que le Wildrose allait faire des gains importants en raison des problèmes associés à la gestion économique d’Alison Redford, mais le même sondage démontrait que tout le monde était sévèrement contre ce qu’ils percevaient d’être des valeurs reculées du Wildrose.

Le jour de l’élection, la population est venue voter en grand nombre – et le Wildrose n’a obtenu que 19,5 % des sièges contre 70 % pour le parti Progressiste-Conservateur, malgré le mécontentement populaire envers les PCA et leur gestion de l’économie et des redevances pétrolières.

Pour la première fois dans l’histoire du Canada, un parti qui aurait pu gagner une élection majeur l’aurait perdu sur le biais d’être du mauvais côté de la clôture sur une question des droits et valeurs sociaux modernes, tel l’égalité des gais et des lesbiennes.

Un symbole fort!

D’un coup, l’Alberta s’est montré une des places les plus tolérantes et les plus exigeantes en Amérique du Nord sur les enjeux modernes en matière des droits d’égalité.

C’est quelque chose que le Québec n’a jamais compris.   Hélas, l’Alberta se fait toujours injustement pointée le doigt par le Québec comme bastion d’intolérance.   C’est le plus loufoque des gestes que le Québec pourrait faire à l’égard de l’Alberta.

La chute d’Alison Redford comme chef des Progressistes-Conservateurs de l’Alberta

En 2012, Alison Redford a pu garder son siège et la chefferie du PCA .

Cependant, peu après l’élection, d’importantes lézardes dans son propre personnage devenaient évidentes, prenant tout le monde par surprise.

Une part de la population croyait qu’elle gouvernait avec l’attitude du « tout m’est dû ».    Cette notion était davantage renforcée par le fait qu’elle s’est construit une résidence « officielle » aux frais des contribuables – un véritable « château dans le ciel ».  C’était un condo de luxe, qui occupait tout un étage en haut d’un tour d’habitation à Edmonton, à deux pas de l’Assemblée législative de l’Alberta.   Elle n’a même pas eu la « gentillesse » d’informer le public ou d’autres membres de son cabinet avant sa construction.   D’autres histoires sortaient.  Elle s’en servait du flot d’avions privé du gouvernement albertain pour ces vacances personnelles, et elle s’est achetée des billets d’avion de 40,000 $ pour des voyages en Afrique aux frais des contribuables.  (Note : il y a quelques jours la GRC a finalement pu trancher au sujet de ses dépenses… et ils n’ont rien trouvé d’illégal au sens strict du terme).

Les chicanes entre elle et ses ministres étaient nombreux.  Elle a vitement acquis la réputation d’être quelqu’un qui croyait qu’elle ne pouvait jamais commettre d’erreurs.

Dans le contexte de la politique Albertaine, ce genre d’attitude est voué à l’échec.  Le succès des 45 ans de pouvoir des PCA réside dans le fait que le/la chef du parti suivait l’avis des membres, et écoutait attentivement les conseils de son propre cabinet (l’Alberta n’est peut-être pas unique dans ce sens au Canada, mais ce principe est peut-être plus pertinent et plus pratiqué en Alberta que dans toute autre juridiction au Canada).   C’est justement pour cette raison que les PCA ont pu s’adapter au cours des décennies.  Les PCA ont toujours su s’adapter, d’une manière très rapide, aux changements de direction du vent de son électorat, afin d’être toujours le parti de choix.

Alison Redford rompait les rangs.  Elle a perdu pied avec la réalité, avec les attentes de son parti, et avec celles de sa province.   Elle a été rapidement évincée par le parti, au grand plaisir de l’électorat.

Les sondages indiquaient que l’électorat croyait que le parti progressiste-conservateur de l’Alberta, encore une fois, avait agi dans le meilleur intérêt du peuple.  La province allait encore donner une nouvelle chance aux PCA, qui semblaient pouvoir, une fois de plus, s’adapter et se réinventer de bonne foi selon les appels de l’électorat.

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Dans le prochain et dernier billet de cette série qui porte sur les réalités albertaines, je vais vous parler des enjeux actuels en Alberta.  Spécifiquement, je vais vous parler des

  • Politiques actuelles
  • L’industrie pétrolière, et les attitudes et avances qui y sont reliées.

À bientôt!


(French / Français) SERIE:  LES PRÉJUGÉS À L’ÉGARD DE L’ALBERTA (6 billets)

Oil Pipelines in Québec – A Hot-Button issue (#123)

This post will be on the very hot-button issue of oil pipelines in Québec.  The pipeline company, TransCanada, is planning to upgrade existing cross-Canada pipelines, and build extensions.  It will pipe Canadian domestic “oil-sands” oil to Eastern Canadian refineries for the very first time in history (currently, Eastern Canadian refineries refine imported foreign oil or oil brought in from Western Canada by train).

Here’s a map I made which gives a general overview of the plans (click to enlarge)

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Unless you watch or listen to the media in French, people in predominantly Anglophone provinces seldom hear the actual conversations going on between Québécois themselves (it’s kind of an unfortunate reality, but then again, provincially-specific topics in Canada are rarely discussed anywhere but in their own respective provinces, regardless if they are in English or French).

I was driving from Québec City to Montréal earlier this week and listening to a Québec City radio station when I overheard an interesting discussion between two rather influential public figures.  It was a discussion of opposing views on the whole issue of oil pipelines being laid across Québec.  I thought I’d translate a portion of the conversation and share it with you to give a little bit of insight of how people in Québec are viewing the issues.    The next Federal election is slated for end October 2015 (unless for some reason it’s called soon after the March budget – which looks less and less likely), and this conversation embodies how the issue is being discussed in the run-up to the election.

Carl Monette is a radio program host on Radio-X, Québec City – Eastern Québec’s most listened to radio station.

Bernard Drainville is a contender for the leadership of the Parti Québécois.  He is a former PQ cabinet minister, and used to be a well-known reporter for Radio-Canada.

The following is a translation (from French) of a small part of their much larger conversation on Radio-X.  This particular segment relates directly to oil piplelines.

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DRAINVILLE:  [In a conversation about sovereignty, Drainville says…]  If we cannot hold a referendum in the first mandate [if we can win the next election], then we need to take the time during that mandate to show to the electorate that we’re able to [achieve sovereignty].  We need to give the economic numbers, we need to present economic and financial forecasts.   We need to demonstrate that it will be a good thing. Look what’s happening with the [TransCanada] pipeline [which they want to build across Québec].   [Liberal Québec Premier] Couillard tells us we have to accept a pipeline which moves 1.1 million barrels of oil a day, on our soil, solely in exchange for a [$9 billion federal] equalization cheque.   For me, forget the equalization cheque – because just look at the price tag which will come with it for us:  It’s going to be a 100 year pipeline, it can actually last 100 years if it’s well maintained.   So then [within that period], who’s going to pay if it bursts?   Who?  Who’s going to pay if it bursts [sometime in the next 100 years]?  (note:  I’m assuming he means that TransCanada, the company, may not exist in say 40 or 80 years, just as companies which existed 50 years ago don’t exist today).

MONETTE:  So then, are we better to then just continue importing our gas from Texas, already refined, on our St. Lawrence River?   You want it to be done this way rather than bringing it in from here at home, refine it here at home, and using it here at home?  That’s what I understand you to be saying.

(note:  Eastern Canada imports oil primarily from North Africa, Venezuela, and somewhat from the US.  This is because there are no pipelines from Western Canada.  Whereas Western Canada’s gasoline is mostly from domestic sources, Eastern Canadian gasoline is primarily imported from other countries).

DRAINVILLE:  Come on, we don’t refine anything here at home.  The TransCanada pipeline…

MONETTE: So then we don’t do anything?  We do absolutely nothing?   The money that Canada will make from the pipeline, it’s going to come back to us.  It’s also our money too you know.

DRAINVILLE:  The TransCanada pipeline, it’s used to transport oil across our territory [Québec], which is not refined here.  [The pipline’s] only function is [to move the oil from West to East], to export the oil.

MONETTE:  Yes, but that money, who do you think it goes to?   Canadians get it.

DRAINVILLE:  (Pause, & puffing noise)

MONETTE:  We get it back in taxes!  Would you rather pay for oil from Texas, and bring it in by boat on our St. Lawrence, than bring it in by pipeline?   I don’t understand you.

DRAINVILLE:  My objective is to reduce our dependence on oil.  You know, our oil comes in from elsewhere, regardless if it comes from Alberta, Newfoundland, or Saudi Arabia – it all comes from elsewhere.  It’s about time that we replace…

MONETTE:  Why not bring it in from here at home?  It’s always better to bring it in from our own country than from another, or a Mid-East country, or the United States?

DRAINVILLE:  What’s the interest in allowing a pipeline which brings us hardly any major advantages?

MONETTE:  It’s the most secure form of oil transportation that exists.  It’s coming across our territory [Québec] regardless.  So we’re better to take it in this manner for the time being [by pipeline], and once we develop other resources, then we’ll take those other sources.  But for the time being, I know it sucks, but my car doesn’t run on water.

DRAINVILLE:  Well, once we get to that point, the pipeline, we’re going to be stuck with it for 100 years.  I’m not one for that.  I think there are ways we can develop… Yes, I think you’re right, we have to make a transition.  Of course we’re going to continue to use oil for a certain period of time…

MONETTE:  We don’t have a choice.  Look around you.  About 95% of anything you see if made from oil.  We don’t have a choice.   I don’t want to buy my oil from the United States, or from the Middle-East.  We have it here, so why don’t we use it in our own country?

DRAINVILLE:  No, not with the [environmental] price that’s to be paid for it.  Not with the risks that come with it.   It’s not right what you’re proposing.   The oil sands, the dirtiest form that exists.

MONETTE:  When it comes to oil, there is no such thing as dirtier or less dirty, or half-dirty… Can we just agree on this?  I don’t want boats coming here from Texas with oil that has already be refined.

DRAINVILLE:  I’m going to tell you something… If you run a pipe under my property, but I’m the one who assumes all the risks, if an accident does ever occur, then I’m the one who’s on the hook for cleaning it up.   Can you think of a reason why I should say that’s ok?

MONETTE:  Ok… we have the (Québec) Ministry of Natural Resources who have already announced that the risks are going to be assumed by the pipeline companies. It was all covered in the media last week.

DRAINVILLE:  Oh, come on… look at how you believe that sort of thing!

MONETTE:  Yes. Well, it’s better than listening to the Parti Québécois when they say we’ll be living a rainbow dream with separation and that will make us rich.

DRAINVILLE:  We saw how much the “beautiful assurances” did for us when we saw what happened in Lac-Mégantique.  (Note:  A train, moving oil from North Dakota to Maine, transited Québec two years ago, derailed, exploded, killed about 40 people, and basically blew an entire town off the face of the map – it was an awful tragedy, and emotions have been running sky-high ever since). Frankly, in Lac-Mégantique, Transport Canada didn’t do its job – Specifically Transport Canada.  We saw the risks involved when you transit oil through our territory.   Don’t you think it’s possible to draw some lessons from that experience?  Don’t you think we can create a goal of reducing our dependence on oil?  Are we not able to resist jumping on board in such projects, such as those of TransCanada which do nothing but make us run enormous risks for marginal benefits?

MONETTE:  Oh, come on. No way, No way.  It will be billions of dollars in taxes which will go into Federal coffers from this.

DRAINVILLE:  Yah, there you go (sarcastic tone), right, the Federal government is going to put the money in “their” pockets.

MONETTE:  Well, they’re giving us right now $9 billion dollars [in equalization payments], so I’m not jumping on the line you’re feeding me, you know. We’re never going to agree on this.

DRAINVILLE:  No, on this we’re not going to agree on, but there will be other things we can agree on.

MONETTE:  Yes.

The two concluded their conversation on other topics.   After hanging up, Monette had the following to say…

MONETTE:  Bernard Drainville is someone for whom I still have respect, even if I agree with almost none of his stances, except for the Charter of Values.   He’s come to the studio for past live interviews.  We always have good discussions, but then we always finish in a pile of crap (tout le temps dans la marde).   It’s not complicated – it usually goes like this… we start out never agreeing, our conversations go slowly up-hill, it turns an a not-so-great direction, but at least we finished on a good note.

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As you can see, pipelines are very hot-button issues in Québec, with many people at odds on how to view them.  I’m doing my best to write this post in as an objective manner as possible (I do have long-standing views on oil pipelines myself, but I don’t consider my views to be extreme, one way or the other.  I consider them to be balanced, but in this post, I won’t discuss my own specific views in order to maintain a more neutral tone).

I can tell you, from my own personal experience in discussing this issue with friends in different regions of Québec, the whole issue of pipelines can become very emotional.  There can be a strong principle & ideological based divide between people who believe pipelines are mostly an environmental matter versus those who believe they are mostly an economic matter.  Adding to this complex mix, some people believe the issues should be managed strictly on a principle and ideological-based platform, and others believe the issues should be managed strictly on a practical, quick results, and a day-to-day reality basis.  Regardless of your views on oil pipelines, more than in any other province in Canada, it would be in Québec where you would be likely to get into a very heated and emotional discussion on this issue (of course there are exceptions in every province, but I’m presenting this post in very general terms).

Probably only a few major issues will play into how Québécois will vote in the next Federal election (perhaps 4 or 5 major issues).  One of the main issues will be the issue of laying oil pipelines within Québec.

In order to understand the issues, it’s important to mention that environmental and natural resource issues are usually “provincial” jurisdiction – but they constitutionally become federal jurisdiction when it enters the realm of cross-border domestic pipelines or cross-border international pollution – and thus because the pipelines will be crossing various provincial borders, the matter has become federal jurisdiction.  It thus becomes an issue for the federal vote.   That being said, Federal parties are more than aware that it would be political suicide to not include their provincial counterparts in the discussion, and at the very minimum, give weight to what provincial governments have to say (even if it’s not provincial jurisdiction).  Much like BC and Ontario, Québec’s provincial government has said it will not give their (symbolic) consent to the TransCanada pipeline project unless certain environmental and safety conditions are met (Québec and Ontario drafted a list).  Despite the province not having jurisdiction to impose such conditions, it would be political suicide for the Federal government to ignore such conditions – and thus the Feds are agreeing to accept provincially outlined conditions.

People in Western Canada are generally used to dealing with pipeline issues.  Generally speaking (and yes, I’m overgeneralizing here):

  • we see strong support for pipelines in Alberta, Saskatchewan and Manitoba,
  • little support for them in BC (particularly in urban regions where the majority of the population resides, and especially when discussing pipelines in environmentally sensitive areas),
  • very mixed signals towards them in Ontario (Ontario is a funny case – some regions are ok with them, yet other regions and people are quite skeptical or anti-pipeline)
  • Pro-pipeline and luke-warm support in Atlantic Canada (yet NB is quite anti-fracking, which is interesting because other pro-pipeline regions across North America are often OK with fracking),
  • A very mixed bag in Québec, but overall, a negative view towards pipelines being laid in the province. But there seems to be a lot of soul-searching on the issue in Québec at the moment.

I say there’s a mixed bag in Québec because of the Montréal / Québec City political and economic divide.  Québec is often a Tale of Two Provinces (a concept very poorly understood in the rest of Canada).  It’s a split between two major population zones; the East (Greater Québec City, and to some extent Saguenay-Lac-St-Jean / Beauce), and the West (Greater Montréal and to some extent other adjacent regions).

To give you an idea just how differently these two regions think, view issues and vote, you need to look no further than today’s Crop-La Presse poll on Québec City’s voting intentions :

  • In Québec City region, with 37% of intended votes, the Federal Conservatives would win the majority of the vote if an election were held today.  They would also likely pick up additional seats. The 2nd place goes to the NPD (31%), the Federal Liberals are 3rd place (they get 21%), and the Bloc Québécois is 4th place with 11%
  • The poll didn’t give Montréal (West Québec) voting intentions, but it did give Québec’s overall voting intentions as a whole. The Liberals and in 1st place (37%), the NDP 2nd place (30%), the Bloc Québécois has 3rd place (17%) and the Conservative are 4th place (13%).   That 13% presumably is entirely concentrated in the Québec City and adjacent regions.
  • These latter numbers are for Québec as a whole, but Montréal votes much heavier for the NDP than other reasons. In Montréal, I would not be surprised if the NDP has 1st place, the Liberals 2nd, if the Bloc is 3rd, and the Conservatives have almost zero (the exact opposite from Québec City and Eastern Québec).  These are what recent past polls have shown at any rate.

Montréal, and surrounding regions (which has the bulk of Québec’s population) are generally against pipelines – and you see this reflected with almost zero Conservative support in the Montréal region.  There is a strong anti-pipeline activist movement in the region and in Montréwood media.  People in the region often take a harder environmental line based on principle.  Yes, I know there are nuances, but this is a general overview.

Québec City and surrounding regions (the 2nd most populous region of Québec) are not as hostile towards to the idea of pipelines, and you’ll note that the Conservatives are leading in this region.  There is a major refinery in the Québec City metro region (Lévis), and people in the region are used to seeing (with their own eyes) petroleum ocean tankers going down the St. Lawrence, past downtown Québec, and docking at the oil terminal port in Lévis (when I was in Québec City this week, I stood on the banks of the St. Lawrence and watched as a couple foreign oil tanker steamed passed me – it was interesting to watch them dock at the refineries – and even more interesting to know that this very oil, be it from Africa or Venezuela, could very likely end up in my car’s tank in Toronto in a few weeks time).    Also, overall political tendencies in the Greater Québec City region can be very different from those in Montréal.

If we look back to the radio conversation, both sides said things which are valid, and there are many other things both sides could have used in their respective arguments.  As you could see, the conversation was generally discussed on an environmental vs. economic scale.  Some of the facts which both Drainville and Monette gave were not correct, and some of the facts both gave were correct but incomplete.  But the points which were incorrect were not major inaccuracies.

Drainville could have mentioned additional argument points, such as:

  • the high CO2 emissions and waste water created from the oil-sand extraction process (in Alberta)
  • issues regarding water and solid waste resulting from the oil-sand extraction process (in Alberta)
  • the need to inject polluting and diluting chemicals directly into the heavy oil within the pipelines in order to make the oil viscous enough to be transported – and the problems of what to do with all these chemicals after the oil reaches its destination
  • the emissions which will come from the Suncor, Lévis and Irving refineries in Québec and New Brunswick once a heavier oil is refined in these three refineries (imported oil, currently being refined in here is much lighter and doesn’t require as much upgrading).
  • Even after refining and consuming the pipelines’ oil, there will be an excess of oil (about 1/3 of all the oil piped in the pipeline) which can be exported from Québec ports to other countries of the world. To date, proposed locations for new export terminal ports have been in environmentally sensitive areas, such as Cacouna, Québec – a place where noise-sensitive Beluga whales (an endangered species) mate and rear their young. (Note, two weeks ago, both TransCanada pipelines, the Québec government and the Federal government all agreed Cacouna is not an acceptable place to locate an export port – and they’re now searching for a new location)
  • With more pipelines come more oil extraction, and there is a question as to whether “per-ton of oil” reductions in pollution can outpace “per-ton increases” in oil extraction.
  • The potential damage to the environment (in Alberta and Québec, through potential pipe leaks, oil tanker accidents, and general emissions), while waiting for better environmental results to come about, could be severe.

Monnette could have mentioned things such as:

  • Alberta’s provincial government carbon market imposes financial penalties on oil companies which pollute above a certain bar. The penalties are paid on a per-ton of pollution basis, and monies garnered are automatically placed in an environmental technology development fund.   Companies have therefore been actively developing ways to reduce their pollution per ton of oil extracted, and every year there are better results per barrel of oil.   If results continue in this same direction for another 30 years, there could be very promising results which will satisfy a much larger part of Québec’s concerns.
  • Alberta’s government has been investing massively in developing new environmental pollution control technologies, and has been making substantial progress.
  • The Québec Provincial government and BAPE (A Québec Ministry of Environment public consultation mechanism) have imposed newly developed, strict environmental and safety conditions on the Federal government. They minimize risks of accidents on any portion of the pipeline and oil transport process.
  • Both the Suncor oil refinery in Montréal’s East End, and the Jean-Gaulin refinery in Lévis (Québec City) will, for the first time ever, be refining domestic oil. In order to refine the heavier oil-sands oil, they will require major upgrades with the latest and most modern environmental technology available (more modern than almost any other refinery in the world).   Thus, their pollution controls will be among the strictest available anywhere in the world (better than they currently are), and they will directly create hundreds of direct jobs in Québec, and thousands of indirect jobs.
  • Oil tanker ships are already doing daily runs on the St-Lawrence (Québec City residents see them every day, but Montréal residents don’t see them owing to the location of docking locations). The situation wouldn’t change from today’s current situation, except for the direction the tankers will take.   In addition, all levels of government and private industry are looking for a much safer and environmentally friendly location for an additional export port (after Cacouna’s rejection).
  • There will no longer be any need to transport oil by train across Québec (which is much more dangerous than through pipelines).
  • Pipelines already cross under the St. Lawrence River and all across Québec (even underneath various parts of Montréal City itself), so in this respect, there would be nothing different from what is already being proposed, and nobody has complained before.  The new pipeline would be even more modern and safer than existing pipelines.
  • Current oil tankers bringing in foreign oil on the St. Lawrence are often from developing countries, and their safety designs are not as good as those proposed for the new tankers which will take Canadian oil from Québec ports to foreign markers (thicker hulls, newer technology, etc.).

There are many other arguments both Drainville and Monette could have made, apart from the ones I mentioned above.  But some arguments become quite complex and technical (while still remaining quite significant).  They’re not generally arguments made on a fast-paced radio program or around a kitchen table.

Regardless, Premier Couillard’s nix (a complete ban) earlier this week on any shale gas extraction within Québec was directly related to the public’s lack of appetite for running various environmental risks.  That in itself shows just how touchy a matter energy and the environment can be in many parts of Québec – regardless of what arguments and counter-arguments are presented.

But what really makes things complex is that there is a large part of Québec (the Québec City and surrounding regions) which would be for the pipelines, whereas another large part of Québec (Montréal and surrounding regions) is very much anti-pipelines.    There’s a lot of internal debate in Québec, and heavy-weight public personalities, on both sides of the issues, are making very vocal arguments in the media – television, radio, and newspapers (often anti-pipeline voices are heard much louder simply by nature the Québec’s media base being physically located in Montréal).

It will be very interesting to see how things pan out over the next year.  I personally predict that the pipeline will be built, a much less sensitive location will be found for the new export port, but that the Federal Conservatives and Liberals will both continue to pay a political price in the Montréal region (whereas they’ll continue to fare quite well in the Québec City region) — status quo if you will.  The provincial Liberal government’s own public opinion ratings (and the CAQ which is allied with the government on this issue), as well as those of the opposition PQ may also see similar political consequences shift in théier favour or against them based on a Montréal / Québec City split.

That’s my prediction, but time will tell.  As usual, things will remain quite interesting.

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